Plus nue que nue

C’est une sensation qui me frappe depuis quelques temps. Quand je suis nue, je me sens plus nue que nue. Les lumières m’agressent, les centimètres de peau sont impudiques, je prends trop de place, mal la place. Je m’étale. Je suis le contraire d’invisible. C’est un sentiment nouveau, un sentiment qui est venu avec les kilos. 

Ce serait malvenu de dire que je suis grosse. Complètement insultant pour ceux qui le sont vraiment. Mais j’ai pris du poids. Je ne vais pas le cacher, j’ai pris 10kg en un an. Des kilos de santé déclinante et de stress, des kilos de vie professionnelle dense et de vie personnelle intense. Je suis montée aujourd’hui sur la balance. Je pèse 67kg pour 1m60. C’est peu et c’est beaucoup quand on est habituée à moins. C’est surtout le cap du poids maximum que j’avais atteint pendant une grossesse (la seconde si je me souviens bien). C’était donc le poids que je faisais quand j’étais deux.

Alors je ne suis pas grosse. Mais j’ai changé avec une rapidité violente. Mes vêtements ne me vont plus, j’y suis engoncée. J’ai acheté sur un coup de tête des bouts de tissus confortables pour me cacher qui devaient être provisoires et que je retrouve à porter quotidiennement. Je ne me sens pas à l’aise, nue. Je me sens plus nue que nue. C’est à dire trop visible et trop à nu, les marques sur ma peau, et les nouveaux kilos explosant à la face de ceux qui me regardent. Je me sens fragile surtout.

C’est drôle de ressentir aujourd’hui combien j’arrivais à me cacher derrière ma nudité autrefois. Maintenant nue, je ne suis que moi. Pas une image de fantasme, pas une superposition de standards dans le fond un peu tristes. Avant mon corps était facile, son manque d’aspérité ne laissait place ni aux attaques ni à  l’émotion. Et quelque part ce corps mince, il était le mien comme il était celui de tant d’autres. Il ne ressemblait qu’à l’idée de. La peau lisse comme une carapace, comme un costume anonyme.  Aujourd’hui, je porte le corps qui accuse les années, ma santé et ma vie. Parce que je ne sais pas l’assumer, je dirais que je ne le mérite pas. Mais j’y travaille.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *