Jamais assez

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 Je me suis occupée quotidiennement de Mia pendant 2 ans et 9 mois, d’Adam pendant 2 ans et 8 mois et d’Alba pendant 10 mois. Depuis 5 ans et demi, je peux compter les fois où je n’ai pas eu au moins un enfant sous ma responsabilité pendant la journée. J’ai appris à travailler pendant les siestes ou les temps calmes. J’ai appris à faire passer mes besoins bien après les besoins de mes enfants et mon travail.

Seulement depuis quelques semaines, j’ai repris mon indépendance. Je me réapproprie mes journées. Je n’ai plus d’enfant à la maison, je travaille quand je veux, si je veux (joie du statut de freelance). Et je me paye même le luxe de quelques déplacements à Paris.

Ça, Mia ne le prend pas bien. Qu’on ne vienne pas à la réunion de rentrée de l’école (c’est tous les ans pareil et beaucoup trop long de toute manière), que je n’accompagne pas la sortie pique-nique à la ferme avec les mamans au foyer, que je disparaisse pour quelques jours pour aller voir des films dans une autre ville. Mia, elle voudrait que je ne parte plus jamais. Trop habituée à mon omniprésence, trop focalisée sur l’image de la maman qu’elle voit dans les livres ou les dessins animés.

La maman, elle emmène les enfants à l’école tous les matins toute pimpante. Elle revient les chercher avec un goûter fait maison. Elle vient lire des histoires à la classe en pleine semaine au milieu de la journée. Elle est présente à toutes les réunions. Elle connait le nom de toutes les maîtresses, des atsem et des dames de la cantine. Elle est déjà inscrite pour préparer le petit déjeuner de la classe une fois par mois jusqu’à la fin de l’année. Dans la tête de Mia, la maman n’est jamais fatiguée ou malade. Elle n’a jamais besoin de souffler, d’aller voir ailleurs, de vivre.

Je ne suis pas cette maman là. Et je ne l’ai jamais été. J’ai été présente, beaucoup. Et je le suis moins, maintenant. J’espère que Mia s’habituera. Qu’elle n’en nourrira pas une rancoeur qui la suivra avec les années, celle d’avoir une maman jamais assez là. J’ai décidé, de mon coté, d’arrêter de me sentir coupable.

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