Le cuir et le bois

Il m’est arrivé de remercier ici des gens qui avaient compté. Des gens qui parfois sans le savoir, juste par leur existence simple, ont changé ma trajectoire, m’ont permis de devenir plus forte. Mais la vérité c’est que depuis quelques années, je laisse de moins en moins de place aux gens dans ma vie. 

J’ai toujours asséné ici comme c’était important pour moi d’être perméable aux personnes. Mais j’ai bien senti ces deux dernières années que la carapace s’était durcie. J’ai eu mal et j’ai commencé à avoir peur de l’abandon et de la séparation. Du jugement aussi parfois. Je me suis focalisée sur ma petite famille nombreuse et sur Thomas. En amitié, je me déçois de ne pas être capable de m’engager plus, alors que je le voudrais. D’avoir envie d’envoyer un mail et de ne jamais le faire, de ne prendre des nouvelles que de loin.

Cet été, peut-être parce que j’y étais prête, ma vie a été bouleversée. De nouvelles personnes ont trouvé et pris de la place. Un duo involontaire. Lui et Elle. Je parle peu d’eux alors que ces 6 derniers mois, ils ont toujours été là. Aujourd’hui, j’ai envie de parler de Lui.

Lui, c’est le cuir et le bois. Quelqu’un qui m’ancre dans l’organique alors que nos échanges sont principalement impalpables. C’est des milliers de mots et une confiance absolue. S’il me fait me sentir en sécurité c’est pour mieux que je me mette en danger. En danger à ma manière, en repoussant les limites, en me lançant dans des projets que je croyais hors de portée. Cette relation atypique s’équilibre dans les mots.

On se croise une poignée de fois sur quelques années, à chaque fois la même impression « il a l’air sympa ». Alors comme avec les gens sympa, on se dit « prenons un verre à l’occasion ». Et neuf fois sur dix, ça n’a jamais lieu. Ou alors la rencontre est agréable mais rien ne se passe de plus, on parle sans construire, sans se dévoiler, en essayant de préserver l’image idéalisée que l’autre a de soi, en sachant qu’on se recroisera un soir chez des connaissances communes, où on se dira « pfiouuu je connais au moins quelqu’un », on partagera un verre et quelques mots pour se sentir moins seul et puis c’est tout. C’est comme ça qu’on a des centaines « d’amis » sur Facebook, des milliers de followers sur Twitter, on connait tout le monde et on ne connait vraiment personne. C’est aussi triste que confortable.

J’ai donc retrouvé ce type pour un déjeuner l’été dernier, c’était ma chance sur dix, et je ne pensais pas y gagner un tel ami, quelqu’un qui reste, quelqu’un qui compte. Quelqu’un dont je peux dire sans hésiter que je le connais comme il me connait. Quelqu’un qui, en plus de m’enrichir chaque jour, m’a déjà fait grandir. Parce qu’il est là, à travers ses yeux, je mesure ma chance. Celle d’avoir cette vie, Thomas et les enfants, des espoirs pour l’avenir. Et j’ai l’impression, plus que jamais, d’être vivante. Le cuir et le bois, toujours avec moi.

Lucile

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