Les photos qu’on ne prend pas

Un pas dehors, une image en tête. Le dernier moment où j’ai voulu prendre une photo sans le faire. C’est souvent l’histoire d’une photo pas prise. Du haut de mon perchoir, j’ai écarquillé longtemps les yeux sur cette image, ne voulant pas en rater une miette. Je me suis dit très vite que l’immortaliser c’était l’inscrire dans un moment fini. Alors que si je me débrouillais bien, dans 10 ou 15 ans, j’aurais encore cette image devant les yeux. La grande fenêtre, les rideaux, ce grand type en contre jour.

Ça a été une journée douce et j’y ai puisé la force de sortir pour aller au cinéma après des journées d’enfermement. Le biopic d’un artiste qui a marqué mes premières années à Paris.

Il est à peine 20h et la rue du cinéma est presque déserte. De gros nuages gris menacent et j’entends un trompettiste qui entonne tristement dans une rue adjacente le thème du Parrain. On se croirait en octobre, la scène est sordide. Mais j’écoute Le baiser de Souchon et je pense au seul baiser que j’ai jamais volé et à celui que ça a fait rentrer dans ma vie, il y a un peu plus de 7 ans.

Je suis légère ce soir. Malgré les nuages, la trompette, les rues vides, la nuit précédente écourtée bêtement, la fatigue qui marque et que je n’arrive plus à camoufler. Je me sens vieille et je me sens légère. De belles images en tête, des photos pas prises, des moments qui marquent. Je me rappelle que je suis libre. Et je suis heureuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *