La bataille de l’auto-radio

J’imagine que dans dix ou quinze ans, le seul poste de télévision familial fera parfois l’objet d’une multitude de batailles rangées afin de déterminer qui peut regarder quel programme à quelle heure. Ou alors je me fiche complètement le doigt dans l’oeil en oubliant que l’ordinateur a déjà supplanté la télé au titre d’écran le plus utilisé et le plus convoité du foyer. La problématique portera peut-être davantage sur qui peut utiliser Netflix pendant telle soirée et qui a absolument besoin de regarder le match en streaming pendant telle autre. Ou alors je me fiche complètement le doigt dans l’oeil (ça commence à faire mal) et je n’imagine absolument pas de quoi seront faits nos foyers en matière de technologie et de médias aux alentours de l’année 2030.

Mais bref : tout ceci n’était qu’un préambule destiné à indiquer que pour l’instant, l’objet le plus convoité est souvent l’auto-radio de l’automobile familiale. Dès que nous nous trouvons à quatre (voire cinq) dans la voiture, s’engage une bataille stratégique afin de pouvoir décider qui aura le contrôle de la musique. Heureusement, il n’y a pas autant de clans que de personnes présentes dans l’habitacle. Lucile et moi avons globalement les mêmes goûts, et Adam et Mia partagent eux aussi leur amour pour certains artistes ou univers, donc il s’agit surtout d’un combat titanesque entre l’avant de la voiture et l’arrière. Comme nous nous situons tout près du précieux appareil, nous possédons une longueur d’avance… mais tout n’est pas si simple.

Car tout se joue à l’usure : que nous nous délections d’une chanson un peu miteuse de Joe Dassin (Il était une fois nous deux, sommet de glauquerie) sur Nostalgie ou de l’un des nombreux CD bien rangés dans la boîte à gants (de Rock Plaza Central à Benjamin Biolay), nous finissons toujours par entendre la terrible phrase suivante : « Papa, Maman, on peut écouter les princesses ? ». « Les princesses » désigne en fait l’un des albums We love Disney, reprises de chansons phares des plus célèbres dessins animés américains par des artistes français plus ou moins talentueux. Ne me demandez pas pourquoi on a acheté ça (et pourquoi on s’est même procuré le volume 2). Peut-être pour entendre Alex Beaupain chanter « Prince Ali, oui c’est bien lui ». Variantes : l’album de comptines de Luce-de-la-Star-Academy (pas trop mal si on a moins de 7 ans et demi), l’histoire des Aristochats racontée par Louis de Funès (pour laquelle j’ai une certaine tendresse), ou celles de la fée Clochette narrée par je ne sais quelle comédienne de troisième zone (là c’est horrible).

En général, nous tenons bon jusqu’à ce que la question ait été posée pour la millième fois (souvent de plus en plus fort) ou qu’un gros coup de chagrin ou de fatigue nous pousse à avoir pitié. Alors nous acceptons de subir pendant une heure (voire plus) des réorchestrations un peu nazes ou des lectures audio pas forcément très fraîches. Résultat : je connais évidemment tout par coeur. Et quand je prends la voiture seul, il m’arrive parfois de rouler pendant plusieurs minutes avant de réaliser que je suis en train d’écouter Arié Elmaleh en train de chanter Superqualifragilistic.

Et puis parfois, c’est l’instant de grâce. Parce qu’à force de subir « nos » chansons, ils finissent par en aimer certaines. Ils réclament « Palapalapalapapawawa » (qui n’est pas une chanson de Vianney, mais Tous les acteurs s’appellent Terence de Vincent Delerm), « la chanson du chien qui mange la confiture et qui lui lèche la figure » (Chocolat, de Thomas Fersen) ou encore « Caquiconi » (vous aurez reconnu La Californie, de Julien Clerc). Parfois, ils nous étonnent, comme quand Adam demande (presque) distinctement la signification de Let’s get fucked (merci Aldous Snow / Russell Brand) ou quand il entonne (presque) sans faute une strophe de la pourtant compliquée (mais si belle) C’était menti d’Alain Souchon. Dans ces moments-là, je me rappelle que c’est en écoutant la musique familiale que j’ai pris goût à toute cette variété française dont je suis toujours fan aujourd’hui, musique à laquelle j’associerai pour toujours les départs en vacances, avec leurs pauses oeuf dur sur les aires d’autoroute et les collations à base de galettes Saint-Michel. J’espère qu’eux aussi se souviendront de ça toute leur vie.

Thomas

3 réflexions sur “La bataille de l’auto-radio

  1. julia dit :

    je lis ça et je vois ma vie, mon fils de trois ans qui adore « Vincent le chanteur », les Innocents ou Biolay, et là je me dis que j’ai réussi son éducation, comme mes parents avant moi avec Souchon, Renaud ou Nougaro :-)
    Avec son père il connaîtra AC/DC ou Dionysos donc je trouve ça pas mal que l’ont ai lui et moi des univers si différents.
    et sinon « les amants parallèles » et « Mandarine » <3 <3 <3 …on peut faire 500 bornes ensemble avec ta douce sans problème :D

    • julia dit :

      ah et pour la partie perso de mon fils c’est Aldebert et ses enfantillages …il a du les voir 5 fois en concert depuis ses an, il est tellement heureux quand il y va, donc en voiture ça tourne en boucle.
      En revanche Luce je ne connais pas son album de comptines je vais me pencher là dessus

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