Migraine

C’est un souvenir d’enfance : mon père referme la porte de la chambre parentale, l’interstice laisse deviner une pièce sombre et le corps lourd de ma mère dans le lit. Je me souviens de ses migraines, comme elles m’impressionnaient, comme elles avaient l’air douloureuses et comme elles ponctuaient notre quotidien d’enfants par périodes et par vagues. 

Quand je suis devenue une femme, au moment des premières règles, ma mère m’a aussi transmis ses migraines. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes, mais je partage avec elle la douleur indicible et ces moments où le corps dictateur dit stop. Je me souviens, à l’époque, avec mes yeux d’enfants, avoir été confuse de voir ma mère si diminuée quand on veut que les adultes soient incassables. Adulte maintenant, je connais le sentiment d’être parfois arrêtée en pleine course et la peur que mes migraines fassent aussi partie de la vie de ma famille. Elles le sont en réalité.

Avant hier, en plein début de crise, j’ai envoyé ces lignes à quelqu’un qui m’est cher :

« J’ai toujours été en couple avec des non-migraineux. Quelque part c’est pratique, ça laisse plus de place à mes crises à moi. Mais ça me fait aussi me sentir très seule. Personne ne sait ce que ça fait, personne ne comprend la douleur, mes réactions, mes besoins. C’est presque une question de foi. Je dis quelque chose et on me croit. Je mens pourtant sur les débuts de crises puisqu’il n’y a que moi qui connais les déclencheurs et reconnais les symptômes. Je mens sur les sensations. Je minimise. Je lutte pour ne pas avoir l’air faible, pour ne pas leur faire payer le prix, au quotidien, de cette faiblesse.

J’ai déjà eu des mots durs. Des mots réalistes. ça reste des idées, des concepts un peu flous. Même si j’image. Je reste seule. Et j’ai mal. Je m’enferme un temps, je subis les effets secondaires des médicaments. J’explique encore et encore les mécanismes  et pourquoi il ne sert à rien de prendre des vasoconstricteurs avant les symptômes de l’aura. On me dit ‘ah oui » mais ce n’est pas palpable. Je ne peux en vouloir à personne. Moi, depuis 15 ans, je souffre toujours exactement au même endroit. J’ai essayé les dérivés d’opium et de codéine. Ce que je prends actuellement ne suffit pas vraiment.

J’en parle à mon médecin à chaque rendez-vous, même quand je viens pour une otite. Plus jeune, cette douleur lancinante qui ne semble jamais vouloir finir, elle me rendait folle au point de passer trop de temps sur le bord de la fenêtre. Maintenant je contrôle, surtout pour ceux qui m’entourent, ceux qui ne comprennent pas. Et alors que je récupère doucement la vision du côté gauche, je sais que la douleur ne va faire qu’empirer. J’ai avalé un cachet malgré la nausée. Pas de raison que ça dure. Mais je me sens seule. »

Après 24h et différentes étapes, cette crise est passée. Elles passent toujours. Un jour un médecin m’a dit que je n’aurais pas ces crises si j’habitais à la campagne, loin du stress et des écrans. C’est à n’en pas douter la chose la plus stupide que j’ai pu entendre sur le sujet. Si je suis préparée, avec mes cachets toujours à portée même en déplacement, mes « trucs » pour supporter la douleur, je n’ai pas l’intention de vivre dans la peur et de changer mon mode de vie pour m’épargner ces épisodes. La migraine est une garce imprévisible, et même si dans des moments de faiblesse j’ai pu le croire parfois, elle n’est certainement pas plus forte que moi.

3 réflexions sur “Migraine

  1. Debby684 dit :

    Bonjour,
    Je suis migraineuse depuis plus de 10 ans maintenant et comme je te comprends ! Devoir expliquer à mon mec pourquoi je suis de mauvaise humeur depuis 2j et voir qu’il ne se rend pas compte a quel point je souffre, s occuper des enfants alors que juste la lumière du salon me fait souffrir mais ne pas avoir le choix.
    J’ai tenté l acupuncture qui a eu quelques effets positif mais rien de miraculeux, je prends le moins de comprimés possible car j’ai la hantise de m’y habituer et que ca ne fasse plus effet.
    C’est bien de pouvoir lire des sentiments qui me sont si familier, courage les migraineux on va y arriver !!!

    Déborah

  2. Céline du blogdeceline dit :

    Bonjour,
    Dans ma famille nous sommes migraineuses de mères en filles… Ancienne parisienne convaincue, je me suis installée au vert, dans un petit village de Champagne, il y 6 ans déjà. Mes migraines liées au cycle n’ont pas disparu bien entendu… Par contre, entamant mon 13eme mois d’allaitement, je prends des vitamines pour mum allaitante. Elles sont complétées par une gélule d’Omega 3. Et depuis 3 mois (j’en suis à ma 3eme cure car l’allaitement long est assez fatigant) elles ont, ô miracle, disparu ! En cherchant sur le net, j’ai trouvé des cas similaires : migraines disparues ou atténuées avec l’huile de poisson. Perso j’étais comme toi, j’avais tout essayé avant dont le fameux baume du tigre. A tout hasard.

    Céline

    http://leblogdeceline.com

  3. Camille dit :

    Ces migraines sont une calamité, je ne les connais que trop. Il y a une chose sur laquelle je ne suis pas d’accord : c que prendre des vasoconstricteurs ou tout antalgique en amont ne sert à rien, plus tôt on traite les migraines dès les premiers symptômes, qu’on reconnaît immédiatement, moins la crise est forte, je ne dis pas qu’elle disparaît. Oh non! Les vasoconstricteurs de toutes sortes aident en appoint non négligeable (le froid/bandes glacées au congélateur ou glaçons à poser sur les tempes, la caféine, l’idéal étant le coca glacé avec caféïne et glaçons + un effet anti-nauséeux ). Et tu connais aussi l’apaisement de l’obscurité… Ceci dit, après des années d’observation, j’ai noté que le stress est un facteur déclenchant et un comprimé d’anxiolytique en plus du traitement peut aider.

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