Les petits plaisirs

C’est vraiment un truc de blogueuses ça, de filles biberonnées aux publications de développement personnel, de s’attacher aux petits plaisirs de la vie, de se pencher sur le hygge, de s’atteler si fort à cette quête du #pasquedesparents et  #cestquedubonheur. Et j’en parle avec d’autant plus de regard critique que je suis la première à tomber dans le panneau, du beau, du joli, de l’émouvant ou du joyeux.  Finalement cette recherche étouffante du beau qui nous entoure, cette injonction à apprécier le moment présent (et à créer d’abord ce moment présent qui mérite d’être soit instagrammé soit raconté), elle est aussi épuisante que le reste. 

Il faut parfois croire que la vie des autres est plus belle que la mienne. C’est une réflexion qu’il y a déjà eu ici et partout ailleurs, à propos de la scénarisation des vies et la manipulation des images et comme cela peut être aliénant  et déprimant en tant que spectateur. J’ai eu des phases où je me trouvais juste (beaucoup) moins bien, en général moins photogénique avec une vie moins photogénique et une maison moins photogénique. Avec l’âge, ça m’est passé. je connais les trucs, l’envers du décor et le prix à payer pour devenir un personnage sur la toile, glamour certes mais aussi sans aspérités.

Maintenant il y a deux courants : celles qui ne sont déjà plus dans nos sphères de pauvres mortelles et dont les publications (textes et photos) ne reflètent en rien ce qu’est la vie. Et celles qui prônent les petits plaisirs de la vie. Je ne me sens capable d’être ni l’une ni totalement l’autre. Il m’arrive d’être trop fatiguée, stressée ou énervée pour profiter de quoi que ce soit. Et si j’ai beaucoup de chance et d’opportunités, malgré mes obligations familiales et professionnelles, j’ai du mal à donner à cette injonction une si grande place dans ma vie.

Pourtant ça m’arrive de savourer un moment pour qu’il se marque bien comme un souvenir dans ma tête, de prendre en photo un bonbon que je trouve mignon, ou de noter une poignée de mots (la dernière note de ce genre dit « Deux roses blanches. Emmenez moi à… ») parce que dans l’instant, il y a eu une émotion et donc quelque chose à écrire. Il m’arrive d’avoir du plaisir, des petits et des grands. Parce que je suis chanceuse, ces moments ne sont pas exceptionnels. Pourtant, toujours, les mantras ne me parlent pas. Aussi parce qu’il m’arrive de ne pas le voir, je ne sais pas mettre de hashtag sur mon bonheur.

Cette réflexion à base de « mais qu’est ce que je fiche là, au fait ? » est loin d’être mélancolique. J’ai dit hier que je ne savais pas raconter le bonheur,  ce qui ne m’empêche ni de le vivre ni d’aimer le lire.

Une réflexion sur “Les petits plaisirs

  1. MarieLucarne dit :

    & moi je suis au milieu, j’ai un instablog sur lequel je raconte la vie folle ET la dépression, les espoirs et la détresse. Je ne sais pas trop ce que j’y fous, c’est un foutraque intime & en même temps très parcellé mais je m’y plais quand même, je crois. Mais je me pose évidemment les mêmes questions.

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