« Tu crois qu’ils nous aiment ? »

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Quand Mia était bébé, je n’ai jamais senti ce lien magique qui unit une mère et sa fille. Si je voyais dans son regard force et détermination (il faut dire qu’elle a eu un début de vie un peu tourmenté), je n’y voyais pas l’amour inconditionnel que certains bébés semblent vouer à leurs parents. Elle a toujours été pour moi une petite personne à part, qu’il a fallu comprendre puis apprivoiser. Pendant ce temps, elle restait sur la défensive, attendant que je reprenne ma vie en main et que je fasse enfin quelque chose qui force son admiration. Ce n’est que des années plus tard que j’ai senti le respect et la validation de mon statut. Mia avait enfin décidé que j’étais digne d’être sa maman.

Pour Adam, qui a toujours été un bébé câlin, cela ne s’est pas passé tout à fait de la même manière. Il avait besoin de bras, de contact peau à peau, d’être serré fort. Alors que je ne connaissais pas ce rapport (Mia n’est pas très portée sur les contacts physiques), j’ai essayé d’être là pour lui. Une caresse pour calmer les angoisses ou les douleurs, une chanson, un bisou, un câlin. Mais pour Adam c’était un du, une évidence. Ses grands yeux bleus n’ont jamais exprimé de gratitude mais plutôt du ressentiment et de la colère quand j’étais absente. Nous avons eu du mal à trouver un équilibre. Parce quand Adam s’est rendu compte que je n’étais pas entièrement tournée vers lui, il s’est senti floué et ses angoisses sont revenues. Il m’a repoussé. Aujourd’hui, notre relation est apaisée. Je suis toujours la personne vers qui il va quand il a un gros chagrin mais il accepte mal que je ne puisse plus le porter autant qu’il le voudrait ou que je m’absente parfois.

C’est peut-être parce que je n’ai jamais connu ce regard idéalisé du nourrisson plein d’amour, d’admiration et de gratitude envers la mère nourricière que je n’ai jamais compris cette passion qu’ont certaines pour les tous petits bébés. J’aime mes enfants depuis le premier jour mais il ne m’a jamais semblé que leur amour était un acquis. Je me suis souvent posé cette question : comment voulez-vous qu’ils m’aiment si ils ignorent qui je suis ? Et surtout, m’aimeraient-ils si il avaient la moindre idée de ce que je suis vraiment ? (pas juste celle que je suis sous mon étiquette de maman).

Chez nous, les problèmes se résolvent par du dialogue. Et nous avons la chance, en ce moment, de traverser une période plutôt calme. Chacun a sa place et en est satisfait, les enfants grandissent doucement mais sûrement. Hier soir, c’était donc le moment idéal pour me tourner vers Thomas, après le coucher de la petite troupe, et de lui demander le plus sérieusement du monde « dis, tu crois qu’ils m’aiment ? ». C’était plus une question rhétorique qu’autre chose, la verbalisation d’une pensée qui me trotte dans la tête depuis toujours : dans une famille, rien n’est acquis. Il y aura certainement avec les années de la frustration et des colères, des regrets et des remords, des mensonges plus ou moins graves, des moments où nous ne serons pas à notre avantage. Mais je sais que moi, je les aime. Pas aveuglément, pas inconditionnellement. Je les aime pour ce qu’ils sont, pour leurs différences. Et ces deux amours ne se ressemblent pas non plus. Ce ne sont pas les mêmes qualités que j’admire et je respecte chez l’un et chez l’autre. Mais je les aime. Et comme nous l’avons toujours fait sans y penser avec Thomas, je leur laisse l’opportunité de m’aimer en retour… ou pas.

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