
Le week-end dernier avait lieu l’événement familial de l’année, le mariage de celui qui semblait ne jamais vouloir se marier bref LE truc à ne pas rater si on ne veut pas se mettre toute la famille à dos. En plus c’était une bonne occasion pour présenter ma fille à tout le monde en une fois, et puis ça se passait en Bourgogne et il y a du bon vin, et puis un week-end hors des murs de la capitale franchement ça ne fait jamais de mal. En gros, une charmante petite sortie à trois à laquelle j’ai répondu par la positive avec enthousiasme il y a des mois.
C’était sans compter sur l’empêchement de dernière minute de monsieur. Un oubli de corvée liée à son travail qui nous oblige, Mia et moi, à partir seules en train. Bien sûr à ce moment là, j’ai conscience qu’on a quitté le domaine du petit plaisir pour la mission suicide et je prie jusqu’au matin fatidique que la bonne volonté du bébé, une organisation impeccable et un peu de facteur chance rendent cette journée supportable.
Tout d’abord, préparer le sac. 18h à l’extérieur avec un bébé de 5 mois équivaut à 17 kilos de matériel environ dont je vais mettre un point d’honneur à oublier la moitié. Exit donc la crème solaire indice 50 en pschittt qui coûte un bras, le chapeau, les bavoirs de secours (une journée avec un seul bavoir… facile), un ou deux jouets pour l’occuper, le biberon en plus « au cas où » ou la petite bouteille d’eau qui peut toujours servir.
Réveil matinal pour le bébé qui n’est pas habitué. En même temps, un biberon à 6h30 alors que tu dors comme un loir, franchement ça m’aurait fait chier aussi. Je sors donc dans le froid matinal, bébé en écharpe (dieu bénisse JPMBB), le sac de 10 kilos en bandoulière mais pomponnée comme pour un mariage (tiens, tiens) avec ma robe de soie rouge fétiche et des talons de 12cm. Commence alors le cauchemar.
Métro puis installation dans le TGV. Il est 7h58, le TGV n’a pas quitté Paris qu’on peut totaliser 4 vomis dans le décolleté de ma robe en soie. Je n’ai rien pour essuyer, pas de bouteille d’eau et je suis chargée comme un baudet, j’essuie comme je peux avec un mouchoir en papier (il m’en reste 3) en espérant que cela ne fera pas de tache dégueu. C’est à ce moment là que mon voisin de TGV me glisse avec beaucoup de tact que je devrais regarder dans mon soutien gorge aussi. Il a raison, une partie du lait semi-digéré s’était glissé là. Il est 8h et déjà je craque.
Retard de TGV de 45 minutes, le bébé s’impatiente… moi aussi. Dans un souci de confort pour les autres passagers, je m’enferme dans le cagibi qui sert à changer les bébés et je m’évertue à faire chauffer un biberon avec une machine soufflante pour sécher les mains. Effet nul, lait en poudre qui vole partout, brûlure des paumes avec le plastique bouillant. Il est 10h et ça fait 2h que je marche dans les allées pour éviter un concert de hurlements.
Arrivée à Dijon, la ville est en travaux. Le bébé n’a toujours pas fermé l’oeil et les signes de l’hystérie commencent à se remarquer. Hurlements dès que quelqu’un l’approche, rires puis grognements, grosses larmes qui perlent sur ses joues. Intérieurement, j’en suis à ce stade aussi.
Entrée de l’église, il apparait évident que le bébé ne PEUT PAS entrer à cause du cri déchirant et ininterrompu qui sort de sa petite gorge (mais quelle coffre !), ma mère se dévoue. La migraine commence à me tarauder. Les membres de la famille mettent en doute l’adorabilité du bébé, ma capacité à gérer la situation, ma capacité à m’occuper d’elle tout court. ma robe n’a pas de tache apparente mais j’embaume la bile séchée à 10km. La cérémonie est trop longue pour moi qui guette un signe de catastrophe.
On me prête une poussette. Commence alors le marathon de la journée. Des allers et retours en escarpins à talons hauts dans une rue à gravillons puisqu’il n’y a que ça qui la calme. On m’apporte des verres, et parfois quelqu’un me prend en pitié et vient me tenir compagnie, dans ma rue, à deux pâtés de maison du vin d’honneur. Je donne le troisième biberon de la journée entre deux voitures, et la change sur la banquette arrière. Et comme c’est la journée du grand n’importe quoi je suis dérangée par un pervers qui mate le derrière nu de ma fille dans mon dos. C’est à mon tour de hurler. Le vin d’honneur est réussi par contre, j’entends de loin les pétards exploser, les musiciens s’éclater et les invités s’exclamer. Les parents (et il y en a. La noce compte 11 enfants dont 7 de moins de 1 an… ah, ces mariages de trentenaires) restent avec leurs poussettes dehors. Et commence alors une nouvelle ère, celle de la solidarité.
Déjeuner de mariage. Le bébé ne supporte pas d’autre présence que la mienne. Charmant pour les présentations. J’ai droit à 10 minutes de calme (dieu bénisse l’inventeur de la poussette). Puis je me rends compte que je suis placée dans un coin de la salle où je ne connais personne. Je suis placée à la table des jeunes parents. Rapides présentations, on confond même les noms des bébés et les nôtres (je me ferais appeler Mia toute la journée). Je ne vais de toute façon pas partager grand chose avec ces gens qui semblent fort sympathiques, puisque nous allons nous relayer et nous croiser au premier étage, celui des enfants. Les plats s’enchaînent, certains que je ne goûterai même pas d’autres que j’enfourne en quelques secondes et je bois, je bois, je bois. Les grands verres à dégustation se remplissent de vin comme par miracle entre mes disparitions. La migraine me vrille le crâne, je suis seule et perdue au milieu de nulle part, les gens qui m’entourent semblent baigner dans une autre dimension. Mon frère et son adorable copine ont pitié de moi et montent parfois voir un bébé qui n’est toujours pas décidé à dormir.
Incapable de se reposer, incapable de rester seule (dans une pièce bien calme avec d’autres compagnons quand même), ma fille me fait vivre un enfer. Je monte et je descends sans arrêt ces foutues marches d’escaliers, je berce, je joue, je cherche désespérément des solutions pour profiter de 5 minutes de calme et de silence.
Quatrième biberon, la cuisine de la salle ne dispose pas de micro ondes. C’est un gentil couple prévoyant qui fait tourner le chauffe-biberon aux 6 autres familles. Je me vois, dans ma jolie robe en soie rouge, échevelée, boitillant dans un coin de la salle du déjeuner vers l’unique prise électrique libre du lieu, le coin du livre d’or. Et dans mon coin, en nervous breakdown complet, je regarde les gens vivre normalement, comme si de rien n’était, comme si le monde n’allait pas s’arrêter de tourner quand ma fille aura ouvert la bouche. La salle ne dispose pas non plus de lieu pour le change, ma fille est changée dans son transat, par terre dans les toilettes pour dames. Ce qui finit de m’assassiner le dos.
Bien sûr, personne n’aura rien remarqué. Je dis que ma fille a hurlé toute la journée parce qu’elle a hurlé dans mes oreilles, loin de la foule et des célébrations. Je dis que j’ai couru tout le temps, et ça a été le cas des autres parents de ma table, mais c’était pour préserver le calme relatif et l’ambiance de fête de cette journée. J’ai stressé à chaque instant pour le confort de ma fille et son repos, les conditions inadmissibles (par ma faute) de ses changes et la température nulles de ses biberons. J’ai pesté parce qu’on nous a relayé dans un coin de la salle, première table face à la scène (bébé de 2 mois devant les baffes, pas terrible terrible) et à l’opposé des escaliers de la salle des bébés. J’ai râlé contre moi aussi, d’avoir oublié les bavoirs en plus, la bouteille d’eau, la crème solaire pour quand on était dehors. En fait, je n’avais juste pas compris que les gens qui avaient pensé, imaginé et vécu ce mariage n’étaient que des gens sans enfants. Loin des préoccupations des parents, loin d’imaginer le matériel et l’organisation que nécessite le déplacement d’un enfant de moins de 6 mois.
J’ai appris par la suite que la salle des bébés était en fait la salle prévue pour danser en fin de soirée, que les lits pliants ont été démontés, que les bébés ont été délogés sans aucune autre proposition. J’ai appris que le gentil couple avec le petit garçon d’à peine 1 mois et demi s’était retrouvé sur le parking, un peu perdu, à devoir coucher le bébé dans la voiture parce qu’il ne leur restait que ça à faire. Je pense que si j’avais eu à vivre ça j’aurais craqué.
J’ai craqué à Paris. Dans le métro. Épuisée, physiquement et psychologiquement par ma journée, morte de stress aussi. Je suis contente d’avoir vu et d’avoir échangé quelques mots avec des membres de ma famille, j’ai fait acte de présence (difficile d’appeler ça autrement) j’ai fait ce que que je devais faire. Mais je crois que cette journée est bien la preuve que même avec un bébé adorable 99,9 % du temps on ne peut pas tout faire. C’est une leçon de la vie, la prochaine fois je resterai chez moi.