Un soir au lac

Après deux étés passés dans les grands espaces américains, nous avons pris cette année le chemin de cette maison du sud-ouest de la France qui est presque devenue une maison de famille. Un départ à l’aube et 7 heures de route plus tard, il nous a suffi de passer le portail pour retrouver nos habitudes.

Les serviettes de plage et les sandales que nous avions abandonnées la dernière fois étaient toujours là. La clé de la piscine était suspendue dans la grange, près du petit congélateur qui ne contient que des glaces. Les grands pins du jardin et cette chambre dans laquelle il fait toujours trop chaud nous ont signifié que les vacances avaient commencé. Enfin.

Après une matinée de marche dans les bois, une sieste et un après-midi de piscine à n’en plus finir, nous avons pris le chemin du marché nocturne avant même la tombée de la nuit. Les commerçants mettaient en place leurs étals, ni les crêpes ni les glaces n’étaient encore prêtes. Théodore a dansé avec entrain sur une chanson des années 80. Le genre de chanson que l’on a tous vaguement honte de connaître par cœur mais que l’on est toujours, au fond, un peu heureux d’entendre.

Un monsieur tout droit sorti d’un film de Tim Burton s’est planté devant nous avec à la main la plus grosse barbe à papa du monde. Il nous a dit qu’il offrait toujours sa première création de la soirée et l’a tendu à Théodore : « Aujourd’hui, elle est pour toi. » Pas le moins du monde décontenancé par cette immense soucoupe volante de sucre bleu derrière laquelle la moitié de son corps était pourtant en train de disparaître, il a dit merci dans un sourire déjà collant et cotonneux.

J’ai regardé le ciel rose au dessus du lac tout proche. Nous savions bien comment tout cela allait se terminer mais nous n’avons pas interdit à Théodore de se tremper les pieds. Il a avancé lentement vers le soleil couchant en tenant son short. Rapidement, il n’y a plus rien eu à préserver alors nous l’avons débarrassé de ses vêtements trempés. Il s’est assis dans l’eau, ne laissant dépasser que sa tête. Puis il a sauté, couru, plongé. Nous l’avons attendu assis sur le sable encore chargé de la chaleur de la journée.

A sa gauche des adolescents chahutaient à califourchon sur un canoë, à droite un père montrait à son fils comment nager avec des palmes. Je n’avais ni montre ni téléphone, il aurait pu être 19H comme 22, vendredi ou dimanche.

Lorsqu’il est sorti de l’eau  nous l’avons frictionné avec un t-shirt avant de l’installer encore ruisselant dans la voiture. Arrivés à la maison je l’ai porté jusqu’à la salle de bain, le sable lui collait aux pieds. Son horaire de coucher habituel était dépassé depuis longtemps mais il avait envie de parler, encore et encore. De son copain Léon qui vit désormais en Inde, du chat aimé enterré dans le jardin, d’une échelle si grande qu’elle permettrait de toucher le ciel. Tu crois que c’est possible, maman ?

Il s’est endormi en quelques minutes dans ce lit beaucoup trop grand pour lui, le visage rayonnant de tous les interdits bravés pendant la soirée. C’était le premier soir des vacances, ou peut-être le deuxième.

Esther

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