Dégoûtante ?

Il va y avoir certainement des dizaines d’articles de blogueuses en réaction à l’article de Madmoizelle d’hier et qui qualifie d’horrible le ventre de Natalie Portman en fin de grossesse (parce qu’on peut y apercevoir les mouvements de son bébé à venir). Moi, je veux réagir à ce que j’ai lu après, sur les réseaux. Parce que si j’ai cru un temps que les réactions de la rédaction d’un média prétendument féministe était la cause d’une moyenne d’âge pré-adolescente, je n’ai pas compris les réactions ensuite de gens que je suis tous les jours sur la toile. C’est comme si la boîte de Pandore avait été ouverte, on peut désormais le dire sans crainte : le corps des femmes enceinte nous dégoûte. 

J’imagine que chacun et chacune a ses raisons. La jeunesse n’excuse rien. Mais la peur de l’inconnu, une image du corps biaisée ou encore une méconnaissance totale du sujet peuvent expliquer ces réactions violentes. Oui, elles sont violentes ces réactions. Parce que j’ai été enceinte trois fois et même si c’est derrière moi, je traîne encore un corps qui porte ces stigmates et je le prends un peu personnellement (surtout que je suis loin de ressembler à Natalie Portman, donc si elle se fait attaquer…).

Pendant ma première grossesse à Paris, le régime n’était pas à mots couverts. C’était un ordre. Avec un exemple pour me motiver « dans les pays nordiques, les femmes enceintes arrivent à ne prendre que 4 ou 5 kilos ». J’avais 25 ans, j’étais la seule femme enceinte dans mon entourage professionnel et dans mon cercle d’amis. J’étais une bête curieuse et pendant longtemps, il n’a pas fallu que je ressemble à une femme enceinte, ni que je parle de ce que ça impliquait. « N’en dégoûte pas les autres ! » on me disait. Alors je me taisais et je surveillais mon alimentation comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Bien sûr, je n’ai pas pris que 5kg. 10 maximum. Et j’ai culpabilisé comme jamais.

Post partum, cette injonction a été pire. Parce que le corps est en miette, parce qu’on perd des fluides de partout, parce qu’on est molle, il a fallu que je me batte contre ce que je vivais pour afficher un corps et une attitude de personne comme les autres. J’ai déjà raconté ici la soirée à J+3 où personne n’aurait pu deviner que j’avais accouché quelques jours avant et où, au final, c’était tout ce qu’on me demandait. C’est la pression qui pesait sur mes épaules. Tout va bien, tout est normal, soit jolie, soit active, ne prend pas trop de poids et si c’est le cas débrouille toi pour être présentable.

J’ai beaucoup souffert. Cette blessure, elle a beaucoup joué dans la petite dépression post partum qui a suivi. Aujourd’hui, 22 mars 2017, alors qu’on m’a dit pendant des années que c’était dans ma tête et que je m’en suis convaincue, je découvre que non, certaines personnes sont bien dégoûtées par ce corps là, ces phénomènes là, et le disent haut et fort. Et la violence de ces mots rappelle à mon esprit et à mon corps des blessures pas si anciennes qui ne sont jamais refermées.

5 réflexions sur “Dégoûtante ?

  1. Sarah dit :

    Je dois avoir de la m**** dans les yeux, je trouve ce clip absolument magnifique… J’invite celles et ceux qui s’insurgent et crient leur nausée haut et fort, à exploiter leur hargne pour réaliser une vidéo tuto contouring de leur nombril. A toutes fins utiles…

  2. Cécile dit :

    J’ai été très surprise par l’article de Madmoizelle. D’abord parce que j’ai vu le clip, et que si je ne le trouve pas très intéressant à titre personnel. Cependant, il me gène car je le trouve un peu intime mais je ne suis absolument pas dégoutée par le corps d’une femme enceinte évidemment. Ensuite parce que justement, je n’ai absolument pas ressenti cette pression lors de mes grossesses. J’ai pris à chaque fois 11 kilos (sachant qu’avec 2 enfants en 19 mois, j’ai gardé des kilos entre mes 2 grossesses). Le corps médical ne m’a jamais rien dit, je me suis à peine pesée d’ailleurs.
    Je ne me suis jamais sentie obligée de maigrir, de faire attention et je ne pensais pas qu’aujourd’hui encore des gens pouvaient avoir des réactions aussi arriérées que celle de la rédaction de Madmoizelle…

  3. AnaïsP dit :

    Je comprend ce ressenti, j’ai un petit garcon de 16 mois et toujours pas retrouver un corps qui me correspond et je suis d’accord le regard des autres et la pression sont presents… J’ai fait attention mais j’ai pris plus de 20 kg, merci mon corps qui debloque…Je n’arrive pas a refermer ces blessures non plus mais souvenons nous de nos beaux enfants. J’ai regardé le clip, il est magnifique !!! merci de te mettre à nu pour nous, tes textes sont tous magnifiques!

  4. Louna dit :

    Je n’ai pas lu l’article dont tu parles, ni aucune des réactions associées, et je t’avoue que je n’en ai aucune envie. Car comme toi, je ressens cette pression qui pèse sur nos épaules de femmes, vis-à-vis de ce corps qui doit être conforme à ce qu’en attend la société, et ce à chaque étape de notre vie. Pendant la grossesse, où le corps médical nous stresse et nous culpabilise ; après la grossesse, où le reste de la société prend le relais. Bref, je me retrouve dans ton discours, et je me dis qu’il y a encore un long chemin à faire….
    Merci pour cet article !

  5. CBaty dit :

    Heureusement Madmoizelle a fait une mise à jour de l’article. Il ne peuvent malheureusement pas réduire l’impact et la viralité du premier. L’infantilisation de la femme enceinte par le corps médicale : la femme enceinte est pleine d’hormones elle n’est pas rationnelle et ne sait rien donc surtout ne lui laissons pas le contrôle! grrr ça me fait me dresser les cheveux sur la tête rien que d’y penser( enceinte de 4 mois de mon numéro deux, je suis en plein dedans!)
    Le problème c’est que c’est l’attitude que prend ensuite la société, et les jeunes filles associent ensuite la grossesse à une perte de contrôle sur leur vie sous tous ses aspects, on oublie l’idée de choix et de liberté et surtout on peut être mère et femme et épouse sans forcément s’oublier soi même.
    Merci pour cet article pardon pour mon commentaire qui digresse un peu.
    Je suis tout à fait d’accord aujourd’hui on demande trop aux femmes enceintes d’oublier leur situation pour rester la  » femme » que la société demande à voir au lieu de rester nous même naturellement sans contrainte.

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