Notre mariage d’hiver

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« Sur ce territoire,
De tes pieds à ton front
Je passerai ma vie
À marcher, à marcher, à marcher. »

L’infinie, Les vers du capitaine, Pablo Neruda.

Cette date a d’abord été un horizon lointain, une certitude heureuse mais presque inaccessible. Puis les contours flous sont devenus des lignes et enfin le dessin s’est fait plus net. Le ciel du 5 décembre au matin affichait du rose et du bleu, avec une pointe de doré. Un croissant de lune était visible depuis la fenêtre du salon, comme un repère rassurant. Cette matinée secrète fut faite de danse, de rires et de quelques larmes silencieuses.

Mes deux témoins sont arrivés et j’ai commencé à me préparer, avec une certaine désinvolture. Volant d’une pièce à l’autre sur la pointe des pieds dans mon tutu de danseuse. Le temps s’est écoulé lentement, au rythme des rires, des hésitations, des mèches de cheveux que l’on attache et des ongles que l’on vernit. Je les ai regardés tous les deux et j’ai trouvé leur présence si belle et si juste. Les années ont passé sur notre amitié sans l’abîmer, malgré les tempêtes et les blessures. Il ne restait plus ce matin-là que l’évidence d’être ensemble. Ils sont ma jeunesse, mes 18 ans, mes premiers chagrins d’amour, mes confidences et tellement de mes rires.

Je me suis ensuite glissée dans la soie et la dentelle de ma robe, cette robe aussi parfaite et délicate que lorsqu’elle n’était qu’une ébauche griffonnée sur une feuille. Notre photographe était là, discrète et joyeuse, comme une amie de passage qui aurait trouvé sa place dans notre intimité.

En rejoignant la voiture, le soleil m’a fait oublier le froid et le vent. J’ai croisé un vieux monsieur qui promenait son chien et nous nous sommes souri. Je n’étais ni stressée ni anxieuse, simplement heureuse. Devant l’église, je suis restée quelques minutes dans la voiture avec mon meilleur ami, mon témoin, mon bras vers l’autel. J’ai aperçu Henri de dos, son costume, son pas rapide. Il ne s’est pas retourné et je l’ai regardé s’avancer dans l’allée de l’église. J’ai alors pris une profonde inspiration et fermé les yeux pour penser à nous. Notre histoire nous avait mené jusqu’à cette froide journée de décembre où nous allions nous marier. Après des années, un petit garçon aux grands yeux noirs et surtout beaucoup d’amour. Il était beau et j’espérais que ma robe allait lui plaire. Je me suis sentie comme à l’aube d’un premier rendez-vous, impatiente et débordante d’espérance.

Lorsque mon tour est venu de rentrer dans l’église, alors que je redoutais tant ce moment, j’ai été éblouie par nos invités, leurs sourires, leur chaleur. Serrés les uns contre les autres, en grappe, ils étaient beaux et émus. Mes chaussures à paillettes m’ont alors menée jusqu’à lui. La suite, ce furent des mots, des larmes, des rires, des mains qui se serrent. La lumière qui irradie à travers les vitraux et dépose sur nous sa douceur bienveillante.

Sur le parvis de l’église ils étaient tous là, leurs scintillants à la main, faisant crépiter cette fin d’après-midi de milliers d’étincelles. J’ai embrassé mon mari et, comme je le fais toujours, j’ai passé ma main dans sa nuque. Quelques mots échangés à la volée avec les invités de passage, on remarque les yeux humides de certains, les sourires silencieux des autres. Et après ? Après…la route, le soleil couchant et les festivités qui s’annoncent !

Lorsque nous avons franchi la grille du château il faisait déjà nuit. Alors, à l’extérieur comme à l’intérieur, nous avons pallié au manque de lumière naturelle par des lanternes, des guirlandes, un feu. Et c’est à la lueur de la bougie que nous avons dîné. J’avais dit que je ne prendrais pas la parole et finalement, emportée par la joie de l’instant, j’ai pris le micro la première. J’ai aimé revoir les photos prises pendant les discours, regarder les visages, les yeux émus et les éclats de rire. Voir tout ce que je n’avais pas vu. Ces moments-là furent parmi les plus beaux de la journée, entendre leurs mots, nos souvenirs, sentir ces liens si forts entre nous tous. Certains avaient une feuille imprimée, d’autres un texte écrit à la main ou des notes sur un téléphone portable. Mais ils ont, chacun à leur manière, touché juste. Ils liront ces lignes, ils savent que je suis une pierre mais ils savent aussi à quel point je les aime. Pendant la folle nuit qui a suivi, je me souviens avoir pensé que le bonheur était là : rire à en avoir mal aux joues en dansant avec un panda, fermer les yeux et serrer l’homme de ma vie dans mes bras en pensant à demain. Et à tous les jours de notre vie.

Alors oui, le jour s’est levé sur le tipi de lumière et le feu de camp. Nos invités sont partis et il a fallu refermer cette parenthèse comme on tourne la dernière page d’un roman qu’on a follement aimé. Mais quand je serai très vieille, je me rappellerai de cette dentelle, de la beauté de ce jour et de tout cet amour.

Photo de Chloé Lapeyssonnie

 

2 réflexions sur “Notre mariage d’hiver

  1. Stella dit :

    Tout simplement beau.
    J’espère que je vivrai moi aussi ce jour avec toute cette magie.
    J’apprécie beaucoup ce blog et tout particulièrement, ta plume, Esther.

    Stella (l’ancienne collègue d’Henri – au passage toutes mes félicitations).

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