La nuit américaine

Approcher un ours polaire,  voir sa fille entrer à l’université, lire tous les livres d’Henry James, voir une éclipse totale de soleil. Allan voulait faire tout cela avant de mourir. Il avait les cheveux gris et les yeux bleus, une voix très douce. Nous l’avons rencontré le 21 août 2017, le jour où une éclipse a traversé les Etats-Unis de part en part pour la première fois depuis près de 100 ans. Lire la suite

Burn-out

Ça fait une bonne heure que j’ai besoin de parler à quelqu’un mais je n’y arrive pas. Ni à l’un, ni à l’autre. Fatiguée de me plaindre et de m’excuser. J’ai arrêté de travailler, j’ai marché 500m et je me suis mise à pleurer. Ça m’arrive de plus en plus souvent, sans raison apparente. Les sanglots me brûlent la gorge et mes yeux s’embuent. Et il n’y a rien à faire, ni respiration profonde ni m’insulter dans ma tête. J’ai même essayé de chanter. Mais ça ne marche pas mieux. Je vais au cinéma pour souffler un peu. J’ai choisi deux films qui s’enchaînent pour optimiser mon temps de loisir. À peu près sûre de détester les deux films. De pleurer quand tout le monde rit. Je me suis dit sur tout le chemin « je ne veux pas aller au cinéma ». Mais je ne veux pas prendre le risque d’être toute seule dans l’appartement alors je vais au cinéma. Il reste pourtant tant à faire. Ce sera pour après. Lire la suite

Par hasard

Il y a quelques jours, au détour d’une conversation, une amie m’a dit : « Ce matin j’ai croisé ma grand-mère par hasard dans la rue et on a été boire un café ». Je ne croiserai jamais plus mes grands-mères, ni par hasard, ni même en prenant rendez-vous. Pourtant, je n’ai pas été triste. J’ai juste trouvé beau qu’une grande personne ait encore la chance de prendre un café avec sa grand-mère. J’ai perdu la première à 13 ans, la seconde à 27. J’étais donc déjà adulte. Pourtant j’ai l’impression d’avoir été, près d’elles, une éternelle petite-fille. Lire la suite

La robe en velours

C’est un velours ocre qui a attiré mon oeil sur la vitrine de la rue de l’appartement. L’appartement parisien est situé au coeur du paradis du shopping. Je n’ai pas la fièvre acheteuse alors quand je marche je dis « ça, c’est joli » « ça, c’est joli » « ça, c’est hors de question » et puis j’oublie. Mais parfois, le coup de coeur est là. Le coup de foudre. Au premier regard. Une robe jaune en avril. Pas les moyens. Je l’admirais pourtant dans la vitrine à chacun de mes passages, je faisais des détours pour l’apercevoir sur un portant. J’aurais pu pleurer quand elle a été remplacée par un modèle différent de la saison suivante. Lire la suite

Entre 7H10 et 7H15

Georges a faim. Il a faim depuis une heure au moins. Il monte sur le lit, ronronne près de ma tête, miaule vaguement. Puis il finit par gratter à la porte de Théodore, il sait que c’est la seule chose qui me fera me lever. Je ne veux pas qu’il le réveille. Mais évidemment il le réveille. Je me recouche et j’entends la porte s’ouvrir, des petits pas sur le parquet. Je vois une petite lueur qui avance. Parfois Théodore vient de mon côté et m’embrasse la joue, il reste debout dans l’obscurité puis me murmure qu’il a faim. Lire la suite

Après la fusion

Avec Alba, on mange des Pocky à la mangue. Elle me fait croquer le sien, je lui fais croquer le mien et elle rigole. Je me demande si dans quelques années, elle aura peur de m’annoncer ses premières règles. Si, plus tard, elle osera partager avec moi la peur et l’angoisse d’être mère. Je me demande si elle répondra sincèrement à la question « es tu heureuse ? » Lire la suite