Entre 7H10 et 7H15

Georges a faim. Il a faim depuis une heure au moins. Il monte sur le lit, ronronne près de ma tête, miaule vaguement. Puis il finit par gratter à la porte de Théodore, il sait que c’est la seule chose qui me fera me lever. Je ne veux pas qu’il le réveille. Mais évidemment il le réveille. Je me recouche et j’entends la porte s’ouvrir, des petits pas sur le parquet. Je vois une petite lueur qui avance. Parfois Théodore vient de mon côté et m’embrasse la joue, il reste debout dans l’obscurité puis me murmure qu’il a faim.

Mais souvent il soulève la couette et vient se coucher près de moi. Ca ne dure jamais très longtemps, quelques minutes à peine. Mais elles sont riches. Riches de tout ce qu’il me dit. Je lui demande de quoi il a rêvé et il me répond toujours : « De toi ! ». Ce n’est pas vrai bien sûr. Mais il est encore dans cet entre-deux, la frontière entre ses songes et sa réalité est poreuse. Je crois qu’il doute. Tout cela est-il vraiment arrivé ?

Puis il se met à parler, à parler, à parler. Les mots s’entrechoquent. Il me raconte la journée d’hier, celle qui commence. Il me dit tout ce qui lui passe par la tête, je ne sais pas d’où ses pensées lui viennent. Il me pose des questions dont les réponses ne le satisfont pas. Il me trouve belle et ne veut pas que je devienne une mamie. Il me dit que la chienne de ses grands-parents sourit, qu’elle sourit tout le temps. Il ouvre très grands ses yeux déjà immenses. Ce sont tes yeux qui sourient Théodore.

J’aime caresser ses cheveux et ses joues chaudes, tendres. Il n’y a pas si longtemps, c’est à cette même place que je l’allaitais.  Qu’il dormait, sa peau nue contre la chaleur de son père.

Il se blottit un instant puis on décolle. Souvent nous sommes dans une fusée qui va sur la planète Fromage ou, comme ce matin, dans le tourbillon autour de Saturne. Souvent c’est moi qui pilote. Il me dit qu’il fait très noir mais qu’il n’a pas peur. « On pourrait quand même juste laisser la couette un peu ouverte, comme une fenêtre. Pour voir les étoiles ? » On peut.

Il me demande si la nuit est encore noire dehors et je lui réponds que non. Les lampadaires sont éteints, le soleil s’étire. « Alors on peut se lever ? » On peut. Mais promets-moi de revenir demain matin.

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