Cannes 2018 : C’est reparti pour un tour

Aller à Cannes comme une mauvaise habitude. Accro aux interminables files d’attente, au bip des badges, aux déjeuners sur le pouce, à l’affluence absurde à chaque montée de tapis rouge. Et puis au reste, au jingle du festival, ou de chaque compétition, au début de chaque séance, aux débats enflammés, au cinéma qui dégouline dans la rue hors des salles. Revoir les mêmes têtes toujours, faire partie pendant quelques jours de ce grand cirque. Ces dernières années, il y a pourtant eu le scandale DSK le 14 mai 2011, et puis le festival après les attentats en France. Cette fois, après les mouvements #balancetonporc et #metoo qui ont ébranlé les plus hautes sphères de l’industrie du cinéma américaine, le festival a annoncé un tournant. 50 ans après mai 1968, quand le festival de Cannes avait accepté, à contrecoeur, d’être impacté par le mouvement social qui touchait alors tout le reste de la France, l’institution de la Riviera affirme une nouvelle fois vouloir vivre dans son temps, des temps qui changent. 

C’est une révolution douce qui est annoncée pour les prochaines semaines. Beaucoup des noms des grands réalisateurs dont on disait qu’ils « avaient la carte » ont fait place à des outsiders plein de promesses, Un certain regard a retrouvé son rôle de découvreur de talents et de cinémas du monde entier. Sans atteindre enfin la parité tant attendue, les femmes se frayent peu à peu une place dans le plus grand festival de cinéma du monde. L’organisation traditionnelle qui permettait parfois aux journalistes et aux critiques l’opportunité de voir les films parfois avant même les équipes des films a également été bousculée. Thierry Frémaux a annoncé que cette année la priorité irait aux équipes des films et aux spectateurs. De même que des centaines de jeunes entre 18 et 28 ans sont attendus dans les derniers jours du festival. Après avoir envoyé leur lettres de motivation, ils profiteront de pass spécifiques pour découvrir les films. 
Mais la vérité c’est que, même en pleine ère post-Weinstein, le festival restera le paradis des starlettes et de leurs admirateurs, que le tapis rouge et les robes des actrices resteront plus commentées que certains grands gestes politiques de films de pays émergents (comme Rafiki, premier film kenyan ouvertement lesbien présenté en sélection Un certain regard mais d’ores et déjà interdit dans son pays). Et si de nombreuses réalisatrices vont pouvoir faire entendre leur voix sur la croisette pendant cette quinzaine de mai, elles sont encore sous-représentées en compétition officielle. Mais le festival n’a pas encore officiellement commencé, et la révolution tant attendue pourrait encore se faire : tonitruante, par surprise, salutaire. Pour que le plus grand festival de cinéma du monde reflète à nouveau le monde dans lequel il se déroule. 

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