Cannes 2017, jour 5 : perdre ses repères

How to talk to girls at parties, de John Cameron Mitchell

Mal du pays. Peut-être parce qu’on est en milieu de festival, je traîne cette impression d’être là depuis des semaines et de ne jamais pouvoir rentrer. Ma famille me manque, mon sommeil me manque, ma vie me parait loin. C’est la petite phase dépressive du milieu, une sorte de moment où, là tête sortie de l’eau, on prend conscience de la bulle dans laquelle nous sommes tous ici. Ne me demandez pas ce qu’il s’est passé dans le monde ces 5 derniers jours, je suis incapable de répondre. Et, comme beaucoup, j’ai aussi beaucoup de mal à savoir quel jour de la semaine on est. Ici, les dimanches ressemblent aux mardis et aux jeudis. On ne sait plus quels films on a vu la veille ou l’avant veille, et encore moins dans quel ordre. Le quotidien est une bouillie de cinéma, entre déceptions et états de grâce.

Lire la suite

Cannes 2017, jour 4 : vivre avec passion

120 battements par minute, de Robin Campillo

Quatre heures de sommeil. La douche chronométrée dure 7 minutes de plus que les jours précédents. Incompréhensible. Dehors, les journalistes badgés, en pleine zombie walk, croisent les cannoises descendues en jogging peau de pêche pour acheter des croissants. Je veux le voir, ce film, vous n’imaginez pas à quel point. Aux portique de sécurité, je me dis que c’est dingue le nombre de gens qui gardent au fond de leur sac une paire de ciseaux pliants, un coupe-ongles, un minuscule couteau suisse. Dans mon sac chaque jour, il y a le minimum vital moins une chose (jamais la même sinon c’est pas drôle).

Lire la suite

Cannes 2017, jour 3 : fuir le droit chemin

They, d’Anahita Ghazvinizadeh

Le troisième jour, je sèche la polémique Netflix et le film en compétition Okja (dont le problème technique en début de projection aura fait huer les journalistes et crier au complot chez Netflix ; le festival, lui, a publié un communiqué avec de plates excuses) pour me rendre pour la première fois de l’année sur la plage Nespresso. Vous finissez par le savoir, c’est un de mes lieux favoris du festival. Loin des ambiances clubbing et bikini, la plage Nespresso, en partenariat avec la Semaine de la Critique, est un lieu calme et chic, parfait pour travailler face à la mer et déguster des iced macchiatos à la fois proche et loin de l’effervescence épuisante de la Croisette. Je m’y rends ce matin là pour la remise des Nespresso Talents. C’est la seconde édition de ce concours international de courts-métrages en format vertical, et je promets un succès grandissant à cette compétition ainsi qu’à ce format totalement actuel. La remise des prix a lieu pour le petit déjeuner, parfait pour débuter la journée en douceur. Et elle commencera bien puisque sur les quatre prix remis, trois le sont à des réalisatrices. C’est mérité et je suis aux anges.

Lire la suite

Cannes 2017, jour 2 : reprendre le rythme

Jupiter’s moon, de Kornél Mundruczó

Si le jour 1 c’est celui qu’on retient, le jour 2 pose le rythme d’un festival où il faudra quand même voir une petite cinquantaine de films pendant une dizaine de jours. Donc on s’accroche au carnet où on religieusement noté toutes les informations capitales (planning, durée des films, sélections au complet, rattrapages et numéro de téléphone du colocataire au cas où) et on avale un solide petit déjeuner (c’est à dire non pas une mais bien deux barres de céréales) avant de filer pour la première fois de l’année dans la grande salle Lumière du Palais. Aguerrie, on se dit qu’arriver à 7h50 pour une projection réservée à la presse qui commence à 8h30 c’est pas déconnant. Mais c’est sans compter sur les tout nouveaux portiques de sécurité qui multiplient le temps de contrôle par deux. La cohue est réelle, les réflexions fusent, on entend qu’à 7h30 « c’est passé tout seul » (tu m’étonnes) et on regarde consternée les agents du palais ouvrir consciencieusement chaque boitier à lunettes trouvé dans les sacs des journalistes accrédités (les consignes ont été données). Lire la suite

Cannes 2017, jour 1 : remonter en selle

Loveless, d’Andrei Zvyaguintsev

Qu’est ce qu’on attend de Cannes ? Avec les années, on devient pragmatique : des bons films et du beau temps. Comme en amour, on espère un peu de chance aussi. Des films qui savent nous cueillir, à la manière d’une jolie fille ou d’un joli garçon ; et sans qu’on s’y attende, parce que la surprise est plus douce. On fantasme des mois sur les soirées, la sélection, l’ambiance. La tension retombe quand le TGV indique 1h15 de retard à l’arrivée (c’est une tradition, je ne vois plus pourquoi on s’étonne). La journaliste bruxelloise qui nous aura servi de compagne de galère pendant les 8h de train soufflera déprimée « quand on va arriver, il va faire nuit, ma réunion sera finie et tout le monde aura déjà mangé » et on peste parce que c’est un peu nul pour une première soirée à Cannes. Mais merde, même de nuit, sans accréditation pour le lendemain, sans avoir dîné, on est quand même à Cannes. Et sortir de la gare, déjà, a des airs d’aventure. Ça y est, on y est. Le chemin est connu, les rues, les néo-starlettes qui sont de sortie, et on traîne sa valise de mille tonnes avec l’enthousiasme sans cesse renouvelé de l’amoureuse de la croisette. Oui, je suis amoureuse de ça, des films qui s’enchaînent, des petits trucs de briscards, des bonnes adresses, des pizzas 8 jours sur 12, des « t’as pas un plan pour cette soirée ? », du buzzzz clac du casier qui s’ouvre et de la fierté même d’avoir toujours le même, de casier.

Lire la suite

« On se voit à Cannes ? »

Question rituelle. Celle qui fait monter l’excitation, avec la publication des Cahiers du cinéma spécial Cannes et les mails du bureau des accréditations. J-1 avant le départ. La valise n’est pas prête mais la liste des rattrapages a été entièrement stabilotée (20 films, tout de même) et l’envie est là. On rêve des rues qu’on connait par coeur, des pan bagnats composés de 30% d’huile d’olive, d’une poignée de cerises sur la page, on rêve de la petite musique de Saint Saëns, du brouhaha dans la salle Lumière, des files d’attente, même, pour la salle Debussy.  Lire la suite

Diesel

C’est une montée d’excitation qui commence en janvier. On sait qu’on y va, on l’a prévu, on réfléchi déjà à quelle coloc rejoindre, à quel canapé on va squatter. On prend ces billets de train hors de prix en se disant que c’est vraiment trop facile de les augmenter comme ça chaque année, la prochaine fois on prendra l’avion. Et puis il y a la demande d’accréditation qu’on remplit avec espoir (en recherchant et rentrant à la main chaque article écrit pour 3 médias pendant l’année précédente). On se dit, c’est la neuvième année, je vais l’avoir le pass, ce n’est qu’une formalité. Mais on a quand même peur de se faire refuser le sésame. Une peur qui s’envole avec le mail tant attendu. « Nous avons le plaisir de vous confirmer votre accréditation presse pour le 70ème festival de Cannes ». Maintenant, on va pouvoir penser aux films et à l’organisation pratique. Lire la suite