Sensible

Je suis sensible. C’est un truc qui est venu avec les années. Je ne me rappelle pas pleurer autant avant. C’est venu avec les enfants. Peut-être par mimétisme. Je pleure pour tout ou en tout cas pour beaucoup. Je m’émeus. Je note, je collecte. Je pense à plus tard. Et puis des fois, je pense au passé, et je pleure encore. C’est con.

Lire la suite

Le journal

Au début du mois de décembre, avec Thomas, on a emmené Mia et Adam à Paris voir les vitrines des grands magasins (et une tonne d’autres choses). Mais nous avions aussi promis de passer au rayon papeterie du BHV pour qu’ils puissent choisir un carnet chacun. Les enfants adorent les carnets. Je ne connais personne d’autre qui aime le papier et les stylos autant que moi. On a fait le tour des rayons, un peu déçus que celui-ci ai été rétréci pour cause de célébrations de Noël imminentes, et puis ils ont arrêté leur choix sur deux carnets d’une discrétion à faire pâlir. Mia a choisi un modèle à strass effet « peau de sirène », Adam pour un carnet du même format mais recouvert de dizaines d’énormes fausses pierres précieuses de toutes les couleurs. Devant notre manque d’enthousiasme qui contrastait celui des enfants, les vendeurs ont pouffé. Et puis nous avons capitulé. Rien ne s’opposait à ce qu’ils prennent les carnets qui les avaient appelés.

Lire la suite

Changer de corps

C’est comme une mue. J’ai 32 ans et demi et j’ai l’impression d’avoir mué tant de fois. Je me rends compte qu’en 2014 déjà, peu après l’allaitement, j’avais parlé de mes seins ici. De leur évolution tout au long de ma vie de femme. Ça peut paraître indécent de parler de ça. Les seins c’est le sexe. Mais pour moi qui suis une femme, les seins c’est les douleurs pendant le cycle, les signes annonciateurs de la grossesse, l’allaitement, les tailles qui varient, la forme, la texture, la peur d’avoir une grosseur aussi, et de plus en plus avec les années. La séduction, c’est devenu secondaire. Comme la séduction est devenue secondaire dans ma vie.

Je passe plus de temps à courir d’un bout à l’autre de la ville pour emmener mes enfants à l’école et travailler ou d’un train à l’autre entre Lille et Paris que je ne passe de temps à me regarder dans la glace. Ou à vamper ceux qui partagent ma vie. Je n’y pense jamais. Dans ma vie du quotidien, fonctionnelle, je ne porte plus de lingerie. Je ne porte plus de soutien-gorge du tout. Uniquement pour une question de confort.

Alors quand j’ai commencé à vouloir me redonner un visage, j’ai aussi voulu me redonner un corps. Me regarder pour appréhender mes formes et puis me rendre compte qu’elles ne sont pas si honteuses que ça. Porter de la lingerie pour le plaisir en opposition au confort du rien. J’ai été contactée par un site de vente en ligne de lingerie pour toutes les morphologies et je me suis perdue dans les pages. Des ensembles Aubade qui laissent songeuse à la lingerie Marie Jo qui a finalement capté mon attention parce qu’elle me ressemblait plus. J’y ai passé des heures. À m’imaginer différente, lascive et séductrice. J’avais oublié. Mon corps a tellement changé, je ne sais plus qui je suis. Alors je prends le temps de le redécouvrir, d’en accepter les aspérités, les plis, les bosses, les marques. J’ai marqué mon corps de tatouages pour me l’approprier. Il est temps maintenant d’arrêter de laisser les autres et le temps en faire ce qu’ils en veulent et de le faire mien, enfin.

À trois, on y va

Presque 6 mois sans écrire. Après un an à remplir chaque jour des carnets que je transportais partout, la source s’est tarie, j’ai arrêté d’écrire. Peut-être parce que je voulais marquer le coup sur une scène importante, comme certains films anciens se finissent par un baiser des héros. Peut-être parce que je n’avais plus rien à dire, à raconter. Mais même si ces derniers mois ont été particulièrement difficiles pour moi, je ne crois pas que le quotidien m’a étouffée.

Je voudrais avoir pensé à remplir un outil statistique pour étudier si nous nous sommes moins écrit aussi, au quotidien. Si de mois en mois, nous avons échangé moins de sms. Même si les chiffres allaient dans ce sens, je crois que je n’ai jamais eu autant le sentiment qu’il est bien dans ma vie. Je porte sur ma peau et jusqu’à ce qu’il me vienne l’idée saugrenue de le recouvrir, un symbole de sa présence permanente. J’ai l’impression de l’avoir plus vu, aussi. Cette relation, elle a changé. Notre deuxième année ensemble est déjà bien entamée. Si j’ai arrêté depuis longtemps de croire que l’amour dure trois ans,  je vois bien que nous ne partageons plus les mêmes choses. Il y a quelques semaines, j’ai été frappée d’un sentiment de certitude, celle de sa présence pour longtemps dans ma vie. Comme je ne doute pas que Thomas continuera à faire partie de mon paysage pour des années encore, des décennies même, je me suis mise à croire, à physiquement croire, qu’il était aussi là pour les années à venir. C’est à la fois présomptueux et étourdissant. Et cela m’emplit d’une confiance que je n’avais jamais eu jusqu’à présent.

C’est bizarre de se dire que cette vie est devenue notre norme. Qu’elle nous parait simple et évidente. Que chaque membre de la famille a une place qui est la sienne et qui n’est plus remise en cause. Que nous sommes une famille, même. Et non pas un caprice, un coup de coeur éphémère, une histoire de cul sordide. Si vu de dehors c’est encore bizarre, de l’intérieur, je vous assure, c’est doux et joli. Magique un peu. C’est aussi pour ça que, pour nous, il y a si peu de résolutions, parce que continuer sur cette lancée, ce serait déjà beau.

2018…

J’ai choisi une photo de moi pour illustrer ce billet parce que cette année, j’ai plus ou moins arrêté de prendre des photos de moi et de laisser les autres en faire. Je voulais une photo souriante pour débuter cette année, et il s’est avéré que si les photos de ma tête sont désormais rares, celles où mon sourire est franc le sont encore plus. J’en ai trouvé une, en fait. Mais j’ai décidé de la garder pour moi. Une photo de moi, donc, et ce petit paragraphe pour illustrer ma première résolution de cette année à venir : celle d’arrêter de me cacher. En 2017, j’ai payé de ma santé mentale des dizaines de brimades diverses et variées, des petites réflexions de ci de là qui s’étaient accumulées avec les années et qui sont toutes ressorties en même temps sous la forme d’une grande vague. Doucement, j’ai commencé à avoir peur de prendre la parole en public, à sortir de chez moi. J’ai commencé à avoir honte quand je dérogeais à ces nouvelles règles de vie. Je n’en peux plus désormais. Et je ne veux plus faire subir à mes proches ces blocages. Alors 2018, je l’espère, sera l’année du retour à la vie.

Cela fait des semaines déjà que mes objectifs professionnels sont clairs. Pour la première fois, je crois, l’objectif est moins de survivre que d’être enthousiasmée par mes projets. Et ceux qui se profilent sont déjà à la hauteur de cet enthousiasme. J’espère être surprise aussi. Que comme chaque année les rencontres et le hasard me mènent sur des terrains que je pensais inaccessibles. J’ai eu de la chance jusque là, j’espère qu’elle sera encore de mon côté pour quelques mois.

Objectivement 2017 a été à la fois une année d’équilibre et de déséquilibre au niveau personnel. C’est aussi un de mes objectifs de l’année à venir : je voudrais moins de fatigue, de souffrance et de doute. Pour l’instant c’est un voeu pieux mais je compte bien m’atteler sérieusement à cet objectif de lâcher-prise tout au long de l’année. Qui implique aussi donc plus de confiance envers les autres. Je suis peu mais très bien entourée, cette partie là devrait donc ne pas être si difficile.

Cette année, j’ai aimé et j’ai été aimée, j’ai vu mes enfants grandir heureux et en bonne santé, on m’a fait confiance professionnellement, mes projets personnels ont avancé et puis il y a eu des vacances aussi, des moments de pur plaisir, hors du temps. Pour 2018, je voudrais 2017 en mieux. On n’est jamais à l’abri d’une mauvaise nouvelle, d’un accident ou d’une couille dans le potage. Ils arriveront sans doute. Mais tout cet amour me donne la force de gravir des montagnes. Je ne suis pas parfaite, et rien n’est jamais parfait, mais on a eu de la chance.

Burn-out

Ça fait une bonne heure que j’ai besoin de parler à quelqu’un mais je n’y arrive pas. Ni à l’un, ni à l’autre. Fatiguée de me plaindre et de m’excuser. J’ai arrêté de travailler, j’ai marché 500m et je me suis mise à pleurer. Ça m’arrive de plus en plus souvent, sans raison apparente. Les sanglots me brûlent la gorge et mes yeux s’embuent. Et il n’y a rien à faire, ni respiration profonde ni m’insulter dans ma tête. J’ai même essayé de chanter. Mais ça ne marche pas mieux. Je vais au cinéma pour souffler un peu. J’ai choisi deux films qui s’enchaînent pour optimiser mon temps de loisir. À peu près sûre de détester les deux films. De pleurer quand tout le monde rit. Je me suis dit sur tout le chemin « je ne veux pas aller au cinéma ». Mais je ne veux pas prendre le risque d’être toute seule dans l’appartement alors je vais au cinéma. Il reste pourtant tant à faire. Ce sera pour après. Lire la suite

La robe en velours

C’est un velours ocre qui a attiré mon oeil sur la vitrine de la rue de l’appartement. L’appartement parisien est situé au coeur du paradis du shopping. Je n’ai pas la fièvre acheteuse alors quand je marche je dis « ça, c’est joli » « ça, c’est joli » « ça, c’est hors de question » et puis j’oublie. Mais parfois, le coup de coeur est là. Le coup de foudre. Au premier regard. Une robe jaune en avril. Pas les moyens. Je l’admirais pourtant dans la vitrine à chacun de mes passages, je faisais des détours pour l’apercevoir sur un portant. J’aurais pu pleurer quand elle a été remplacée par un modèle différent de la saison suivante. Lire la suite