Cannes, jour 3 : Mademoiselle sent-bon

La séance de 8 heures 30 dans la grande salle du palais (plus de 2200 places), c’est le moment le moins glorieux du festival. Très vite, l’hygiène des festivaliers se dégrade (en particulier au balcon, dans l’espace réservé à la presse) et les esprits s’échauffent au moment de devoir lâcher son petit déjeuner mal caché au fond du sac au poste de sécurité (cette année, un esclandre causé par une misérable pomme a fait sourire les festivaliers). C’est donc à côté d’une personne littéralement roulé en boule pour finir sa nuit (genre position de sécurité dans les avions) et n’ayant pas croisé un déodorant depuis plusieurs jours que j’ai découvert Mademoiselle de Park Chan Wook.

Ce drame coréen sur fond de manipulation à l’héritage couple faiblesses de dialogue et photographie classieuse. L’effet est donc déstabilisant et si le film reste plaisant à regarder (si l’on exclut le regard concupiscent que peut avoir le réalisateur sur ses deux actrices principales) il n’est pas à la hauteur d’une compétition officielle du festival de Cannes.

The transfiguration, en sélection Un certain regard, est une surprise. Il y a, en effet, rarement de « films de genre » dans cette sélection. The transfiguration est donc un film new-yorkais à petit budget (au regard des autres productions présentées) qui compense cette potentielle faiblesse par la maîtrise de sa mise en scène et du sujet. Le thème du vampirisme n’étant pas neuf dans le cinéma, le réalisateur le traite de la façon la plus réaliste possible, comme le symptôme post traumatique d’un choc familial. C’est ingénieux, ce n’est pas prétentieux pour deux sous et ça place Michael O’Shea dans la liste des jeunes réalisateurs à suivre.

Le film précédent du réalisateur japonais Koji Fukada, Au revoir l’été, brillait par son souffle moderne et ses envies de liberté. Et cette chronique japonaise d’une petite ville balnéaire maîtrisait à la perfection ses enjeux. Fuchi ni tatsu (Harmonium) est exactement l’inverse. Cette histoire de vengeance qui s’étend sur deux générations, convenue et attendue, n’est basée que sur le silence. Un silence aussi agaçant que soporifique.

Fatiguée par mes petites nuits, j’avais dit à mes camarades que cette soirée serait une soirée de repos. MAIS j’ai profité d’une pause entre deux films pour me changer « au cas où ». C’est donc avec l’intention de faire une grosse nuit de 7 heures dans mon lit MAIS en petite robe noire trop décolletée que je me suis rendue à la projection d’American honey, nouveau film de la réalisatrice Andrea Arnold (entérinant au passage le traditionnel coup de froid dû à la climatisation). Et j’ai été bluffée par ce road movie solaire à travers l’Amérique que propose la réalisatrice. Sans autre but que la fuite, au départ, puis la découverte de nouveaux espaces, Star, et le film, nous convient à un voyage intense ponctuée par une quantité de morceaux de musique, de la country au hip hop. Portrait des différents visages de l’Amérique mais aussi portrait d’une jeunesse prête à tout pour se sortir de la misère, American honey enivre et enthousiasme, emmène généreusement ses spectateurs et les invite à plus de tolérance et d’ouverture, à voir la beauté dans les détails à travers les yeux de Star.

Pour profiter d’une nuit décente, il aurait fallu que je m’éclipse à ce moment là mais je me suis vite retrouvée, victime consentante, dans la spirale dîner-Petit Majestic-soirée qui assure de rentrer à l’appartement autour de 2h30 du matin. C’est le moment où on se retrouve à claquer une bise et à trinquer à la bière avec le fils de Bruno Dumont (il me pardonnera peut-être de ne pas avoir retenu son prénom), Julie Sokolowski (star d’Hadewijch) et Lucien, réalisateur belge en devenir (qui a adoré mon plaidoyer alcoolisé contre les blagues belges). Cannes, c’est aussi des rencontres improbables et des rapprochements enrichissants. On échange les cartes dans les files d’attente, de connaissance en connaissance, on copine avec tout le monde (et parfois n’importe qui), on débat jusqu’au bout de la nuit de cinéma, de la présence (ou de la non-présence) de scolaires dans les séances de festival autour de Namur, de cette actrice de 17 ans si lumineuse qu’elle échauffé les esprits de beaucoup mais qui est surtout si jeune, de la pluie et du beau temps (mais à Cannes bien sûr). Puisque tout ça, c’est un peu la même chose : l’amour du cinéma qui nous anime, celui qui fait rire et pleurer, celui qui fait réfléchir ou qui met en colère, celui qui fait avancer la société, celui qui se partage, de 8h dans les salles à 2h du matin, un verre à la main.

2 réflexions sur “Cannes, jour 3 : Mademoiselle sent-bon

  1. FredMJG dit :

    Quand diable trouves-tu le temps d’écrire ? Tu prends des notes en loucedé ou bien ?
    PS. Par contre s’endormir avec Tadanobu Asano faut le faire, quoique. L’idée me semble bonne

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