Autant vous le dire tout de suite, je ne suis pas une personne zen. Même si je me suis grandement améliorée sur la question de la gestion du stress depuis l’arrivée de Mia (allez savoir pourquoi), je reste une grande migraineuse avec des attaques de panique récurrentes. Aussi quand je me suis lancée dans la grande aventure du deuxième bébé, après l’expérience du début d’année, je savais que j’allais avoir un premier trimestre difficile. Et que j’allais vivre le pire de tout ça dans une grande solitude. Parce qu’être angoissée ne m’empêche pas d’avoir un cerveau et que je sais bien que la plus grande partie de mes peurs sont complètement irrationnelles et incontrôlables, parce que je ne sais juste pas avec qui partager ces angoisses.
Mais je crois que je peux écrire quelques lignes sur le sujet puisque j’ai dépassé un stade. Enfin. Hier, c’était le jour « anniversaire » de la découverte de ma précédente grossesse arrêtée. Le même terme, jour pour jour. Ça a commencé par des cauchemars, de type sanglants dont je n’ai pu me réveiller qu’au prix des efforts d’un Rob le chat affolé de me voir dans un état pareil. Je me suis réveillée épuisée. Et puis ce besoin d’aller à l’hôpital, alors que je n’avais techniquement rien à y faire. Le souffle court, tenaillée par une crise d’angoisse dont les nuages sombres sont restés au dessus de ma tête toute la journée, je savais au fond de moi que j’étais incapable d’évaluer en adulte la situation.
Impossible d’appeler mon gynécologue, qui m’aurait prise pour une folle, ou même la clinique où je fais maintenant mes examens, puisqu’ils sont constamment booké… je sais que la seule solution qu’il me reste c’est de me rendre là où je me suis pourtant jurée de ne jamais remettre les pieds. Le seul endroit, où au prix de quelques heures d’attente dans une salle glauque et perdue entre deux couloirs sans fin je pourrais avoir un examen expéditif et inhumain qui mettra fin à mon désespoir.
Du matin jusqu’au soir, j’hésite. J’essaye d’être plus forte que moi. Plus forte que mes souvenirs. Mais je n’arrive pas à croire et je ne fais pas confiance à mon corps. Finalement la soirée est déjà bien avancée quand, après une délicieuse engueulade de couple, je prends conscience que mon état va nuire à ma famille. Et il reste une dizaine de jours avant l’échographie officielle. 10 jours ça parait raisonnable mais c’est en fait le bout du monde.
Me voilà donc encore dans cette salle d’attente d’hôpital, à exorciser mes démons. 1h passe. Je suis prête à entendre le pire comme le meilleur. Et puis une interne vient me chercher pour ce qui restera comme l’examen gynécologique le plus éprouvant de ma vie, émotionnellement d’abord mais aussi physiquement puisque cette personne s’est vengée de ma présence injustifiée par des gestes agressifs et douloureux (et je ne suis pourtant pas connue pour être douillette).
Mais tout va bien. J’ai aperçu un petit corps sur l’écran, entendu son cœur. J’ai retrouvé l’envie d’être enceinte, mon appétit (pas encore le sommeil mais ça viendra), j’ai retrouvé mon amour naissant pour ce foetus que j’avais perdu en route.
La morale de cette histoire ? Il ne faut jamais sous-estimer les blessures d’une grossesse arrêtée, même si l’expérience est souvent minimisée. Tellement minimisée que pendant et après coup, le suivi n’existe pas. C’était une épreuve que je devais relever seule, et j’ai choisi d’être raisonnable parce que je suis bien entourée, mais j’ai une pensée aujourd’hui pour les autres futures mamans, celles qui essayent encore ou qui combattent leurs démons, jour après jour. J’ai manqué de courage et je n’en suis pas fière, j’ai perdu l’espoir, j’ai eu peur plus que de raison, soyez sûres de toujours trouver ici un espace pour le dialogue si vous en ressentez le besoin.





Je ne suis pas du tout d’accord avec toi sur le fait que tu aurais manqué de courage…
Parce que cette grossesse, c’est bien le signe au contraire que tu es très courageuse!
Tes angoisses et tes peurs sont légitimes, ne laisse personne te dire le contraire…
Je suis en proie aux mêmes errances, et chaque jour passé est une victoire.
Vivement que l’on soit sortie de ce trimestre infernal!
Enormes bisous
Oh punaise, ça me fait mal au ventre de lire ça… J’espère que la sérénité va t’accompagner pour la suite. De mon côté, j’entame le moment le plus critique, celui où tout peut repartir en sucette et je suis archi-zen : impossible que ça me retombe dessus alors qu’au premier trimestre, j’étais beaucoup moins zen… Sinon, si vraiment ça t’apporte un réconfort, je t’abonne au Nouveau Détective pour 6 mois de plus. Bises.
Mon 2e enfant, je l’ai perdu tout de suite. J’ai appris que j’étais enceinte au moment où c’était déjà fini. Quinze tout petits jours où je ne savais même pas que ce bébé était là, et puis le vide après. Comme toi, après, j’ai eu peur. Quand je suis retombée enceinte, je ne voulais plus que mon mari me touche. Et si le bébé se décrochait ? Comme toi, j’ai eu du mal à me faire entendre, à me faire comprendre. Comment pouvais-je avoir été impactée à ce point par un événement aussi court dans le temps, presque comme s’il n’avait pas existé ?
Puisque je n’avais pas vraiment de « date fatidique » à redouter (à part, comme toi, une crise d’angoisse au moment où le médecin a confirmé cette 3e grossesse), j’ai mis quelques semaines avant de lâcher prise. J’espère que cela ira plus vite pour toi et que tu pourras très vite retrouver un peu de sérénité. Je te souhaite en tout cas une paisible fin de grossesse et un joli bébé.
Bises
Isa
je crois que lorsqu’on est enceinte, on ne doit pas rester avec des doutes ou des angoisses… tu as bien fait…
Lire ton billet m’a fait à nouveau plonger dans un passé douloureux et toujours pas digéré. J’ai vécu chaque seconde de cette angoisse que tu décris lors de ma troisième grossesse ( la seconde n’ayant pas été jusque son terme) . Chaque cauchemar, chaque gêne au niveau du ventre, chaque froncement de sourcils de mon gynéco,…me donnait des sueurs froides. Aujourd’hui encore, malgré mes deux magnifiques enfants, je reste meurtrie par cet épisode qui a fondamentalement changé la femme que je j’étais. Je te souhaite une fin de grossesse avec le moins d’angoisses possible afin de pouvoir quand même en profiter !