Cannes, jour 2 : Paradis espoir

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Je voudrais pouvoir vous dire que tout festivalier qui se respecte a des « trucs » pour pouvoir enchaîner soirée alcoolisée avec projection à 8 heures du matin. Mais la vérité c’est que ça n’existe pas (enfin pas légalement). J’attaque donc cette deuxième grosse journée par une douche qui n’a pas été assez revigorante, puis en me brûlant le crâne avec un fer à lisser pour finir par chouiner pour qu’on accepte ma carte bleue dans la boulangerie où je commande un expresso à emporter. 4 heures de sommeil haché et je suis quand même dans le grand théâtre lumière pour découvrir Ma loute à 8 heures. Et si la bande annonce du nouveau film du réalisateur-qui-a-autrefois-été-très-très-sérieux Bruno Dumont pouvait laisser dubitatif, Ma loute est bien une bonne grosse comédie. On y retrouve les obsessions du réalisateur (la foi, la famille, l’écart entre les classes sociales) mais traitée avec un filtre de comédie. Et si on rit franchement à des effets comiques assez audacieux et efficaces, le tout ne dépasse pas la simple farce. Mentions spéciales à Juliette Binoche et Luchini, aux jeux étonnants… mais inégaux sur toute la durée du métrage.

Quoi de mieux pour combattre la gueule de bois et la déshydratation qu’un tunnel de longs-métrages ? Réponse : à peu près tout. Pourtant, cette journée, j’ai décidé de la consacrer entièrement au cinéma. Cinq séances en tout sans presque voir le jour (de toute façon, il fait moche dehors).

Le disciple est un drame russe basé sur une pièce de théâtre contemporaine (une présentation qui, lorsqu’on l’entend en pleine gueule de bois, donne un peu envie de s’enfuir en courant). 2 heures de bataille psychologique et de guerre des nerfs entre une professeur de biologie et un élève récemment converti, obsédé par la bible. Les joutes verbales sont passionnantes, composée essentiellement de citations des écritures, mais le procédé finit par s’essouffler.

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Quand j’ai annoncé que j’étais dans le train pour Cannes, des gens qui n’ont rien à voir avec le cinéma, m’ont tout de suite parlé de La danseuse. Je n’ai pas compris pourquoi c’est ce film, sélectionné en compétition pour Un certain regard, qui était sorti du lot mais ça tombait bien puisqu’il était dans mon planning. J’ai découvert (à la place de ce qui aurait du être ma pause déjeuner) que les festivaliers nourrissaient de même un engouement pour ce film dont je n’avais jamais entendu parler. Le secret de ce buzz ? La présence de Lily Rose Depp, rejetonne de Vanessa Paradis et Johnny Depp et qui effectue ici l’équivalent du bal des débutantes au cinéma (que le film s’appelle La danseuse est un heureux hasard). Dans ce drame, basé sur l’histoire vraie de Loïe Fuller, Lily Rose Depp incarne la danseuse Isadora Duncan, pionnière de la danse contemporaine. Mais malgré le charme et la fraîcheur de la jeunesse ainsi que la sensualité et la liberté de sa danse, c’est bien Soko en artiste et amoureuse déçue qui tire son épingle du jeu. Toutes deux, de toute façon, sont desservies par une mise en scène et une photographie tristes et absolument pas à la hauteur de cet épisode oublié de l’histoire des arts de la scène.

Spécialiste des masques qui tombent et des coquilles qui se craquellent, la réalisatrice allemande Maren Ade a gratifié la compétition, cette année, de Toni Erdmann. Drame puissant autour du sens de la vie (rien que ça) et du rapport père-fille, ce film de 2h45 bénéficie d’une impressionnante montée en puissance et l’une de ses scènes les plus réussies (une scène chantée) a même été applaudie pendant quelques minutes dans la projection presse (qui n’est la projection où il y a le plus d’ambiance traditionnellement). C’est mon deuxième coup de cœur de cette compétition officielle.

Chaque année, dans la section hors compétition sont présentés trois films autour de minuit. Ces séances (que tout le monde appelle « les séances de minuit ») sont des séances à part puisqu’elles présentent principalement des films prompts à créer des réactions dans la salle et donc, je vous le donne en mille, des films de genre. Je ne rate jamais l’occasion de perdre quelques heures de sommeil en plus et de m’offrir cette montée des marches atypiques. Cette année, j’avais sélectionné Train to Busan, survival coréen apocalyptique sur fond de contamination zombie. Le film a donné à son public cosmopolite (s’y perdent toujours des vieilles cannoises qui poussent des hauts cris pendant la séance) des émotions fortes et suscité quantités d’applaudissements et de bravo au moment des scènes clés. Et l’équipe, dont la très jeune actrice Kim Soo-ahn, a été chaudement félicitée par une salle Lumière enthousiaste malgré l’heure tardive (ou matinale, c’est selon). Ses petites larmes d’émotion ont arraché de toute part des « trop mignonne !!! » et elle a gagné sans conteste la palme de l’actrice la plus adorable.

2 heures et des poussières, 5 films au compteur sur la journée, il est temps d’appeler un taxi pour rentrer à l’appartement (parce que très mal aux pieds). Il a plu quelques gouttes sur la Croisette, on a oublié le temps, l’espace et je suis incapable de dire quel jour nous sommes mais le festival est définitivement lancé sur un rythme de croisière, suffisamment « calme » pour tenir la longueur et assez rapide pour enivrer les sens.

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