Cannes 2017, jour 8 : tutoyer les sommets

Une femme douce, de Sergei Loznitsa

7h09, le réveil sonne. Quand le cerveau sort du brouillard, on entend distinctement les basses sourdes et les cris de joie des fêtards matinaux. Quand on sort de l’appartement 30 minutes plus tard, en baskets et sweat à capuche (tenue de celle qui a démissionné du tapis rouge et à qui la fatigue rend profondément intolérante à la climatisation) c’est ceux-là même qu’on croise dans la rue, totalement éméchés, robes longues et brillantes, veste de smoking sur les épaules ou chemise ouverte à tituber sur le trottoir. Un regard. Et la différence de nos tenues, de nos expérience de Cannes nous fait sourire. Je suis de ceux qui s’acharnent à voir des films.

Et d’ailleurs, il m’en faudra du courage pour voir entièrement Les proies sans faiblir. Le film de Sofia Coppola présenté en compétition officielle et qui n’est officiellement pas un remake du film de Don Siegel (les deux films sont juste adaptés du même roman) se déroule sans accroc, sans corps aussi, sans souffle et sans tension. Nicole Kidman vient apporter un peu de fraîcheur à l’ensemble mais le film reste fade et sans réel intérêt. On se demande encore pourquoi Sofia Coppola a attaqué un tel projet, quelles étaient ses intentions premières. Et malgré tout, avec son irrévérence crasse assumée, le film de Don Siegel avait au moins le mérite de choquer. Là, on s’ennuie.

C’est devenu un rendez-vous dans ma semaine cannoise, j’enregistre une nouvelle fois un épisode de podcast avec mes compagnons de NoCiné. J’y parle des Proies justement, de Nos années folles d’André Téchiné et de Vers la lumière de Naomi Kawase.

Pendant mes rattrapages, j’avais en bonne place dans ma liste El estudiante et Paulina (Prix de la Semaine de la critique en 2015) du réalisateur argentin Santiago Mitre. J’avais adoré le souffle qui les portaient et j’attendais donc avec impatience La cordillera, présenté en sélection Un certain regard, avec le plus célèbre des acteurs argentins dans le monde Ricardo Darin. La cordillera est un drame politique foisonnant, intense, passionnant (qui aurait pu durer sans mal 10 heures que j’aurais été captivée pareil) et audacieux. Il m’a rappelé le français L’exercice de l’état même si son style est beaucoup moins feutré. Et ce parallèle est une qualité. La cordillera (Le sommet en français) devient un de mes chouchous de cette sélection.

De Loznitsa, je ne me rappelle que d’une sieste d’anthologie, très pénible, un long rêve entrecoupé de brume devant Dans la brume en compétition officielle en 2012. Une véritable souffrance qui m’avait fâchée avec le réalisateur ukrainien. Pour Une femme douce, la projection presse était bondée (avec des journalistes assis par terre) et c’est peu dire que j’y allais totalement à reculons. D’autant plus que le film dure 2h23. Pourtant Une femme douce, adaptation libre de Dostoïevski, a su me cueillir avec l’épopée tragique de cette héroïne bornée, prête à tout pour amener à son mari emprisonné un colis contenant quelques caleçons et des conserves de lait concentré sucré. Pendant les 2 premières heures, le film est un voyage pavé de mille rencontres, toutes dressant le portrait de la Russie moderne. L’individuel devient un collectif, une masse aux mille visages qui empêchent la femme de toucher à son but. Je dois dire que j’ai moins compris les 25 dernières minutes qui s’enferment dans un blabla onirique, symbolique et assez lourd. Le film cependant ne manque pas d’humour et de rythme. Il est inégal, donc, et a mérité avec sa fin décevante quelques huées de la presse. Il n’aurait pas fallu grand chose pour que La femme douce soit un chef d’oeuvre total.

Je me couche avec l’esprit léger. Le lendemain, je m’offre une journée de détente. Au programme soleil et plage, un déjeuner digne de ce nom (c’est à dire pas avalé en 10 secondes debout, en plein soleil, au beau milieu d’une file d’attente), quelques films aussi probablement mais choisis au hasard et une soirée. Au moment de l’intense fatigue, j’ai décidé de remettre du plaisir. Histoire de retrouver un second souffle pour la dernière ligne droite.

Lucile

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