Insomnie

Il est 5 heures du matin et après avoir tourné dans le lit pendant 1h, j’ai décidé d’aller chercher l’ordinateur. Pour écrire, travailler, avancer un projet, quelque chose. La faute aux médicaments contre la migraine et à l’overdose de caféine nécessaires à la guérison provisoire. Hier, pour ne plus avoir mal, ça semblait une bonne idée. Dans le coeur de la nuit, c’est un peu moins sûr. On oublie vite la douleur.

Il est 5h du matin, j’écris dans le noir, dans le lit à côté de Thomas dont la respiration apaisée me laisse penser qu’il a, lui, trouvé le sommeil et j’hésite à le réveiller pour lui dire qu’après 10 ans d’utilisation de Macbook, j’ai enfin compris à quoi servait vraiment le rétroéclairage des touches : il sert à écrire, la nuit, quand on fait une insomnie.

Parce que mon Macbook a rendu l’âme il y a 1 mois, je bricole avec le pc de Thomas. je peste dessus sans arrêt, parfois sans justification et cette nuit je peux dire enfin sans mauvaise foi « tu vois, il est nul, les touches ne sont même pas rétroéclairées ».

Pourtant ça ne m’a pas empêché d’avancer de 3 pages mon projet. Et c’est sûr, malgré tout demain, je vais probablement reprocher à Thomas les faiblesses de son ordinateur, ingrate que je suis envers le compagnon de mes nuits solitaires, et celui qui me le prête.

J’espérais un peu que les mots qui sortent me soulageraient et me permettraient de trouver le sommeil. Mais je sens bien que non. C’et précieux, le sommeil, vous savez. On ne le réalise que quand on a 3 enfants, qu’on court après la montre tout le temps et que le corps et la tête s’arrêtent d’eux-même à peine installé dans le canapé à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. On appelle ça pompeusement des micro-siestes quand c’est juste la machine qui refuse d’en faire plus et se met en veille. On comprend que c’est précieux quand on en manque, c’est comme tout. Au moins mon absence de sommeil est productive.

J’ai écrit une scène de petit déjeuner et maintenant j’ai envie d’un jus d’orange. Hier, Thomas a acheté un filet d’oranges et ça me rappelle une image de lui, il y a 7 ans, qui pressait les oranges à la main, dans la cuisine pas fonctionnelle qu’il partageait avec celle qui dormait (elle) dans son lit avant moi. Dans mon souvenir, il est nu sous un tablier et il danse un peu. Il danse toujours un peu dans les souvenirs de cette époque. Il danse et il y a du soleil. Il y a des petits morceaux de pulpe partout sur le plan de travail et la méthode, artisanale, ne permet pas de remplir plus d’un demi-verre, en comptant les gros morceaux de fruits qui flottent à la surface. Il contient aussi tout l’amour qu’il a pour moi à ce moment là. C’est les premières semaines ensemble, ça sent l’agrume assassiné, il y a du soleil et de la musique. C’est le souvenir que j’ai de lui.

7 ans après, il achète toujours un filet d’oranges avec un clin d’oeil. Nous avons investi depuis dans un presse-agrumes électrique. Le jus est meilleur mais il y aura quand même de la pulpe partout sur le plan de travail. Je m’en fiche, de toute façon, ce n’est jamais moi qui nettoie après.

Je devrais peut-être prendre un livre. Mais il faudrait allumer la lumière et j’aime trop être dans le noir. Pas toujours, mais cette fois, si. La nuit, quand les enfants dorment, c’est le temps de la vraie liberté. Du temps qu’on ne vole à personne. Enfin peut-être au sommeil. Mais le sommeil, franchement, c’est très surfait.

Lucile

2 réflexions sur “Insomnie

  1. Corinne (Couleur Café) dit :

    Les insomnies, çà me connait ces derniers temps ! Les idées qui se bousculent dans la tête, les mauvaises émotions du passé qui reviennent vous assaillir … ! Du lait chaud très sucré, c’est mon remède anti-insomnie.

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