La balance

Capture d’écran 2015-10-14 à 09.44.52

Je mesure 1m60 et j’évalue mon poids de forme (celui où je me sens le mieux) entre 52 et 54kg. Quand j’ai connu Thomas, il y a 5 ans, j’étais très déprimée et pesais 47kg. J’ai pris environ 10kg pour mes deux premières grossesses. Et 1 an après la naissance d’Adam, la fatigue et le stress, m’ont valu un bon 68kg sur la balance.

Quand j’ai décidé de mettre en route cette dernière grossesse, je venais enfin, après plus de 2 ans de bataille, de perdre les kilos accumulés et de retrouver mon 55kg. Malgré ça, j’ai commencé cette grossesse angoissée. Angoissée de voir se rapprocher à nouveau la barre fatidique des 70kg et angoissée de « perdre » à nouveau des années avec ces bourrelets installés un peu partout et qui me font si mal.

La vérité c’est que je mange très sainement. Pour maigrir, je n’ai pas l’opportunité de supprimer les snacks ou de me priver de sucreries parce que je n’en consomme pas. Mon poids varie seulement en fonction des variations hormonales, de ma fatigue et de mon moral. Ces facteurs sont impalpables, très complexes à maîtriser… et rendent la tâche encore plus fastidieuse et ingrate.

Je me suis donc mis la pression. Une grosse pression. Une pression comme on s’en met quand on a vécu deux essais de Weight Watchers et des regards un peu méprisants, quand on a bien senti que pour certaines personnes on est une maman qui se laisse beaucoup trop aller. Mon gynécologue de la première grossesse m’avait aussi bien pointé le fait que dans les pays nordiques les femmes s’en sortaient très bien avec une prise de poids n’excédant pas 5kg.

À 8 mois de grossesse, j’ai pris un petit peu plus de 6kg. J’ai fait attention plus que d’habitude, et je serais certainement aussi alerte dans les premiers mois après la naissance. Je n’ai pas la taille mannequin (difficile quand on est courte sur pattes) mais je suis techniquement une future maman mince. Dans ma nouvelle région, on me le fait bien sentir. J’ai droit à des mots rassurants de la part des soignants, des petites phrases bienveillantes qui me disent que j’ai de la marge et que je peux me faire plaisir si je veux.

Cette semaine, j’ai du resserrer la ceinture de mon jean de grossesse (un 38) parce qu’elle baillait. Cela ne m’a même pas fait plaisir. Je garde vissée au corps la peur enfantine de ces années difficiles avec ces photos qui me font honte et surtout le regard des autres qui me hante. Il est acceptable de garder quelques kilos et un petit ventre quelques mois après l’accouchement mais il n’est pas naturel, pour les autres, de traîner plus de 24 mois un physique qui dit qu’on a du mal à gérer tout de front.

Mais je le portais, ce physique qui n’était pas en conformité ni avec ce que je suis ni avec mon mode de vie. Je le portais parce que je n’avais pas le choix et encore moins le temps de m’en occuper. Et j’ai pleuré parfois. J’ai, aujourd’hui, une garde robe qui va du 36 au 42, et je ne sais plus tellement ni à quoi je ressemble ni comment m’habiller. J’ai peur du jugement.

Pour cette grossesse, j’ai surveillé de près cette question. Parfois au point de monter sur la balance plusieurs fois par jours. Et puis j’ai décidé de lâcher du lest. Juste un peu, juste ce qu’il faut. Je suis maintenant plus sereine, je suis surtout résignée et prête à en assumer les conséquences. On s’extasie beaucoup des jeunes mamans connues qui affichent un physique sculptural dans la semaine de leur accouchement, mais on parle peu de la lourde pression que cela ajoute sur les épaules des mamans de tous les jours. Et dans cette société où avoir quelques kilos « en trop » est une faiblesse, voire une faute, la pesée est une épreuve pour les jeunes mamans.

5 réflexions sur “La balance

  1. Parker dit :

    Le poids, comme l’âge n’est qu’un chiffre. Un chiffre souvent accusateur, sujet à interprétation et source de tous les jugements, celui de la personne concernée en premier.
    Il m’a fallu plus de 35 ans pour le comprendre et accepter que toutes les femmes ne ressemblent pas.

    On peut cesser de se battre avec la balance, accepter un corps qui n’obéit pas à notre tête et se sentir bien. N’étant absolument pas taillée pour pratiquer un sport quel qu’il soit, c’est la danse orientale qui m’a appris à faire la paix avec lui (et accessoirement à raffermir/affiner tout ce qui ne disparaitrait jamais).

    On peut prendre 10 voire 15 kilos pour une grossesse sans mettre sa santé ou celle de l’enfant en danger (I did it). Les soignants qui te font culpabiliser méritent des baffes.

  2. Amandine dit :

    Très jolie témoignage de ta part. Moi j’ai aussi fait très attention! J’ai pris 8kg pendant ma grossesse. J’ai toujours été très fine et il était impossible pour moi de m’imaginer plus « arrondit ». Je ne regrette pas d’avoir fait très attention parce que je souhaitais pouvoir redevenir la femme que j’étais avant ma grossesse pour mieux devenir la maman que j’allais être. Chacun doit se sentir bien dans sa grossesse et je comprend parfaitement l’angoisse qu’on peut avoir de prendre autant de poids. Je crois même, que j’angoissais plus à l’idée de prendre beaucoup de poids, plutôt que d’aller accoucher, c’est dire !
    Merci pour ton bel article. A très vite. Bises

  3. Amandine dit :

    Pour ma fille, les kilos en trop de mes grossesse pendant 1 an et demi, à travailler de chez moi, vivre à la campagne et m’occuper de ma fille H24 (elle n’était pas encore à la crèche) et me laisser aller m’ont valu – entre autres – d’être à deux doigts de faire péter mon couple….
    Je suis pas une fille mince à la base donc cette prise de poids m’angoisse encore et tjs…. Mais jai appris de mes erreurs passées alors on verra comment mon corps se portera dans qques mois..,,
    Je pense à toi.
    Je t’embrasse

  4. M_LaMaudite dit :

    Témoignage très touchant. La question du poids est toujours quelque chose de très compliqué… Je ne suis pas une fille mince de base donc j’ai appris à vivre avec ces regards désagréables et le fait de ne pas pouvoir mettre les vêtements qui me font de l’oeil. Nous sommes comme nous sommes et je préfère voir quelqu’un qui va bien dans son corps et dans sa tête plutôt qu’une personne mal dans sa peau !

  5. Totote dit :

    Je m’associe a ton experience. Mes deux grossesses m’ont transformé en grosses (+20 et +15 kilos) alors que je voyais toutes mes copines retrouver leur taille de guepe en six mois. Comme toi j’ai mis enormement de temps avant de redescendre et j’ai encore 5 kilos a perdre. Mais j’habite a l’etranger et la pression du corps et completement differente. Pendant ma grossesse en france on m’a fait voir une nutritioniste qui m’a mise au regime. Au dernier mois j’ai donc perdu du poids et j’etais super stressée et deprimée au lieu de me concentrer sur ce grand evenement – mettre au monde et devenir maman. Ma deuxieme grossesse au Moyen-Orient a été moins pressurisante. On ne m’a jamais mise au regime, on m’a parlé de retention d’eau et me disant de faire attention sans se stresser.
    C’est sur que si l’on peut eviter de prendre trop de poids c’est mieux, mais le plus important c’est de rester zen et de se dire que la grossesse et que la periode post partum restent une parenthese dans la vie d’une femme.

Répondre à Totote Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *