Burn-out

Ça fait une bonne heure que j’ai besoin de parler à quelqu’un mais je n’y arrive pas. Ni à l’un, ni à l’autre. Fatiguée de me plaindre et de m’excuser. J’ai arrêté de travailler, j’ai marché 500m et je me suis mise à pleurer. Ça m’arrive de plus en plus souvent, sans raison apparente. Les sanglots me brûlent la gorge et mes yeux s’embuent. Et il n’y a rien à faire, ni respiration profonde ni m’insulter dans ma tête. J’ai même essayé de chanter. Mais ça ne marche pas mieux. Je vais au cinéma pour souffler un peu. J’ai choisi deux films qui s’enchaînent pour optimiser mon temps de loisir. À peu près sûre de détester les deux films. De pleurer quand tout le monde rit. Je me suis dit sur tout le chemin « je ne veux pas aller au cinéma ». Mais je ne veux pas prendre le risque d’être toute seule dans l’appartement alors je vais au cinéma. Il reste pourtant tant à faire. Ce sera pour après.

Pour mes proches, je travaille « un peu trop ». Moi, je ne minimise pas la charge mentale qu’il représente, que ce soit en terme d’horaires ou en terme de mails du dimanche soir à presque minuit. Mais je ne suis même pas sûre qu’il ne s’agisse que de ça. Je me traine depuis un an la charge mentale de mon choix de vie (vous me direz, c’est un choix), la culpabilité surtout. Force est de constater aujourd’hui qu’il y a un truc qui ne marche pas. On m’a fait croire longtemps qu’avec un peu de courage et de persévérance, il était possible de tout avoir : la famille, la maison bien rangée, bien décorée, le travail épanouissant, la carrière même et le physique qui va avec tout ça. La vérité c’est que j’ai 32 ans, que je fais un travail qui me passionne mais qui pompe toute mon énergie, que même si je suis freelance et que je travaille à la maison, je vois pas plus mes enfants qu’un salarié qui a la main vraiment lourde sur les heures supp, que je suis en mauvaise santé, que j’ai pris du poids à cause de la fatigue, et que si je parle sincèrement de ma vie à quelqu’un je me sens obligée de me justifier sans arrêt parce que j’ai honte. Enfin. Je n’ai pas honte par moi-même. J’ai honte parce qu’on me renvoie sans arrêt une image de ce que je devrais être qui n’est pas ce que je suis. Au plus fort d’une période plutôt dense de travail, et parce que je suis une femme intelligente (non), j’ai commencé à culpabiliser sur ce que mangeaient mes enfants et je me suis mise à préparer chaque semaine des biscuits, des desserts, des gâteaux. Parce qu’on m’avait dit que c’était une chose à faire et que ça n’était pas si compliqué. Au moment où une heure, une seule heure, est devenue précieuse, j’ai délaissé le site où je faisais mes courses en ligne pour retourner au marché, acheter des bons légumes locaux et bio, et accessoirement perdre jusqu’à 25 minutes d’attente en queue chez chaque commerçant. Puis en perdre le double en savantes préparations qui préservent le goût et les vitamines (ah ça, je peux vous assurer que mes enfants ne mangent jamais de pâtes).

Et quand je n’y arrive pas, je culpabilise au point de pleurer dans la rue et de ne pouvoir m’arrêter de la journée. De pleurer à chaque mail reçu à une heure pas possible. De pleurer parce que j’ai peur de ne pas être à la hauteur le lendemain. De pleurer parce que je suis une connasse qui ne pense pas à ceux qui sont plus mal lotis que moi.

Je suis fatiguée. Fatiguée d’entendre que c’est facile. Fatiguée d’entendre que je l’ai choisi. Fatiguée de ne pas savoir faire ce que certains estiment être le minimum syndical pour ses enfants ou son couple. Fatiguée de minimiser mon état parce que je ne veux pas être indécente ou qu’on me pénalise en me donnant moins de travail. Fatiguée de me dire que quand les enfants me le reprocheront dans quelques années, il sera bien temps de gérer.

C’est une période difficile. Je me répète chaque jour que c’est bientôt fini. Mais la vérité c’est que je ne sais pas quand tout cela pourrait s’arrêter.

10 réflexions sur “Burn-out

  1. MarieLucarne dit :

    Oh Lucile, j’espère que tu sais que je connais tout ça, pour des raisons proches et que ma porte, mon téléphone ou n’importe quel café parisien peuvent être le prétexte pour lâcher un peu de lest.
    Je t’embrasse.

  2. MarieLucarne dit :

    PS : je suis de la team qui pense qu’on peut faire des choix, les assumer et dire combien c’est dur aussi. Parce que c’est dur d’être une femme dans ce monde là. Ce sera toujours plus dur d’être une femme que d’être un homme, quels que soient les relations que l’on mène, le nombre d’enfants que l’on ai ou le boulot que l’on fasse. On a le droit d’être faillible, fragile & de lâcher parfois. On a le droit de ne pas tout réussir, de sentir que quand ça marche d’un côté ça casse de l’autre. Mais oui c’est dur de ne souvent trouver personne à qui parler faute d’être comprise, parce qu’on ne rentre pas dans des cases, parce qu’on ne représente pas le modèle qu’il faut. Parce qu’on refuse de se taire au prétexte qu’on a choisi nos axes atypiques. Je trouve ça complétement con. Vivent les femmes uniques et atypique, bourrées de paradoxes et d’envies divergentes, qui réussisent ET galèrent en même temps et mort aux cons, merde.

  3. Quatre Enfants dit :

    Juste un gros hug de soutien. Pas de solution miracle, mais sache qu’on est très nombreuses à ne pas pouvoir faire le grand écart entre la vie pro et la vie perso, et je te promets, c’est pas grave du tout. Tu sais pourquoi, parce que c’est impossible. La vérité, c’est qu’on n’est pas des gymnastes russes, on est simplement des femmes, des mères qui font de leur mieux, mais parfois non, parce qu’on a le droit de rater aussi, c’est pas grave non plus. Courage.

  4. aunomi dit :

    Bonjour,
    Alors bien sûr je ne te connais pas et réciproquement, mais ça me touche de voir la pression que tu te mets. J’ai 37 ans, 2 garçons de 7 et 3 ans, je suis en reconversion professionnelle, je crée ma boîte… et croulant sous différentes charges mentales (rentrée scolaire difficile pour le petit, rdv médicaux, administratif, navette activités, sport, courses, envie de cuisine mais pas le temps, wondermaman, quel statuts, quel logo, quel CFE, quel régime fiscal, quels clients… bref tu vois ;)) j’ai décidé plusieurs choses !
    1 – je ne suis pas une pieuvre (dixit mon fils aîné! ) donc chaque chose en son temps et tout le monde aide
    2 – les enfants mangeront des légumes à la cantine ! Et oui je ne veux pas me battre tous les soirs et en fait ils finissent par m’en réclamer des légumes car les pâtes y en a marre ;) Pour le soir, je fais simple à base de conserves et de féculents différents tous les soirs mais je mise sur les fruits…
    3 – l’administratif me saoule mais c’est comme ça alors quand j’en ai marre je vais courir 30 min et ça suffit
    4 – je ne peux aller chercher les enfants à 16h30 et le mercredi après-midi… j’ai testé je n’ai plus le temps professionnellement du coup je suis stressée et ils le sont aussi… résultat ils restent au centre aéré avec leurs copains et en fait tout se passe mieux !!!
    5 – je note mes kifs tous les soirs avant de me coucher et en fait je suis une vraie kiffeuse, un rayon de soleil, une jolie fleur, un câlin, un dessin, une musique… tout est bon à prendre.
    6 – si j’ai besoin de pleurer parce que des fois je suis paumée, c’est trop dur, ou que je ne regarde pas sous le bon angle, je pleure et ça me fait du bien !!! Et je vais courir aussi… le running m’a sauvé d’ailleurs ;)
    Bon courage, mon petit mot est en vrac, sans ordre, juste des trucs que j’ai fini par mettre en place pour moi pour me donner des répères et m’éviter de culpabiliser…. et ça marche !

  5. Marjoliemaman dit :

    Tout avoir, dans mon idée, c’est déléguer et se donner des priorités.
    C’est lâcher certains combats pour se focaliser sur ceux qui sont essentiels à soit et à sa famille.
    c’est trouver ce qui te rend, vous rend heureux tous les 5. Le reste, on s’en fout finalement, non ?
    Des baisers et je suis au bout de mon téléphone, tu le sais, j’espère.

  6. M_LaMaudite dit :

    Ton témoignage est très touchant et doit parler à beaucoup de personnes (oui, je ne précise pas femmes délibérément).
    Comme le disait plus tôt MARIELUCARNE, tu as le droit de faire des choix, de les assumer et de dire que c’est difficile. Il est difficile de ne pas écouter toutes ces injonctions – surtout parce que, dans l’absolu, on est d’accord avec tout ça mais que les journées ne sont pas assez longues.
    Il faut que tu puisses prendre du temps pour toi, voir ce qui ne peut pas changer et te laisser de la marge pour le reste, en acceptant le fait que certaines choses ne seront pas exécutées telles que tu le voudrais. Comme toi, j’essaie d’en faire toujours plus mais j’ai aussi mon stock de petits pots, de conserves et je connais le numéro de très bonnes pizzérias. Et c’est vraiment difficile de faire ces choix parfois. Mais généralement, il en va de mon bien-être mental.
    Il n’y a pas de recette miracle mais il faut essayer de s’écouter. C’est peut-être le plus compliqué, d’ailleurs. Et surtout être bien entourée et avoir des personnes qui peuvent te voir craquer et/ou t’aider quand ça devient trop compliqué.
    Je te fais un gros câlin et espère te retrouver en forme pour nous parler de ces films (qui sont les grands oubliés de cette histoire finalement ! ;-)).

  7. Allychachoo - Famille en chantier dit :

    Ton article me serre le cœur, j’espère que tu trouveras ton équilibre… C’est tellement difficile de « tout » concilier, d’avoir cette impression que les autres y arrivent et toi non… C’est drôle, je me suis mis la même pression pour la question des goûters récemment, je ne sais même pas d’où ça m’est venu, normalement je m’en fous, mais la culpabilité s’invite partout et surtout n’importe comment. Courage <3

  8. Florence dit :

    On croit vous lire (entre autres sur les gâteaux faits maison) : http://www.mon-carnet-deco.com/blog/la-quete-de-la-perfection-ou-le-burn-out, mais le fait que l’expérience soit partagée devrait vous rassurer. Ce qui vous rend actuellement malade si l’on peut dire n’est rien d’autre, semble-t-il, qu’une situation tout à fait normale. Cela ne retire peut-être rien à la souffrance, au surmenage et à l’épuisement, mais au moins à la culpabilité, ce qui n’est pas rien ! Bon courage à vous, plus d’unes compatissent (et au sens propre du terme !)

  9. HERVY dit :

    Oh oui que c’est difficile de tout concilier en restant droite dans ses bottes ! En entamant ma 2ème grossesse je me suis mise à vouloir être parfaite pour ma fille et mon homme. Et à la finale je ne suis devenue que détestable. Trop de pression, trop de choses calibrées, sans saveur ! Et avec une seule envie que la journée se termine pour pouvoir aller me coucher ! Quelle vie ! Ce deuxième enfant est toujours au chaud et j’appréhende son entrée dans notre vie.. Vais- je réussir à le rendre heureux et moi aussi par la même occasion ? Est-ce que j’ai raison de mettre ma carrière pro au repos en me disant que bien sur à 40 ans je pourrais encore évoluer et m’éclater au boulot ! Est-ce ce fucking potager que je laisse pourrir va renaître des ces cendres ? Est-ce que tous ses kilos que j’accumule vont bien vouloir repartir comme ils sont venus à la naissance de mon 2ème ? Est- ce que je ne jalouserai pas l’apparent bien-être de mon mec ? Est-ce que lorsque je fais coiffure / esthéticienne / shopping dans le même mois, c’est bien raisonnable ou juste l’éphémère besoin de ne penser qu’à moi bien égoïstement ?
    Bcp de questions qui me rongent et aucune certitude… Bienvenue dans la vie d’une trentenaire déglinguée, zinzin, crevée, lessivée ! Allez déjà se lire, échanger nos humeurs, nos états d’esprit du moment est un bien précieux ! Merci à toutes !

  10. nipsynigourou dit :

    Enfin ! Vous déposez ce masque en carton, qui sautait aux yeux au point rendre certains de vos lecteurs agressifs… La vraie question est qui ETES-vous, Lucile ? Et non pas que faites-vous, qu’avez-vous, dans quelle relation êtes vous (mère, amante, épouse, free-lance, parent d’élève, amie), à quel endroit êtes-vous, ou en quoi vous sentez-vous différente des autres ou obligée de vous démarquer de ce que vous appelez la norme… sujets que vous rebattez, rabâchez, lieux, biens, personnes et missions que vous accumulez ou juxtaposez sans pour autant vous trouver…
    Il est temps de cesser de chercher à vous définir en regardant à l’extérieur pour tourner votre regard et votre intelligence aigüe vers l’intérieur : vos sensations, vos sentiments, vos émotions, vers ce que vous dit votre intuition, vers où vous porte votre joie. Il est temps de d’habiter votre corps, de découvrir sans comparaison votre singularité, les nuances de l’empreinte unique que vous êtes dans ce monde, puis de les laisser éclater et briller. Vous venez de commencer, et même si c’est douloureux : félicitations !
    N’écoutez plus personne. Ne cherchez plus le dialogue ou le débat à propos de qui vous êtes. Les réponses sont en vous. C’est le temps que vous prendrez pour vous dans une approche d’écoute intérieure et notamment d’écoute du corps (sans distraction extérieure, sans suivre frénétiquement vos pensées) qui vous aidera à les formuler : la méditation, la sophrologie, l’hypnose, la psychanalyse, le yoga… Ce sera probablement long.
    Devenir soi, capable d’autonomie et d’amour pour qui l’on est profondément, c’est la plus belle des aventures. Par l’exemple, c’est aussi la nourriture la plus saine et épanouissante que vous pouvez offrir à vos enfants.
    Cette crise ouvre une porte vers le chemin de l’intériorité, vers la reconnaissance intime de votre propre beauté, et je vous souhaite de la franchir.

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