Le Petit Prince, divine surprise

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Je n’ai jamais aimé Le Petit Prince. Gamin, j’avalais les romans comme d’autres les parts de pizza, mais une aversion inexplicable pour le fantastique et la science-fiction me faisait repousser tout ce qui s’éloignait trop du pur réalisme. Le petit livre d’Antoine de Saint-Exupéry m’est vite tombé des mains. J’y voyais une poésie de bas étage, un petit concentré de niaiserie clairement surfait. Retomber sur une vieille édition du livre chez un bouquiniste ou découvrir l’attraction interactive du Futuroscope ne m’aura pas aidé à renouer avec cet univers dont je me disais tout simplement qu’il n’était pas pour moi.

Je n’ai jamais vraiment aimé les films d’animation. Gamin, j’ai vu plein de dessins animés, comme tout le monde ou presque, et j’en ai adoré certains. Mais dès que j’ai atteint l’âge suffisant pour pouvoir me délecter de ce que j’appelais les vrais films, j’ai délaissé l’animation aussi longtemps que j’ai pu. Là encore, difficile d’expliquer l’origine du mal ; toujours est-il que l’impossibilité chronique de m’identifier à des personnages animés me rendait imperméable aux émotions qu’ils étaient censés véhiculer. Guère ébahi par la majorité des Pixar, complètement blasé par 90% des Ghibli, je n’ose même pas vous dire ce que je pense de Ratatouille ou du Tombeau des lucioles. Vous ne m’adresseriez plus jamais la parole, comme tant d’autres avant vous.

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C’est donc un peu à reculons que j’ai emmené Mia voir Le Petit Prince version film d’animation 2015. Et c’est à ma grande surprise que j’ai totalement adoré ça. Malin, le scénario utilise le personnage de Saint-Exupéry comme le héros d’une histoire que découvre petit à petit une fillette esseulée, sommée par une mère aimante mais débordée de passer son été à peaufiner son niveau scolaire. C’est grâce à un voisin farfelu, un vieil aviateur barbu (joli hommage à Saint-Ex), que la petite fille sans prénom va découvrir le petit prince. Et nous avec.

Je ne sais pas si le film a été pensé dans cette direction, mais il me semble idéal pour ceux qui, comme moi, n’aimeraient pas Le Petit Prince. Au départ très sceptique, préférant rester du côté concret de l’existence et tenter de rejoindre aussi rapidement que possible le monde des adultes, la petite fille succombe progressivement. Et là, magie : le processus d’identification se met en place. Comme elle, avec elle, on finit par avoir envie d’envoyer valser les listes, les plannings, les organisations millimétrées, pour qu’enfin un peu de vie et d’improvisation puissent entrer dans notre existence. Ma vie actuelle me va comme un gant. En revanche, gamin, je pense que cela ne m’aurait pas fait de mal qu’un vieil aviateur gentiment fêlé vienne me sortir de ma chambre grâce à ses histoires. Je serais sans doute devenu un enfant plus fantaisiste, plus imaginatif. Des qualités que je n’avais pas à l’époque, et que j’essaie de travailler maintenant que je suis adulte.

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Le réalisateur Mark Osborne (déjà auteur de Kung Fu Panda, que j’aime plutôt bien, soyons francs) a réussi un mélange assez audacieux. Il y a d’une part cet univers « à la Pixar », avec sa petite fille aux grands yeux intelligents et sa maman trop souvent absente. On retrouve d’ailleurs pas mal de thèmes communs avec le récent Vice-versa, que j’ai trouvé intéressant mais surtout très anecdotique dans sa façon d’aborder pour la millième fois le triste glissement entre l’enfance et l’âge adulte (oui, je sais, je n’ai pas de cœur). Et il y a ce monde du petit prince, avec ses textures ressemblant à du carton, mais en bien plus élaboré. Comme si lui, son renard et sa rose venaient de sortir des dessins de Saint-Exupéry pour se matérialiser devant nous. Tout cela finira par fusionner dans une dernière partie dont je préfère ne rien dire (très peu d’images semblent avoir filtré, et la bande-annonce garde la surprise). En tous les cas, le final du film m’en a remis un coup derrière la tête.

Kafkaïen, d’une noirceur à couper le souffle tout en étant supportable par les kids (Mia a adoré aussi), le film est l’un des premiers à trouver le ton juste sur l’enfance qui nous quitte peu à peu lorsqu’on devient un adulte. Ça n’est ni prise de tête ni larmoyant : ça touche juste une forme de vérité rarement atteinte sur ce thème. C’est l’une des premières fois que je me suis réellement identifié à des personnages d’animation. Je me suis senti aussi proche de la petite fille que du petit prince. J’en suis ressorti le souffle un peu coupé. C’est toujours beau d’être surpris au cinéma. Ça arrive de moins en moins souvent. Mais en cette année au cours de laquelle je suis assez peu allé dans les salles obscures, Le Petit Prince constitue pour moi la jolie claque existentielle de 2015. Allez comprendre.

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