La dispute

Dans le canapé avec les chats, je pleure sans pleurer avec juste les larmes qui coulent et le poids sur ma poitrine. J’ai envie de faire pipi mais ça devrait dire traverser la maison dans la pénombre et ce soir, je n’en suis pas capable. Je n’en suis pas capable souvent de toute manière.

C’est la première fois en 7 ans que je dors dans le canapé. Pas la première dispute, pas les premiers cris, pas la première porte claquée. Mais ce soir, les cris, je n’étais pas capable. Je connais nos disputes et avec le temps j’ai appris à les voir venir. Pendant des heures, j’ai regardé la tempête se former. Maintenant, je suis fatiguée.

C’était rien, que de la mauvaise humeur, et ça a été trop dur pour moi. Juste aujourd’hui, je n’étais pas capable. Alors j’ai décidé de m’enrouler dans la couverture tricotée, de laisser couler les larmes silencieuses et d’attendre que le sommeil vienne. Pas vraiment seule mais très seule quand même. C’était une mauvaise journée, ça arrive parfois. Demain ce sera différent.

Quelques heures plus tard, l’angoisse est montée. J’ai fini par être écrasée par ma peur du moindre bruit et de la plus petite ombre. Je me suis recroquevillée dans le canapé et j’ai attendu. J’ai attendu une heure. Et puis, de ça non plus, je n’étais plus capable. Je n’arrivais plus à respirer, étouffée par mes propres sanglots, les oreilles qui résonnaient de mes propres battements de coeur. J’ai envoyé un message. Juste « j’ai peur ». Et dans la nuit sombre, il est venu me chercher. La dispute était terminée. C’est toujours comme ça. Comme un trop plein qu’on évacue. À un moment des cris et des larmes, il n’y a plus rien à faire d’autre que se serrer l’un contre l’autre. La crise est passée comme un nuage. Dans le lit, j’ai mis longtemps à m’endormir. Mais le matin, je me suis réveillée là où était ma place. Et tout était apaisé, lavé par mes larmes comme le bitume après la pluie.

3 réflexions sur “La dispute

  1. cestcomplique dit :

    Dormir sur le canapé pour être seule et dire « non au conflit, j’ai besoin de paix et je peux dormir sans toi » est une bonne chose et cette première fois marque un point positif pour vous . A la prochaine, vous aurez sans doute la force d’aller au bout de cette résolution, de vous consoler seule à l’aide de vos propres ressources, de passer la nuit seule et d’attendre qu’il revienne ou que la reprise de contact soit adulte, et pas en lui donnant le rôle de « sauveur » de la petite fille qui a peur dans le noir et besoin de lui pour passer la nuit. C’est un premier pas vers l’affirmation de vos limites et de votre autonomie, bravo Lucile, c’est enthousiasmant de vous voir changer, vous appliquer vos propres conseils judicieux, et vous remettre en question. Continuez !

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