S’il avait neigé…


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…Ce matin-là, le réveil n’a pas sonné. Je me suis réveillée doucement, le chat pelotonné contre moi. La vibration de son ronronnement irradiait dans mon dos. Dehors, le silence disait que la cloche de 8h30 avait sonné depuis longtemps. Nous vivons sur le chemin de l’école et tous les jours des enfants et des parents passent sous nos fenêtres en riant. Mais il m’a semblé déceler autre chose dans l’absence de bruit de la rue. J’ai relevé la couverture tiède sur mon visage et fermé les yeux. Au loin j’ai reconnu le son imperceptible de la neige. Lorsque j’étais enfant, j’aimais la regarder tomber dans la nuit à la lueur d’un réverbère. Parfois il n’y avait que quelques flocons mais la lumière artificielle les transformait en grosses pépites brillantes. Et j’espérais que le lendemain matin ils auraient recouvert le jardin et la ville entière. Je me suis levée, j’ai enfilé mes chaussettes puis j’ai écarté le store. La neige était là, tombant à gros flocons, en rangs serrés. L’horloge dans la cuisine a confirmé que l’école avait commencé depuis longtemps et que j’étais trop en retard au travail pour prétexter un problème de RER.

J’ai préparé le petit-déjeuner, coupé un kiwi, fait griller des tartines puis j’ai frappé à la porte de Théodore. Il dormait encore profondément et je l’ai réveillé en caressant sa joue toute chaude. Il a ouvert les yeux et m’a souri. Je lui ai dit que le ciel lui avait préparé une surprise. J’ai lu dans ses yeux qu’il espérait un avion, un nouveau sabre laser ou un livre avec une histoire d’ours polaire. Il s’est blotti contre moi, comme le tout petit garçon qu’il est encore, et nous nous sommes approchés de la fenêtre. A cet instant, je crois que nous avons tous les deux compris que la neige avait scellé notre journée. Nous ne sortirions que pour nous rendre jusqu’à une rue déserte, là où la neige est vierge de pas… pour la marquer de nos empreintes. Être les Neil Armstrong de la rue des collines ! Cette perspective nous a réjoui. Après le petit-déjeuner, nous nous sommes installés sous la couette pour se raconter des histoires, se cacher et j’ai répondu à ces questions étranges que posent les enfants : « Maman, pourquoi tu as des bras ? Pourquoi Georges miaule ? Les dinosaures sont plus forts que les lions ? »

Par la fenêtre la neige tombait toujours. Nous avons décidé de nous poster devant celle de la cuisine, la seule qui donne sur un jardin et l’horizon des maisons de notre quartier. Pas de voiture, pas de passant, le temps était suspendu et nous étions seuls au monde. Dans l’herbe blanchie un gros chat tigré sautait comme un cabri et Théodore m’a demandé, l’œil malicieux, si Georges aussi aimait la neige. Le chat, lui, n’avait quitté le lit que pour rejoindre son coussin devant le radiateur. En caressant son poil roux, presque brûlant, j’ai eu beaucoup de mal à imaginer ses précieux coussinets dans la poudreuse.

Ces journées-là passent trop vite. Après le déjeuner et la sieste nous nous sommes habillés pour sortir. Le ciel était un vaste nuage. La neige donne le sourire, elle nous émerveille, nous étonne. Il n’est pas rare de voir des adultes se lancer des boules de neiges ramassées sur le pare-brise d’une voiture, juste pour le plaisir d’avoir 5 ans à nouveau. Parce que c’est joyeux, parce que c’est simple. Une joie immédiate qui nous transporte dans le passé pas si lointain de notre enfance. 

Théodore ne le sait pas mais il neigeait le jour de sa naissance, pas beaucoup, mais suffisamment pour que j’y vois un doux présage. Mon petit garçon de l’hiver qui a déjà tant grandi et marche maintenant fièrement à mes côtés. Je lui tiens fermement la main mais nos gants compliquent la manœuvre et je ne peux pas empêcher sa chute. Il me demande si les ours polaires aussi ont froid aux pieds. Je lui dis que je vais me renseigner. Nous marchons jusqu’au parc et j’aperçois au loin des silhouettes virevoltantes. Nous sommes pourtant lundi, il est 16H à peine. Je comprends alors que nous ne sommes pas les seuls à avoir fait la réalité buissonnière. Il y a d’autres petits astronautes qui découvrent la neige, d’autres parents qui les regardent. En rentrant, nous sommes saisis par la chaleur de l’appartement. Nous empilons les pulls, les manteaux et les bonnets en tas dans l’entrée. Georges n’a pas bougé et Théodore s’approche de lui à pas de loup pour coller ses joues roses et gelées contre son ventre. Quand son père rentre du travail, Théodore lui demande s’il s’est bien amusé.

 Demain la neige aura fondu. Seules demeureront quelques traces éparses sur les toits ou dans les jardins. J’entendrai le réveil, nous retournerons au travail et tâcherons de nous amuser. Théodore ira à l’école et racontera à ses camarades qu’il a marché sur la lune. De mon côté, il me faudra résoudre un mystère. J’ignore toujours si les ours polaires ont parfois froid aux pieds.

2 réflexions sur “S’il avait neigé…

  1. Junko dit :

    Non, les ours n’ont pas froid aux pieds. Sous leurs pattes, ils ont une fourrure très abondantes et leurs pattes jouent un rôle de « raquettes », cela leur permet à la fois d’être isolées du froid et de ne pas s’enfoncer dans la neige. (Source, entre autres : http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/ours_blanc/178186
    Ici, en fin de semaine dernière, la neige s’est mise à tomber au moment où j’allais chercher mon fils à l’école. Je me réjouissais d’avance de sa réaction et en effet, en la voyant il était ravi. Mais cela n’a pas duré longtemps car elle ne tenait pas vraiment, en revanche un vent important poussait les flocons vers son visage donc il a marché la tête penchée et la main devant les yeux en râlant. J’espère qu’elle pourra, un jour prochain, tout recouvrir et rendre cotonneux les sons de la ville.

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