La robe en velours

C’est un velours ocre qui a attiré mon oeil sur la vitrine de la rue de l’appartement. L’appartement parisien est situé au coeur du paradis du shopping. Je n’ai pas la fièvre acheteuse alors quand je marche je dis « ça, c’est joli » « ça, c’est joli » « ça, c’est hors de question » et puis j’oublie. Mais parfois, le coup de coeur est là. Le coup de foudre. Au premier regard. Une robe jaune en avril. Pas les moyens. Je l’admirais pourtant dans la vitrine à chacun de mes passages, je faisais des détours pour l’apercevoir sur un portant. J’aurais pu pleurer quand elle a été remplacée par un modèle différent de la saison suivante.

La robe en velours c’est autre chose. Cette fois, je l’essaye, je me dis. Je trouve le courage d’entrer dans la boutique et de l’essayer. De mesurer le poids du tissu, la qualité et la douceur du velours. Cette fois, je peux. Ça ne m’engage à rien. Mais je ne sais pas. J’ai peur de casser la magie, peur de ne pas pouvoir lui promettre de la ramener avec moi. Cette robe, c’est cette fille croisée dans le métro il y a quelques années, si jolie avec son livre de poésie russe. Nos regards se croisent, on se sourit. Je sais que chaque station nous rapproche de la séparation et pourtant je ne trouve pas le courage de lui écrire mon numéro de téléphone sur une page de mon livre, de lui déchirer et de lui tendre. Je sens qu’elle attend. Mais j’échoue. Elle est trop jolie, pas pour moi. C’était un geste, pas grand chose, pourtant. Et je n’ai pas eu le courage. Pas le courage de voir si au delà des apparences, elle aurait pu être une belle histoire.

Quand elle est sortie du métro, je me suis consolée en me disant que si je la croisais à nouveau, je n’aurais pas une seconde d’hésitation. Que ça serait le destin. Je ne l’ai jamais croisée. Et si ça a été le cas, dans la rue ou dans le métro, je ne l’ai jamais « vue » comme je l’avais vue ce jour là. L’une en face de l’autre, nos deux livres à la main. Et nos sourires discrets pleins de promesses qui ne seront jamais tenues.

Comme il m’est arrivé de longs mois de penser à cette fille, en petites interférences fugaces, je pense à la robe. Comme elle est parfaite pour moi, comme elle correspond exactement à celle que je suis maintenant. Je ne sais pas encore si je vais avoir le courage de pousser la porte de la boutique. Mais, en attendant, elle est dans mon esprit comme un petit oasis de beau, de doux et de réconfortant.

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