Cannes 2018 : C’est reparti pour un tour

Aller à Cannes comme une mauvaise habitude. Accro aux interminables files d’attente, au bip des badges, aux déjeuners sur le pouce, à l’affluence absurde à chaque montée de tapis rouge. Et puis au reste, au jingle du festival, ou de chaque compétition, au début de chaque séance, aux débats enflammés, au cinéma qui dégouline dans la rue hors des salles. Revoir les mêmes têtes toujours, faire partie pendant quelques jours de ce grand cirque. Ces dernières années, il y a pourtant eu le scandale DSK le 14 mai 2011, et puis le festival après les attentats en France. Cette fois, après les mouvements #balancetonporc et #metoo qui ont ébranlé les plus hautes sphères de l’industrie du cinéma américaine, le festival a annoncé un tournant. 50 ans après mai 1968, quand le festival de Cannes avait accepté, à contrecoeur, d’être impacté par le mouvement social qui touchait alors tout le reste de la France, l’institution de la Riviera affirme une nouvelle fois vouloir vivre dans son temps, des temps qui changent. 

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Cannes 2017 : faire le bilan

Feu d’artifice (clôture)

On a beaucoup entendu sur place que cette édition du festival était faible en terme de qualité des films, molle en terme de soirées. Les « c’était mieux avant » ont fusé. Je me demande si, en 9 éditions de festival de Cannes, je n’ai pas entendu ça tous les ans. J’ignore donc à quel « avant » on fait référence. Moi, j’ai trouvé que même si nous n’avions pas vu de film pour lequel j’aurais été prête à vendre ma mère, nous avons vu de très bonnes choses. Et le bilan sur l’état du monde proposé par ces 48 films ne m’a pas laissée indifférente. Il me semble bien que les problématiques liées aux migrants, la peur de la guerre civile, et le questionnement sur les valeurs morales sont des notions tout à fait contemporaines et essentielles.

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Cannes 2017, jour 10 : courir l’aïoli

You were never really here, de Lynne Ramsay

On arrive à ce niveau de fatigue où, avant de quitter l’appartement, je cherche pendant de très longues minutes mon portable. Impossible de remettre la main dessus alors qu’il est pourtant vital. Je me souviens l’avoir débranché et puis plus rien. Rien de rien. Je vide mon sac du jour, regarde dans ceux des jours précédents, ouvre le réfrigérateur, checke les poches de mes vestes et déplace le bordel sur la table. Quand je le dis à vois haute (« merde, j’ai perdu mon portable »), j’ai le réflexe d’avoir les mains qui descendent sur les fesses. Le portable était là, dans ma poche arrière. Cette scène consternante se reproduira plusieurs fois dans la journée, à chaque fois avec un coup au cœur, convaincue d’avoir perdu mon objet transitionnel, doudou indispensable, ici plus qu’ailleurs, pour s’occuper, travailler et garder un contact avec le monde.

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Cannes 2017, jour 9 : recharger les batteries

La Religieuse au caramel, de Jérôme Oliviera (hors compétition)

J’ai enfin pris le temps de marcher sur la croisette. De sentir le soleil sur mon visage, de flâner au lieu de courir, de regarder les gens. En les voyant tous si apprêtés, à l’aise dans cet univers qui m’impressionne encore, à poser pour les photographes de rue ou des selfies devant toutes les marches rouges possibles (celles de la salle Debussy où sont présentés les films d’Un Certain Regard ou celles de la gare de Cannes), on se demande presque ce qu’ils font le reste de l’année. Cette quinzaine, c’est le moment pour certains de voler au quotidien quelques instants dans la lumière et c’est beau, un peu.

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Cannes 2017, jour 8 : tutoyer les sommets

Une femme douce, de Sergei Loznitsa

7h09, le réveil sonne. Quand le cerveau sort du brouillard, on entend distinctement les basses sourdes et les cris de joie des fêtards matinaux. Quand on sort de l’appartement 30 minutes plus tard, en baskets et sweat à capuche (tenue de celle qui a démissionné du tapis rouge et à qui la fatigue rend profondément intolérante à la climatisation) c’est ceux-là même qu’on croise dans la rue, totalement éméchés, robes longues et brillantes, veste de smoking sur les épaules ou chemise ouverte à tituber sur le trottoir. Un regard. Et la différence de nos tenues, de nos expérience de Cannes nous fait sourire. Je suis de ceux qui s’acharnent à voir des films.

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Cannes 2017, jour 7 : descendre la pente

Vers la lumière, de Naomi Kawase

Jour 7, chaque jour suivant à Cannes est donc le dernier pour cette édition. Il n’y aura pas ici de mardi suivant, de mercredi suivant, de jeudi suivant… Le festival se clôt dimanche soir et les deux derniers jours auront un rythme beaucoup moins soutenu. Déjà, on embrasse les collègues qui repartent vers Paris, on arrive plus tard dans les salles moins prises d’assaut (une très bonne nouvelle quand la première projection est à 8h30 et qu’il fallait se présenter aux portiques de sécurité autour de 7h30 en début de festival). C’est le début de la fin : les cernes sont bien installées, l’ambiance colonie de vacances est à son paroxysme. Si j’avais le mal du pays il y a quelques jours, je me laisse tranquillement envahir par une douce nostalgie.

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Cannes 2017, jour 6 : devenir hamster

Mise à mort du cerf sacré, de Yorgos Lanthimos

À ce stade du festival, il convient de dégager des grandes thématiques de cette édition. Quelles sont les constantes, les préoccupations, les tendances ? Parce que si le festival est international et présente toutes les formes d’oeuvres, de celles d’artistes émergents aux plus confirmés, il se détache toujours des coïncidences troublantes qui en disent long sur l’état du monde. Cette année, par exemple, la question de l’étranger, du migrant, se retrouve dans différents films, de Western à Out en passant par Jupiter’s moon. On retrouve également la notion de « film dans le film » dans Les fantômes d’Ismaël, Barbara et Le Redoutable (3 films français d’ailleurs). Il reste une quantité de films à voir avant de compléter ce tableau des correspondances. Un exercice toujours important et facilité par la variété de pays et de cinémas représentés.

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