Par-dessus les grilles

Il y a 15 ans, je refermais pour la toute dernière fois la porte de la maison dans laquelle j’ai grandi, dans laquelle ma mère a grandi. Je l’ai quittée dans les larmes, avec le sentiment de tourner avec violence, et contre mon gré, la page de mon enfance.

Avant qu’elle ne soit détruite quelques années plus tard, je suis parfois passée dans le quartier juste pour la revoir. Elle se dressait, stoïque, derrière la grande grille noire. Mais elle avait changé. Il y avait des rideaux aux fenêtres, un vélo renversé dans l’allée, des herbes folles entre les pierres du chemin. La maison de mes premiers pas et de mes premiers baisers était une coquille vide. Elle reste pourtant un idéal que j’ai cherché dans tous les appartements où j’ai vécu depuis. L’épaisseur de ses murs, ses grandes fenêtres, son vaste grenier, le parquet et les escaliers qui craquent, la fraicheur du carrelage au petit matin. Enfant, il me semblait évident que j’y vivrais toujours. Qu’un homme viendrait y vivre avec moi et que notre fils dormirait dans ma chambre de petite-fille. C’est en tout cas l’histoire que je me racontais.

Cette maison-là je l’ai aimé à tous les âges et à toutes les saisons. J’aimais les longues soirées d’été que je passais à jouer dans le jardin et les premières cerises acidulées, ma chambre qui donnait sur un grand parterre de fleurs et les après-midi à sauter à travers le tuyau d’arrosage. Un jour de printemps, c’est ici que ma grand-mère m’a appris à faire du vélo. J’entends encore sa voix joyeuse qui m’encourage puis qui, tout doucement, n’est plus qu’un murmure lointain. Je crois qu’elle me tient mais elle ne me tient plus. Je roule seule et je grandis.

Une nuit d’août, la maison protectrice s’est embrasée avec rage, nous étouffant de sa fumée noire et acide. Ravagée par les flammes, elle a pourtant tenu, et nous aussi. Dans la nuit, au milieu des sirènes, pieds nus sur le trottoir, j’ai cru que nous ne pourrions plus jamais y vivre. Mais nous sommes revenues, pour d’autres années à la fois joyeuses et mélancoliques, celles de mon adolescence.

Quand je pense à ma maison il y a fait toujours beau. Même le matin de la mort de ma grand-mère, alors que la tristesse était partout, j’ai le souvenir d’un soleil radieux. Les deux grandes fenêtres de sa chambre ont absorbé toute la lumière de l’extérieur et l’ont emprisonnée. Comme pour nous consoler.

Le jour où ma mère et moi sommes parties, j’ai arraché à la va-vite quelques brins d’herbe et ramassé de la terre que j’ai placés dans une boîte. Je pensais que ce geste d’enfant me permettrait de ne jamais oublier. J’ai évidemment perdu la boite depuis longtemps…

Je sais que mon fils ne dormira jamais dans ma chambre de petite-fille mais nous cherchons aujourd’hui la maison où il grandira. Depuis des années, nous aimons nous promener dans les allées de la ville voisine. On regarde par-dessus les grilles, Henri me fait parfois la courte-échelle. A travers les buissons et derrière les hauts murs, on devine des maisons de toutes les tailles et de tous les styles. On s’imagine dans ces jardins. Les annonces défilent sur l’écran de l’ordinateur et je cherche à retrouver un peu de la maison de mon enfance dans ces façades étrangères. Mais j’aime croire qu’un jour nous allons franchir un portail, qui ne sera pas une grande grille noire, entrer dans une maison, qui ne sera pas en meulière, et sentir que nous sommes chez nous. Théodore veut une piscine et des apéro avec de l’eau qui pique, Henri refuse les maisons mitoyennes, moi je rêve quand même de parquet qui craque et d’escalier en bois. On ne se refait pas.

L’attachement à un lieu est difficile à expliquer. Les murs ne sont-ils vraiment que des murs ? Je pourrais dessiner la maison de mon enfance de mémoire et il y flotte toujours l’atmosphère tendre et joyeuse de ma jeunesse. Il y a des chats de toutes les couleurs dans le jardin, mon chien sur le perron, ma grand-mère qui ferme ses volets et ma mère qui travaille la fenêtre ouverte. Moi je suis tantôt dehors, tantôt dans le grenier. J’ai 2 ans ou 18. Dans ma tête, je dessine aussi la maison qui abritera bientôt la famille que j’ai construite. Elle a seulement des murs et tout est à écrire. Pour qu’un jour, mon fils puisse dire  à son tour : « Ici, c’était chez moi ».

 

Dégoûtante ?

Il va y avoir certainement des dizaines d’articles de blogueuses en réaction à l’article de Madmoizelle d’hier et qui qualifie d’horrible le ventre de Natalie Portman en fin de grossesse (parce qu’on peut y apercevoir les mouvements de son bébé à venir). Moi, je veux réagir à ce que j’ai lu après, sur les réseaux. Parce que si j’ai cru un temps que les réactions de la rédaction d’un média prétendument féministe était la cause d’une moyenne d’âge pré-adolescente, je n’ai pas compris les réactions ensuite de gens que je suis tous les jours sur la toile. C’est comme si la boîte de Pandore avait été ouverte, on peut désormais le dire sans crainte : le corps des femmes enceinte nous dégoûte.  Lire la suite

Les histoires

Ceux là s’entendent comme chien et chat. Ils s’exècrent autant qu’ils s’adorent. N’hésitent pas à se faire de grandes déclarations en public mais n’aiment rien tant que se faire pleurer l’un l’autre.je n’ai jamais été proche de mon frère et de ma soeur, et je me réjouis de voir ces deux là, avec leurs deux ans de différence, leurs caractères aux antipodes, s’aimer comme ils le font.  Lire la suite