Le terrorisme du deuxième enfant

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Mon fils aura deux ans au mois de décembre. Deux ans c’est, paraît-il, l’écart d’âge idéal entre deux enfants. Alors, inévitablement, on me pose de plus en plus souvent la question : « Le deuxième est pour bientôt ? ». Je tiens à préciser que j’aime mon fils plus que tout, que j’ai adoré être enceinte et que mon rôle de mère me comble de joie (la plupart du temps). Précisions qui semblent être utiles à bon nombre de gens tant ne pas vouloir de deuxième enfant, ou en tout cas ne pas le vouloir tout de suite, semble suspect.

La société dit que les gens doivent avoir des enfants, pas juste un enfant mais plusieurs. Ceux qui n’en veulent pas, et particulièrement les femmes, sont victimes de préjugés odieux et de jugements qui le sont tout autant. Mais je découvre que de ne pas envisager d’en avoir plusieurs semble presque aussi curieux. Dans l’absolu,  oui j’aimerai avoir un deuxième enfant. Mais c’est une question suffisamment intime pour que je n’ai pas à débattre de ce désir avec les autres, même s’ils sont mes amis. J’ai toujours pensé que je serai mère un jour et ce même si je n’ai jamais ressenti cet appel du corps viscéral, ce désir impérieux qui balaye tout. Les choses se sont faites le plus naturellement du monde. Il n’y a pas eu de débats, de doutes ou d’hésitations. Nous en avions envie tous les deux à ce moment là et avons eu la chance que cela fonctionne. J’aimerais que ce deuxième enfant s’annonce sous les mêmes auspices, que sa venue soit le fruit du même cheminement. Pas parce que « le choix du roi », pas parce que les boîtes de lasagnes surgelées sont un format familial pour 4, pas parce qu’un « enfant unique c’est triste ». Ce dernier point revenant assez souvent dans les discussions. Bien qu’ayant des frères et sœurs j’ai grandi en fille unique. Et, même si j’ai toujours été très admirative des grandes fratries, je n’en ai jamais souffert. Je ne me suis pas transformée en petite créature dictatoriale et égoïste.

J’espère que nous donnerons un jour un frère ou une sœur à notre fils. Et ce que je souhaite avant tout c’est qu’ils aient une belle relation. Je ne crois pas que les fameux « deux ans d’écart » soient un gage de réussite dans ce domaine. Deux enfants ce sont avant tout deux personnalités, deux individus dans leur complexité. Il n’y a pas de modèle idéal. Si nos enfants doivent avoir 5 ans d’écart alors qu’il en soit ainsi.
Vivre une grossesse, une naissance ce n’est pas rien. Nous avons en tête d’autres projets, notamment professionnels, qui ne cadrent pas avec un agrandissement de la famille. J’ai souvent entendu les parents d’enfants d’âge rapprochés me dire que leur choix avait été jugé et commenté. C’est tout aussi insupportable.
Mon fils est encore bien petit et, qui plus est, dans une phase d’opposition. C’est un grand bébé de presque deux ans avec un gros caractère et un niveau d’exigence très élevé particulièrement avec sa maman. Il est mon premier enfant, celui avec qui j’ai appris mon métier de mère. J’aime l’imaginer en grand frère, parfois nous réfléchissons avec son papa à des prénoms de fille, notre future maison sera pensée dans ce sens. Mais rien ne presse.

Et si, finalement, ce deuxième enfant ne venait pas. Notre famille serait-elle pour autant une moitié de famille, une entité incomplète ? Certainement pas. Elle serait alors la famille qui nous ressemble, que la vie et ses aléas ont façonné. Peut-être que dans quelques mois je ressentirai à nouveau l’envie d’être enceinte, je ne ferme aucune porte. J’ai conscience qu’être mère m’apporte beaucoup de bonheur au quotidien mais je sais aussi comme l’après grossesse a été physiquement terriblement difficile pour moi. Je ne me sens tout simplement pas prête.
Je suis toujours émue de voir de belles fratries, des enfants qui s’aiment et se ressemblent. Des petites mains qui se tiennent dans la rue ou une grande sœur très fière d’aider son petit frère à monter des marches. C’est une complicité que je souhaite pour Théodore. Il fera un jour un merveilleux grand-frère. Mais pour l’heure il est mon merveilleux petit garçon, notre premier né. Laissons la vie nous surprendre et surtout, donnons lui du temps.

11 réflexions sur “Le terrorisme du deuxième enfant

  1. Lizzie dit :

    J’aime beaucoup ta note et ce que tu dis. Je suis moi-même fille unique et ma mère s’est battue contre une phrase qui pouvait paraître anodine à beaucoup, mais qui ne l’était pas pour elle : « vous n’avez qu’un enfant ? », ce à quoi elle répondait « oui j’ai un enfant, pas qu’un enfant ». Mes parents auraient voulu un 2e enfant, seulement voilà, la vie, les circonstances, et puis les envies aussi en ont décidé autrement. Et on a été très heureux comme ça. J’ai été très heureuse ainsi. Pas plus « gâtée », « choyée » que ceux qui avaient des frères & sœurs, malgré tous les clichés qui sont collés aux enfants uniques…

    De même, on dit souvent que les enfants uniques ne veulent pas « reproduire » cette situation quand ils fondent une famille, et bien, pas nécessairement. Je crois que ça m’irait bien d’avoir un enfant, et pas plus. Je n’envisage pas une famille nombreuse, et alors ? Je ne juge pas le choix des autres d’avoir 3 ou 4 enfants. Chacun fonde la famille qu’il veut.

    PS : Ton fils est vraiment adorable sur cette photo ;-)

    • Esther dit :

      Merci beaucoup pour ton témoignage. Je suis absolument d’accord avec toi. Et que l’expression « qu’un enfant » est nulle et culpabilisante !

  2. Cécile dit :

    Merci pour ce billet, c’est dur de subir la pression sociale.
    De toute façon, même avec 2, tu as toujours des gens pour te demander à quand le 3ème (par exemple j’ai 2 garçons, donc il faudrait que je veuille une fille, alors que pour moi ce sont des individus point).

    Je voulais rebondir sur le « 2 ans d’écart c’est l’idéal »… Je dirais : surtout pas ! lol.
    Mes enfants ont 22 mois d’écart et tout le monde m’a dit (avant) que c’était idéal bien que fatigant mais après la complicité tout ça.
    Sauf que…
    2 ans ce n’est pas un âge facile chez un bambin, aussi mignon soit-il. On est généralement en plein dans la période d’affirmation de soi (parfois connu sous le gentil nom de « terrible two »). Gérer un nouveau-né avec un bambin qui s’oppose beaucoup (et c’est normal) à la maison, c’est dur pour les parents.
    Et pour lui, qui a besoin d’être écouté et d’avoir des adultes bien patients face à lui pour affirmer les limites sans se laisser dépasser (ni laxisme, ni autoritarisme), des parents crevés par des nuits hachés, c’est pas le top.

    2 ans c’est encore un bébé (un grand bébé), souvent avec des couches et pas toujours très autonome. Gérer 2 bébés c’est dur pour les parents.
    Sans compter qu’on met, sans s’en rendre compte, une certaine pression au grand pour qu’il grandisse un peu plus vite. C’est dur pour lui.

    2 ans c’est un âge où on a encore beaucoup besoin de papa et maman, partager à cet âge là c’est dur pour le grand et c’est dur aussi pour les parents de se partager. En tant que maman, je trouve que la séparation se fait doucement sur plusieurs mois, et le 2ème enfant vient bouleverser tout ça.

    Peut-être est-ce plus simple avec un aîné un peu plus grand, qui est déjà à l’école par exemple… 3 ans, 3 ans 1/2… Mais je crois franchement que 2 ans est loin d’être la différence d’âge idéale. Je crois surtout qu’il n’y a pas de différence d’âge idéale !

  3. Amélie dit :

    Deux semble un chiffre magique, en fait… deux enfants, le bonheur à la française ?
    Nous c’est quand on a annoncé que le troisième était en route que les gens ont commencé à nous regarder d’un air bizarre. Trois ? Mais vous allez le mettre où ? C’était voulu ? Et vous allez devoir changer de voiture ! Bon et après vous vous arrêtez ?
    C’est fou comme les gens projettent facilement leurs envies (ou leurs peurs) sur nous.

  4. Cécile Paris Pages Blog dit :

    je crois que les gens projettent beaucoup ce qu’ils considèrent comme la perfection. Nous avons eu pas mal de commentaires désobligeants car nos enfants n’auraient « que » 19 mois d’écart. Nous avons envie d’un 3e, voire d’un 4e… mais pas tout de suite ! et là encore, nous aurons des réflexions sur le fait que nous voulons un 3e pour avoir un garçon. Bref, nos familles sont parfaites à nos yeux et c’est bien ce qui compte !

  5. Laure dit :

    Merci pour ce post.

    Mon fils à 15 mois et on me pose déjà la question « et alors le 2ème c’est pour quand? » et parfois on rajoute la gentille phrase « parce qu’à ton âge -j’ai 36 ans- si tu en eux un 2ème faut se dépêcher »
    Ou encore, « c’est tellement mieux à 2 ».

    Comme si une fratie était obligée de bien s’entendre… ça existe des frères et des soeurs qui se détestent.
    et puis, peut être que je n’en veux pas 2, peut-être que j’en aurais envie dans quelques temps, on ne sait pas de quoi la vie ets faite et quel tour va nous jouer mon hormones!!

    Pour l’instant, je profite de mon fils, j’ai envie de bien profiter de toutes les étapes, de pouvoir me baisser et jouer à 4 pattes sans être génée par un ventre, ce sont mes desiderata.
    Je me force personne à faire comme moi alors qu’on arrête avec ce diktat du 2ème à 2-3 ans d’écart, il n’y a pas de bon écart, il y a celui qui convient à un couple.

    Il y a des gens qui aiment enchaîner les couches, d’autres qui veulent une pause entre 2

    Laissez nous profiter de nos enfants, laisser nos enfants être des enfants le plus longtemps car comme lu au dessus quand le 2ème arrive on demande souvent au 1er de de venir plus grand/plus responsable, alors que c’est encore un grand bébé et surtout laisser les couples décider de leur vie de famille.

  6. madamezazaofmars dit :

    Je te rassure, une fois que tu en as trois les gens sont plutôt du genre a te freiner au contraire,  » 4 vous n’y pensez pas ! Si si justement  »
    je suis fille unique, maman d’une fratrie de 3 garçons, il n’y a pas de regle, pas de norme, et j’aime beaucoup ta vision des choses
    Et ton fils est à croquer mais je l’ai déjà dit ça je crois

  7. Lucie dit :

    Je te rassure j’ai 2 enfants : un garçon et une fille (« le choix du roi « comme on dit) et on me demande sans cesse quand viendra le 3ème!
    Les gens adorent parler et commenter la vie des autres c’est un fait!
    Laisse couler et pour moi avoir un enfant n’est pas anodin il faut vraiment le vouloir!!!
    En tout cas joli billet car moi aussi qd mon fils a eu 1 an et demi on m’a tanné pr le 2ème!

  8. Fraise dit :

    Merci pour ce beau billet.

    Je suis fille unique et j’en ai beaucoup souffert. Ma mère s’est montrée étouffante, possessive, parfois violente et culpabilisante… J’ai toujours pensé que ça irait mieux avec un frère ou une soeur, car ça m’aurait donné plus de liberté. J’ai grandi seule, sans cousins, au milieu de grandes personnes auxquelles je devais obéir. A l’école, j’étais victime de moqueries et je ne savais jamais quoi répondre. Résultat, je suis une jeune femme plutôt soumise, avec un piètre sens de la répartie, mais avec un immense besoin d’amitié et de complicité.

    Plus que le fait d’être enfant unique ou non, je pense qu’un enfant est surtout le miroir de l’équilibre ou des névroses de ses parents. Et qu’il est essentiel de mettre un enfant unique en contact avec des enfants de son âge, le plus possible, avant même l’âge de l’école.

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