288 km/heure

C’est encore une histoire de train. Je m’installe à ma place et cette fois-ci, je ne pars pas le coeur léger. Trop fatiguée, trop absente, depuis trop longtemps… J’ai envie d’être chez moi en pyjama au lieu d’être à nouveau en train d’engraisser la SNCF. Comme un chat, je commence à bouger pour m’enfoncer plus profondément dans mon siège, à le travailler pour qu’il devienne plus moelleux (dans ma tête) pour profiter de ce moment pour une sieste que j’espère réparatrice.

Et puis une voix. Mes écouteurs enfoncés dans les oreilles, je n’entend pas le blabla habituel du chef des contrôleurs. Je n’ai même pas regardé quelle était la destination du « Emmenez moi à… » Et puis ces mots « nous roulons actuellement à 288 km/heure ». Et dans ma tête, je le remercie d’avoir mis ces chiffres sur ce moment de transit, ennuyeux et froid. Des mois que je ne fais plus attention. Que je n’attends plus rien. Que je n’entends plus rien. J’ai pourtant tant aimé les voyages en train. Et maintenant, dans une logique de productivité, je compte les minutes en regardant le paysage plat défiler. Nous roulons à 288 km/heure.

C’est maintenant ma vitesse de référence. Le TGV Paris-Lille/Lille-Paris, et ces chiffres palpables et précis. Je sais à quelle vitesse je vis ma vie. À ma place, et étant d’un naturel impatient, j’ai toujours une impression de lenteur. Ces moments là, j’ai comme une envie de téléportation. Et puis, en fait, je sais que j’ai besoin de cette pause, à 288km/heure, dans ma vie à 1000km/heure. Quelques minutes seule pour dormir, écrire, écouter la musique. Quelques minutes pour ne rien faire aussi. Ou partager le deuxième quart de Jurassic World avec mon voisin de gauche. Mais ça, je le vois bien, je ne sais plus trop faire.

C’est une période compliquée. J’ai noté ce chiffre et ces mots presque instantanément dans mon carnet comme si ils avaient un sens. Et puis le lendemain soir, je passais de longues minutes seule assise dehors à contempler la nuit à Paris. Il est temps que tout ça s’arrête. Que je retrouve des moments d’inertie. Plus que 10 jours, avant les vacances.

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