
J+10, c’est fait. Ma famille et mes cartons sont posés dans une ville moyenne de province de région à mauvaise réputation (mais quelle région n’a pas mauvaise réputation quand on vient de Paris ?). Pour arriver à cette situation dont je ne maîtrise pas encore les tenants et les aboutissants, il a fallu agir vite, comme on retire un sparadrap, comme j’aborde les séparations et les épreuves de la vie. Tourner la page et passer à autre chose avant d’avoir le temps d’avoir peur et de revenir sur nos pas.
Comme 90% des parisiens et parisiennes, je ne suis pas née à Paris, j’y ai vécu quelques brèves années d’enfance dont je ne me souviens pas puis j’en ai fait ma maison avant d’avoir 20 ans. Paris s’est imposé comme une évidence. A Paris, je suis à l’aise, la vie est logique à défaut d’être douce et le champs des possible m’épanouit sans m’écraser (même si, comme 90% des parisiens et parisiennes, je ne vais pas à toutes les expos où je voudrais aller, ni aux restaurants, ni même dans certains quartiers). Je découvre les salles de projection des Champs Élysées, les restaurants de la Bastille, les quartiers japonais et chinois, les boulangeries qui ferment après 22h, les rues qui ne sont jamais vides ou même jamais vraiment sombres.
Bien sûr qu’on ne profite jamais à 100% de Paris et on passe même une partie de son temps à vouloir en sortir pour un week-end ou des vacances, mais la ville qui grouille est toujours, rassurante, à ouvrir ses bras. Paradoxalement, malgré les petits appartements (et je pense bien avoir été chanceuse sur ce point), je ne me suis jamais sentie oppressée. Malgré la pollution, je n’ai jamais aussi bien respiré. J’ai arpenté les rues sans voir la saleté du sol mais bien les trésors qui s’y cachent, une librairie ancienne, un immeuble de caractère avec cour, parfois un concert de rue, un pigeon avec un seul œil et une seule patte (oui, ça arrive, non ce n’est pas un trésor mais c’est quand même marrant).
Puis, il y a eu LA séparation, celle qui fait craindre de croiser untel ou untel dans la rue (si vous habitez Paris, vous savez comme cette ville peut aussi être petite). Et à peine le temps de se remettre, qu’il y a eu Mia. Mia avec tout le bonheur et les rires qu’elle nous apporte, m’a aussi fait voir une autre facette de Paris. Un Paris cruel, où les poussettes n’ont pas le droit de cité, où les bébés sont regardés comme des extra-terrestres (je me souviendrais toujours de cette phrase anodine lancée par je ne sais plus qui à propos de ma fille endormie : « c’est incroyable, on dirait une petite personne ». Euh oui, ils ont juste des habits de bébé, des chaussures de bébé, et on les pousse dans un truc encombrant parce qu’ils ne marchent pas). Bien sûr, certaines me diront qu’avoir un enfant à Paris est possible et je suis convaincue que les activités culturelles pour les plus jeunes de la capitale sont une vraie chance (j’attends avec impatience de pouvoir emmener Mia au théâtre ou au cinéma) mais avoir un bébé à Paris… ça c’est une aberration. Enfin c’en est une si vous n’avez pas les moyens de vous occuper de votre enfant à plein temps (et donc d’attendre que le troisième bus refuse de prendre votre poussette car trop de monde ou de perdre 1h30 et votre dos pour 4 stations de métro avec escaliers) ou que vous n’avez pas les moyens que quelqu’un d’autre s’en occupe à votre place. Moi, je me suis occupée de ma fille, parce que c’était possible et parce que j’en avais envie. Seulement j’ai aussi arrêté d’avoir une vie propre. J’admire beaucoup (ou je les déteste, ça dépend de l’heure de la journée) les jeunes mamans qui profitent de la vie par je ne sais quel miracle ou chance. Pendant presque 1 an, mon seul plaisir a été quelques rares manucures qui ne tenaient pas une journée à cause de ma vie de femme au foyer.
Encore une fois, je ne m’en plains pas. Il me suffisait de remonter la rue pour voir la tour Eiffel s’illuminer. Les restaurants, les bars, les cinémas et les théâtres nous tendaient les bras (et rien que l’idée était en soi rassurante). Et nous avions aussi Elo et Antoine. Toujours prêts à rendre service sans se plaindre et même avec le sourire (enfin, après que Mia ai arrêté d’être une bombe à retardement à vomi).
A un moment, j’ai eu envie d’espace. J’ai aussi eu envie de profiter de l’argent gagné autrement que dans un loyer ahurissant. J’ai aussi eu envie que ma fille rencontre d’autres enfants de son âge et pas seulement des trentenaires (fort sympathiques au demeurant) bobos dans des soirées pour adultes (attention, soirées pour adultes ne veut pas dire tout nus, juste qu’il y a des l’alcool). Alors il a fallu se faire violence, oublier les égos qui criaient que revenir à la campagne (oui moins de 50 000 habitants c’est la campagne pour moi) c’était une régression sociale. Je ne suis pas fière de ce que j’ai fait et je ne crie toujours pas sur tous les toits le nom de ma nouvelle ville (aussi, parce que je pense que c’est une ville de passage avant une solution qui nous convienne à tous mieux) mais je remarque déjà que mes journées se dilatent. Que la liste des activités obligatoires diminue, que je ne sens pas obligée de faire des choses (ce qui a un effet très néfaste sur mon travail, j’en conviens), que, de toute façon, la liste des choses possibles a diminuée aussi. Et dans un sens ce n’est pas si mal. Cette semaine, je vais redécouvrir ce que ça fait de ne pas se croiser tout le temps et de vivre ensemble en partageant la garde de Mia. Cette semaine, nous allons nous en occuper ensemble, comme une vraie famille. Et j’ai hâte.