
J’ai eu hier une conversation sur twitter qui a vite dévié sur les implications et les changement de vie auxquels il faut être prêt en devenant parent. J’y repense souvent moi-même, non sans nostalgie, à ma vie d’avant et pourtant il suffit d’un moment de surprise de ma fille pour balayer tout ça sur son passage.
Nouveaux parents, futurs parents,
Préparez vous à avoir à votre charge un être que vous allez souvent détester (si, si) pour ne l’aimer qu’encore plus fort. Un être capable des pires atrocités (je ne donne pas de détails, mais imaginez ce qu’un bébé et une couche que vous venez de changer et n’avez pas encore scellée peuvent faire ensemble) et de comportements aléatoires qu’il impose à la cantonade comme bon lui semble (ne vomir que quand il y a des invités, rejeter son lait à demi-caillé sur vous 10 minutes avant une grande soirée). Dans les premiers mois de sa vie, le bébé avec qui vous avez des interactions limitées ne vous renverra que vers son propre langage et vos limites d’adultes, vous ne comprenez rien et avancez à tâtons dans un monde parfois hostile et souvent exclusif.
À cela il faudra ajouter l’inquiétude permanente liée à l’état de parent et sa grande amie : la culpabilité. Cette donnée qui apparait pour les femmes pendant la grossesse devient une constante de votre vie, vous êtes coupable de fautes dont la peine va de 5 ans de prison avec sursis à la perpétuité selon les jurés : coupable de ne pas avoir stérilisé un biberon avant de le donner, coupable de ne pas allaiter, coupable de ne pas assez vous consacrer à l’éveil de votre enfant, coupable de préférer le voir dormir plutôt qu’être dans vos jambes, coupable de ne pas l’habiller comme une gravure de mode chaque jour que dieu fait et j’en passe.
Même si 9 mois théoriques permettent de mieux apprécier cette idée, du jour au lendemain on passe de la liberté totale à la plus belle des prison dorée. Plus jamais, vous n’allez vivre sans vous occuper ou penser à l’être qui vous est cher. Si l’on apprécie d’autant plus les soirées entre filles c’est finalement pour déverser sa bile sur son conjoint absent ou le manque de crèches en France (ou s’extasier sur les progrès de son rejeton) et conclure que le temps de l’insouciance est bien fini.
À coté de ça, on apprend à apprécier les choses simples (comme le dit si bien une fameuse marque de jambon). Ce que ceux qui n’ont pas d’enfants voient comme un symptôme d’aliénation n’est en fait que la vision, enfin, des vraies moments de la vie. Pour vous donner un exemple, j’ai du passer 10 minutes à regarder ma fille prendre un sac en papier que j’avais ramené d’une virée shopping et le traîner partout en le remplissant des objets qui s’offraient à elle sur son chemin. De temps en temps, elle en délaissait un pour en choisir un autre et c’est avec fierté et application qu’elle faisait ses petites courses dans notre salon sans se soucier de quiconque. Moi qui passe ma vie à chercher un idéal de beauté au cinéma, je peux vous assurer que j’ai manqué de pleurer devant ce spectacle naïf, devant cet instinct de reproduction abouti, devant cet embryon d’indépendance.Bien sûr à raconter c’est ridicule et pour un œil extérieur ça l’est encore plus.
Être parents c’est aussi se battre contre tous, toujours. Contre le jugement des autres, contre sa propre famille (donner des limites à de nouveaux grand-parents est un calvaire), contre l’état qui délaisse de plus en plus ses jeunes citoyens, contre la politique des villes et des transports qui laissent souvent les poussettes sur le carreau.
Je crois que la parentalité aujourd’hui est une guerre à mener que l’on a pas choisi mais que beaucoup de jeunes parents acceptent avec courage. Chaque matin, j’enfile ma tenue de combat (celle qui ne craint plus les taches) et je m’engouffre dans la bataille des premières couches, des premiers repas, des premiers moments sur le pot. Toutes ces premières fois… quand je pense qu’on a sacrifié une partie de notre vie à fantasmer sur une poignée de dépucelages (premier baiser, premier rapport, premier festival de Cannes,…) et que ma vie aujourd’hui n’est faîte que de nouveautés et de découvertes… Ceux qui ne vivent pas ce bonheur ne savent pas ce qu’ils ratent.