Robert

Chaque matin, c’est un rituel, la première chose que je fais avant de commencer à travailler c’est publier sur ce blog. Chaque matin, j’ouvre l’interface et la plupart du temps, un commentaire de Robert m’attend. Robert, il me lit tous les jours. Et tous les jours, il commente. Une phrase ou deux, comme un clin d’oeil, pour me dire qu’il est passé par là. 

Mais pourtant si vous cherchez, vous ne verrez pas les messages de Robert. J’ai décidé il y a des mois de ne pas les passer. Il y a presque un an, en fait. Robert n’est pas insultant, il s’exprime dans un français correct. Je le soupçonne même d’aimer notre petite relation clandestine, où il me laisse ses messages juste pour moi. Ses mots, un peu comme ceux d’un amant, ce sont presque ceux que je lis en premier le matin.

Pendant la petite pause du blog de la fin d’année, je me demande ce qu’il a fait, Robert. Est-ce que je lui ai manqué ? Est-ce qu’il s’est réjoui de mon absence ? A-t-il espéré que je ne revienne jamais ? Il n’a rien dit. Il est juste revenu, en même temps que moi, comme une mauvaise habitude. Il est là pour me rappeler que j’écris mal et que je suis égocentrique. Dit comme ça, je ne le prends jamais mal mais, ce matin, je me demande quoi penser de lui et de moi. Je me demande si, au fond, ça ne me ferait pas quelque chose que, chaque jour ou presque, quelqu’un se fatigue à me rappeler que je ne suis qu’une personne médiocre qui ne mérite pas de s’exprimer (ni dans son propre espace d’expression ni dans aucun autre).

Je m’interroge sur ces relations amour-haine qu’on ne développe que sur internet et que je nourris, malgré moi. Je n’ai jamais écrit pour recevoir une validation. J’écris juste pour moi. Pour garder une trace. Par habitude aussi. Pour faire le point. Je suis heureuse des commentaires positifs, des messages sur les réseaux sociaux mais ils ne sont pas le but de tout ça. D’ailleurs ils sont rares, et c’est tant mieux (je ne sais jamais quoi y répondre). Mais Robert, lui, il est là, toujours. Il est là à 15h pour le goûter, à 3h du matin pendant l’insomnie. Je n’ai pas encore compris si il attendait que je me taise ou s’il nourrissait l’espoir fou que je m’améliore, comme une sorte de papa un peu dur à qui on doit avoir le désir de plaire. Moi, je n’ai pas envie de te plaire, Robert. Je m’en fiche de ton ironie, de ton mépris, de ton avis sur mon ego ou celui de Thomas. Le peu que je sais de toi ne m’intéresse pas. C’est ton acharnement qui me touche, ta malsaine régularité de coucou suisse. Et ça me touche parce que je suis une personne, une vraie. Pas juste un avatar sur le web, comme toi.

On dit « don’t feed the troll » mais ce matin, j’avais envie de t’offrir un banquet, Robert. D’ailleurs si tu commentes, ça apparaîtra, cette fois.

14 réflexions sur “Robert

  1. Cécile dit :

    J’en ai un comme ça. Ou plutôt une. Je ne lui ai jamais répondu. J’ai bloqué toutes ses adresses email et ses adresses IP. Je crois qu’elle s’est lassée. Je ne comprends pas cet acharnement et cette volonté d’essayer de faire du mal. Et surtout cette perte de temps !

  2. Roberte dit :

    Je crois que nous sommes un certain nombre de Robert silencieux, comme lui victimes de ce syndrome d’attirance-répulsion caractéristique des réseaux sociaux.
    Souvent je me demande « pourquoi tu lis si elle te gonfle à ce point ? » Peut-être que comme Robert j’attends de voir quand le masque se fissurera, quand tu cesseras de nous raconter des histoires, de te raconter une histoire. Mais ce jour n’arrive pas : les posts se succèdent, les tiens et ceux de Thomas, et nous assistons à l’érection méticuleuse d’un autel en ton honneur.
    Jusqu’où ira cette dévotion ? Je suis impatiente de lire la suite au prochain épisode de ton ego-trip. Ou peut-être que je vais retourner à mon silence et ne plus consulter ce blog à la recherche d’un petit peu de crunchy à me mettre sous la dent au petit dej, parce qu’au final, on peut ne pas t’apprécier (ou plutôt trouver désagréable l’image que tu te construis sur internet), mais on se sent à coup sûr désolé par ce qui se raconte là, l’histoire d’une longue souffrance qui vous emporte, toi ton mari et tes enfants. Et de ça je doute qu’on puisse se réjouir, même à distance.

  3. Roberto dit :

    Je vous rassure Lucille vous avez de nombreux Robert fascinés par la force de votre ego, votre impudeur et votre recherche effrénée et mal déguisée de l’approbation des foules.
    Tous ne commentent pas, lassés par votre censure, voilà tout. Se répandre sur internet, oui, mais surtout ne pas laisser aux lecteurs ou spectateurs de votre vie imposée, étalée, la possibilité de vous renvoyer ce que vous ne voulez pas lire.
    « C’est mon internet et d’abord si t’es pas d’accord t’es un troll ».
    Commandez donc un plateau de fromage avec votre amie Galliane et réfléchissez-y.

    • R4ND0M dit :

      « spectateurs de votre vie imposée ? »
      Personne ne t’imposer rien mon grand, t’es pas obligé de lire l’article, t’es pas obligé de suivre le blog et t’es surtout absolument pas obligé de commenter ;)

  4. Rigoberta dit :

    C’est assez fascinant de vous voir façonner tout ce qui vous renvoie un reflet négatif en la figure grotesque une seule et même personne (un homme tiens donc) à qui vous inspireriez une totale obsession… Un bon gros ennemi imaginaire c’est tellement vous, qui aimez tant les miroirs et vous fantasmer objet de sombres désirs. Ne dites pas que vous vous l’êtes fait tatouer…

  5. M dit :

    Je ne suis pas un Robert. Mais je suis là aussi. Il y a plusieurs mois, je me suis mise à te lire avec régularité. Car je suis une femme de 27 ans qui, à côté de sa propre vie bien remplie, regarde largement vers les femmes inspirantes, souvent un tout petit peu plus âgées qu’elles, notamment pour savoir comment « elles » concilient toutes les choses qu’il est important de vivre. C’est une gageure partagée par toutes celles qui font des choses, ont des rêves, des passions, des talents, des amours, des responsabilités… Pourtant, et même si je trouve que tu écris de jolies choses, il n’y a aucun article que je trouve véritablement fort, drôle ou inspirant. Alors pourquoi est ce que je te lis ? Car j’ai plaisir de te suivre dans ta quête du bonheur mais aussi parce que j’aime retrouver ici sous la plume d’une trentenaire ce « quelque chose » de si autocentré et si lancinant que je trouvais déjà dans les blogs d’adolescentes que je suivais à 16 ans. Je ne te ferais pas l’affront te dire que je ne trouve pas plus réfléchie qu’une ado (si tant est que les ado ne soient pas réfléchis…) car c’est faux (et ton style est bien plus agréable et ton orthographe irréprochable). Mais comme plusieurs personnes qui se sont déjà exprimé plus haut, je suis frappée par ce nombrilisme, cette propension à disserter inlassablement sur soi-même et ses prolongements directs (je pense notamment aux enfants) et à se répéter comme un mantra, qu’on a fait les bons choix, qu’on évolue dans la bonne direction, à faire un perpétuel bilan de ses victoires sur la vie devant un auditoire. Ce n’est sans doute pas ici que tu racontes toute ta vie -tu laisses quelques petites zones d’abstraction, que l’on peut retrouver sur le journal en ligne S où j’ai relevé pour la première fois ta trace- mais c’est ici que tu revendiques en permanence le droit d’être celle que tu es. Peut-être que moi aussi, j’attends juste de voir où cela va… Je te souhaite une bonne route, les yeux grands ouverts sur toi même et sur le reste.

  6. Robert deviers dit :

    Lucile tu m as ouvert les yeux en fait. Je maintiens que tes papiers sont parfois condescendants ou odieux. Mais si tu as besoin ou envie d un blog et que des gens aiment, grand bien vous fasse. Je me suis mal comporté et je regrette vraiment de t avoir emmerde. J ai été un connard, voilà. Je vais donc essayer de moins venir et si je ne peux pas m en empêcher j éviterai de commenter ou j essaierai d être constructif Bonne continuation à toi et ta smala.

    • Robert deviers dit :

      Je ne suis pas schizo. Je me suis rendu compte que, même si je trouvais certains articles pas terribles, je n’avais pas à me comporter comme ca. Cdlt.

  7. Hélène dit :

    Il y a vraiment quelque chose que je ne comprends pas. Quelle addiction pousse des personnes à se rendre régulièrement sur un blog, consulter et lire les nouveaux articles, s’ils n’y éprouvent que répulsion et mépris? Pourquoi ces mêmes personnes, si critiques et incisives, ne se lancent-elles pas dans l’ouverture de leur propre blog au lieu de parasiter celui d’autrui? Quelle tristesse qu’elles n’aient pas plus de courage pour reconnaître qu’elles ont besoin de cette interface pour nourrir leur propre ego qu’elles sont ici si prompte à critiquer… Qu’elles passent enfin leur chemin, personne ne les retient ici.
    Merci Lucille pour ces articles que vous publiez régulièrement. J’ai passé de si bons moments avec vous, ainsi que votre famille et vos amis. Une petite parenthèse enchantée, pendant mon long voyage autour du monde, que je continue à m’accorder de retour en France.
    Très bonne continuation.

    • Je suis Robert dit :

      Il me semble que l’article en question était une adresse directe aux Roberts, non ? C’est plutôt logique de commenter en retour, ce n’est pas une question d’ego. En quoi est-ce courageux de détenir un blog, surtout si on accepte pas la critique en retour ? L’idée est-elle de ne recevoir que des fleurs et des petits mots doux ?

  8. Roberta dit :

    Tous comme mes comparses Roberto et Roberte, je suis épatée par ma capacité malsaine à vous lire tous les jours et effarée par votre propension à vous raconter votre vie tellement « normale ». Et ce normal n’a aucun jugement de valeur de ma part mais vous vous débattez tellement pour ne pas donner cette impression. Que ce doit être épuisant pour vous!

  9. Sarah dit :

    Que d’agressivité… J’ai du mal à comprendre également que l’on puisse continuer de lire ce qui nous déplait. Tout essai d’écriture est louable, peu importe l’auditoire, ce qui compte, ce sont les mots, leur poésie.
    La critique est toujours aisée, et le débat inexistant sur Internet. A quoi bon accuser et poser des questions dans une lettre, si ce n’est finalement, pour se convaincre soi-même?
    J’espère que tous les Roberts ont au moins ressenti un genre de catharsis. C’est tout le mal que l’on peut leur souhaiter.
    Bonne continuation à toi, avec tout mon respect pour ton courage d’écriture. Tu fais partie des quelques personnes qui m’ont donné l’envie de reprendre cet exercice, et je t’en remercie.

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