Ce qui s’envole et ce qui reste

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Je ne connais pas grand chose de plus fascinant que la mémoire. Elle semble fonctionner différemment chez chaque personne, au gré d’un grand capharnaüm organisé (oxymore volontaire). Moi, par exemple, je connais le nom de l’assistant réalisateur d’un film vu il y a 15 ans, juste parce que j’ai lu une fois dans le générique ; en revanche, il m’arrive quotidiennement d’entrer dans une pièce avec la ferme intention d’y faire quelque chose de précis, et de de soudain réaliser que j’ai complètement oublié ce que j’étais venu y faire. Lucile, c’est quasiment le contraire : dans la vie de tous les jours, elle n’oublie quasiment rien, son cerveau semblant être construit comme la plus détaillées des to-do-list ; mais quand il lui faut extirper de sa mémoire le nom de l’actrice, là, mais si, la brune, celle qui était dans le film avec le type qui a tourné avec Woody Allen, c’est parfois plus compliqué (mais on y arrive toujours).

Je m’interroge souvent sur la mémoire de nos enfants, eux dont la petite tête semble déjà bien remplie de comptines, de noms de personnages de dessins animés, de rêves et de cauchemars. Les spécialistes affirment que les premiers souvenirs qu’ils garderont toute leur vie dateront au minimum de l’année de leurs 2 ou 3 ans. Par conséquent, si on examine, cette année 2016, il est clair qu’Alba ne s’en souviendra absolument pas, qu’Adam pourra en avoir miraculeusement conservé quelques bribes, et que Mia devrait en conserver quelques souvenirs un peu plus tenaces. Mais globalement, il ne restera pas grand chose de tout ce qu’ils peuvent vivre au quotidien et qui leur semble pourtant si naturel et si fondamental.

Le prénom de la meilleure copine, le dimanche après-midi passé à ramasser des framboises chez les arrière-grands-parents, le voyage à Disneyland, la chanson du bébé éléphant, la fête d’anniversaire : tout ça va s’envoler peu à peu, seules quelques bribes restant ancrées au fond d’eux. Ils n’auront que nos photos et les récits de nos souvenirs à nous pour se raccrocher à leur enfance. C’est assez étrange de se dire qu’on se plie en quatre pour qu’ils vivent de beaux moments, mais qu’ils auront quasiment tout oublié une fois devenus ados ou adultes. Je sais bien que l’essentiel est ailleurs : dans le bonheur qu’on a à vivre l’instant présent avec eux, dans l’épanouissement qui leur permet de se construire sainement, dans les valeurs qu’on leur transmet et qu’ils ne devraient pas oublier de sitôt. On continuera à leur créer autant de souvenirs qu’on pourra, sans s’attendre à ce que plus tard, ils se montrent reconnaissants pour tout l’amour qu’on leur a donné quand ils étaient de tout petits enfants innocents. On les regardera se construire en sachant que c’est un peu grâce à nous s’ils sont un peu heureux, et ce sera déjà hautement satisfaisant.

3 réflexions sur “Ce qui s’envole et ce qui reste

  1. natty dit :

    – 1- Nos enfants sont pleinement heureux aujourd’hui. (AH BON OK, c’est pas eux qui le disent, mais check.)
    – 2 – C’est parce que nous nous « plions en quatre » pour leur « offrir » des « beaux moments ». (AH OK, cause objective du bonheur objectif = parents formidables.)
    – 3- On leur transmet des valeurs qu’ils ne « devraient pas oublier de sitôt » (Mais oui…bien sûr. Ils penseront comme vous car vous avez raison de penser comme vous pensez : ce ne sont pas des opinions que vous avez, vous, ce sont des « valeurs ». Donc ils ne peuvent être que d’accord.)
    – 4- « on » leur « crée » des souvenirs. (Bravo ça peut intéresser des neuro chercheurs)
    -5- plus tard ils seront heureux. (On a des dons de voyance mais on dit « un petit peu » pour faire modeste.)

    Eh bien mon cher, s’ils n’ont pas la parole aujourd’hui, je pense qu’ils vont bien s’éclater plus tard sur le mur de certitudes péremptoires que vous bétonnez consciencieusement. Et je leur souhaite d’être pugnaces, pour exister en tant qu’autre chose que « produit qui s’ignore des actes et des intentions de papa et maman ». Bon courage à vous, ça va saigner grave ! L’opposition de vos enfants à vos projections est votre chance d’accueillir un jour l’altérité. Vous ne pouvez pas l’imaginer aujourd’hui, mais pour un oeil extérieur c’est programmé, quand on vous lit. Oui j’ai quelques dons de voyance, aussi ;)

    • Thomas dit :

      Je ne sais pas quoi répondre à votre point n°1, tout simplement parce que je ne dis absolument pas ça dans l’article… C’est pas beau d’extrapoler pour se faire remarquer. Il n’empêche que oui, j’ai plutôt l’impression que mes enfants vont bien, et tout ça sans rien idéaliser (je connais certaines frustrations de l’un ou de l’autre, et j’imagine bien que par exemple, quand le cadet enchaîne les crises de colère pendant quelques jours, c’est sans doute parce qu’il veut nous faire comprendre quelque chose).
      Par ailleurs, oui, comme plein d’autres parents, on se fait chier pour qu’ils se fendent la poire (je ne sais pas quels mots employer vu que vous avez décidé de pinailler avec chacun d’entre eux).
      Et non, ils ne devraient pas oublier de sitôt les valeurs de générosité et d’exigence qu’on essaie de leur transmettre. Je n’ai pas dit qu’ils allaient les appliquer dans 100% des cas, ni que nous-mêmes sommes irréprochables là-dessus en tant que parents ou êtres humains… Encore une fois, c’est joli de décortiquer un article juste pour faire sa crâneuse, mais faudrait veiller à ne pas tomber dans le procès d’intention tous les trois mots.
      Ah, au fait, je sais bien que non, les enfants ne sont pas de la pâte à modeler qu’on façonne à sa guise, mais il y a tout de même plus de chances qu’ils s’épanouissent en grandissant s’ils sont élevés par des parents aimants désireux de leur apprendre des valeurs positives et soucieux de leur bien-être, non ?
      Quant à l’emploi du terme « péremptoire », je me permets de vous conseiller de consulter un spécialiste qui vous aidera à retirer sans douleur la poutre que vous avez dans l’œil.
      Je vous laisse continuer à semer vos jugements infondés sur la toile (visiblement ça vous défoule). Quant à moi, je file au rayon psycho de la librairie de mon quartier, votre leçon si délicatement ciselée m’a fait prendre conscience de ma nullité crasse en tant que parent et m’a donné envie de lire tout Françoise Dolto.

  2. MaggieBzh dit :

    La mémoire, ce mystère…
    Il paraît, en effet, qu’on ne se souvient vraiment de sa vie qu’à partir de 3-4 ans…
    Et pourtant…
    Mapetite, bientôt 4 ans, a des souvenirs très précis d’événements vécus lorsqu’elle avait 1an… S’en souviendra-t-elle encore dans quelques années, avec autant de précision, ou n’aura-t-elle que le vague souvenir de moments heureux et bienveillants…?
    Quoi qu’il en soit, même si nos enfants ne garderont sans doute pas le souvenir précis de ce gâteau d’anniversaire qu’on a galéré à pâtisser pour qu’il soit le plus beau, de ce bonhomme de neige qu’on avait réussi à fabriquer malgré la qualité douteuse de la neige, de cette balade sous une pluie battante qui nous a valu de beaux fous rires (et un gros rhume), etc, je reste persuadée qu’ils auront au fond d’eux cette petite flamme bienveillante et chaleureuse de tout l’amour qu’on leur donne…

    (Et sinon, elle a craqué son string, la p’tite dame, avec son analyse pédo-psycho-neuro à 2 balles????)

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