Père Castor, raconte nous une histoire…

 

Mia est une grosse « lectrice ». Il n’y a pas une sortie qui ne se termine à librairie et sans qu’on rentre avec un nouveau livre à dévorer. Si elle a ses préférences pour des franchises comme Chamalo, Barbapapa et la collection des Histoires du soir de Disney, elle est aussi curieuse de découvrir d’autres univers avec des animaux qu’elle reconnait sans peine maintenant.

Le journal de moi… maman

 

Quand j’ai fêté l’anniversaire de Mia, il y a quelques jours, j’ai aussi pensé à qui j’étais et ce que je faisais à cette époque, le moment de sa naissance. Quelques mois avant qu’elle ne transforme notre quotidien, j’étais au moins accro à twitter et j’avais enrichi mon univers de plusieurs rencontres virtuelles qui allaient avoir une sacrée influence sur moi dans les années qui ont suivi : il y a eu Alex, Marjolaine et puis Muriel (pour ne citer qu’elles).

Pour Muriel, j’ai suivi, comme beaucoup, ses derniers mois de grossesse via twitter et puis son accouchement (ou juste ce qu’elle en a partagé avec la masse… c’est à dire bien peu finalement), son blog, ses changements de vie, la sortie de son premier livre et maintenant de son second. Nous nous sommes rencontrées plusieurs fois, elle m’a permis de construire sans complexe ma maternité comme j’en avais envie… Et pour ça je la remercie.

Son deuxième livre est donc dans les bacs depuis plusieurs jours et retrace la première année de sa vie de maman. Une année complexe puisque c’est celle où le deuil de la vie d’avant est à faire, celle où le corps se reconstruit (et donc que la fatigue est à son maximum), où l’on remet tout en cause, où l’on découvre un nouvel être qui ne nous quittera plus jamais. Si je garde personnellement un souvenir douloureux de la première année avec Mia (et des multiples épisodes de craquage dont je n’ai pas pu me dépatouiller sans aide extérieure) le livre de Muriel m’a rappelé aussi les meilleures heures de cette année là : les premières fois, la fierté, l’émerveillement, le partage, la redécouverte de ma famille.

Si je suis actuellement entre deux feux (Adam n’a pas fêté ses 1 mois et Mia a maintenant plus de 2 ans), j’ai pourtant dévoré Le journal de moi… maman. Parce que c’est des souvenirs, parce que c’est des espoirs, c’est les raisons qui nous ont fait agrandir la famille et en même temps celles aussi qui me font craindre l’avenir, parce que ce n’est pas tout rose (même si la couverture l’est) et parce que c’est du vécu.

Si il y a une chose que j’admire plus que tout chez Muriel c’est son honnêteté, envers elle et envers les autres. Cette honnêteté lui fait tracer sa route avec la force d’un bulldozer  tout en restant un modèle de féminité… Cette bible est à son image : une année avec un bébé d’un trait comme un shot, les doutes et les peurs, les défauts qui ressortent, les qualités qui se renforcent et derrière tout ça beaucoup, beaucoup d’amour.

Vous aurez compris que c’est une saine lecture que je recommande à 100%, aux mamans, à celles qui se tâtent encore ou à celles qui vont bientôt y avoir droit, et puis aux papas, pourquoi pas, pour que leur pousse enfin la bosse de l’empathie.

Le journal de moi… maman par Muriel Ighmouracène chez Larousse (13,50 euros)

Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ? (Vol.2)

J’avais découvert cette dessinatrice et son univers autour de « Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ? » dans les les pages du magazine Fluide G. mais je n’avais pas sauté le pas de la BD intégrale me disant à tort que le sujet était quand même un peu plombant (surtout quand tu es toi même enceinte). Pourtant ce volume 2 de Véronique Cazot et Madeleine Martin (sorti en septembre) réussi le pari de traiter le sujet de l’avortement avec ce qu’il faut de légèreté et de girly pour justifier son traitement en bande dessinée.

Je ne sais pas si c’est trop un cadeau que je pourrais faire à une amie mais c’est certainement un volume que je vois bien dans les collèges et les lycées puisque le ton est vraiment approprié à des jeunes femmes qui ont besoin de conseils et de neutralité sur ces choix (parce que je vous JURE qu’au collège, elles ont déjà ce type de choix à faire). Et je la garde précieusement pour la laisser traîner subtilement (ou pas) quand Mia aura l’âge d’être concernée. Avec ses personnages et ses témoignages multi-générationnels, elle appelle vraiment au débat et à la discussion entre une mère et sa fille par exemple.

Autre point positif, j’ai eu un coup de cœur sur le dessin girly et agréable parfois bien compensé par des images un peu plus dures (il faut parfois appeler un chat, un chat… et donc le montrer) mais qui rappelle constamment que le propos est actuel et qu’il n’y a pas de tabou à avoir.

Bref, je ne peux pas vraiment vous inviter à vous divertir avec « Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ? » volume 2 dont la thématique principale est la grossesse non désirée et l’avortement mais n’hésitez pas à l’offrir à votre fille ado, votre nièce ou votre cousine, à le commander si vous travaillez dans un CDI ou si vous êtes infirmière scolaire parce que cette BD est définitivement un beau de cadeau de deux femmes aux femmes plus jeunes ou mal informées et certainement d’utilité publique.

Et toi, quand est-est ce que tu t’y mets, Volume 2, éditée par Fluide G. chez Casterman : 10, 80 euros.

La fin du monde avant le lever du jour

Comme toujours, le titre du nouveau recueil du mangaka Inio Asano reflète bien la mélancolie qui circule dans son univers urbain où de jeunes trentenaires désœuvrés cherchent surtout un sens à leurs vies. Découvert il y a quelques années maintenant, avec Solanin et Un monde formidable, j’ai toujours aimé le travail graphique de cet auteur au trait épuré et aux décors inspirés de photos d’où un ancrage extrêmement fort dans la réalité. J’aime encore plus ses personnages qui sont de grands enfants, minces et dégingandés dans des habits disproportionnés comme après une crise de croissance. Cet auteur que j’admire beaucoup (il critique dans ce recueil de nouvelles ses erreurs et les défauts de sa méthode de travail) parle pourtant principalement d’un sujet qui ne me touche pas du tout au premier abord, la grave question de ceux qui ne veulent pas ou n’arrivent pas à devenir des adultes.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être plus âgée, être traitée en conséquence et manger et discuter à la table des grands. Ma maman raconte souvent que vers 2-3 ans je conversais comme une adulte en miniature. Mes premiers souvenirs sont de cet ordre en effet. Et plus tard même, à l’adolescence, je ne flemmardais au lit que pour lire plus, apprendre plus. Avec le recul cela ne m’étonne pas de m’être mariée à 23 ans, puis d’avoir eu un bébé à 25, d’avoir divorcé à 26 et de m’être remariée la même année. Je n’y vois pas là le schéma façon Confessions Intimes qui se détache de ça (et heureusement) mais juste une envie de vivre très fort, quitte à tout bousiller sur mon passage. J’espère bien qu’à 50 ou 60 ans, je pourrais dire que j’ai eu 1000 vies et que je les ai toutes embrassées avec la même passion. Je ne veux pas freiner la machine.

Bien sûr, cette philosophie a ses inconvénients et m’a coupée du monde souvent. Elle implique des sacrifices aussi, invisibles pour ceux qui ne se posent jamais de question. Elle fait souffrir parfois.

Même si je vis dans un monde responsabilités et d’engagements, de prisons dorées plus ou moins cachées, je n’explique pas pourquoi j’aime les portraits en souffrance d’Inio Asano. Peut-être parce que je me retrouve plus dans le travail de l’auteur que dans ce qu’il crée, peut-être est ce ces décors tokyoïtes qui me rendent nostalgiques, peut-être est ce qu’au fond de moi je regrette cette fraîcheur d’esprit, ce je-m’en-foutisme mutin… Mais quand je referme le livre, la conclusion est toujours la même, la réponse à cet égoïsme assumé est immuable : elle n’engendre que la souffrance chez les autres, les adultes qui veulent être adultes, ou ceux qui n’ont pas le choix.

Le voyage est pourtant toujours une parenthèse aquatique dans laquelle je plonge avec plaisir, où je brasse une mélancolie jouissive avant de retrouver le monde « réel », mon monde à moi avec ses deadlines, ses drames domestiques, ses babillages enfantins.

 

La fin du monde avant le lever du jour d’Inio Asano aux éditions Kana, collection Made In.

Sexe, désirs et petites contrariétés

 

Dans le flux incessant de sorties de bandes dessinées, il est parfois difficile de démêler le bon du mauvais. De mon coté, c’est un cadeau que j’aime bien faire même si je mets un point d’honneur à savoir ce que j’offre (je ne pioche pas la tête de gondole de la FNAC). Faîtes moi confiance, si vous tombez sur Sexe, désirs et petites contrariétés au hasard d’un session shopping et que vous avez un cadeau à faire (même si c’est un cadeau pour vous) n’hésitez pas une seconde.

Avec un titre pareil, on s’attend à un énième recueil de blagues lourdes sur la sexualité et pourtant il n’en est rien. La couverture met en place l’ambiance. Sexe, désirs et… est un petit bijou d’humour à froid qui revient sur toutes les pratiques de la sexualité, de l’échangisme au gang bang, du sado-masochisme à la sex-tape, Pluttark (un tourangeau, je ne l’aime que deux fois plus pour ça) décrypte à la manière d’un anthropologue ironique les non-sens de la société de consommation sexuelle d’aujourd’hui, les codes de journaux féminins, les réseaux sociaux et les pires programmes de la télévision. Sans avoir l’air d’y toucher, c’est un univers complexe qu’il dépeint, où le sexe a une place dominante sans jamais tomber dans la putasserie (je pense à une illustration d’échangisme pour impuissants et frigides), parfois critique parfois touchant, toujours humain, et qui touche finalement à plus de réalisme qu’un article socio-sexo de Biba.

Petite cerise sur le gâteau, chaque page porte le nom d’une chanson connue (ou pas, je connais assez mal la carrière de Mireille Mathieu) en rapport direct avec le strip. La playslist n’est pas dégueu et ajoute encore un peu de sel à un univers déjà épicé. C’est le moment de vous faire plaisir.

 

Sexe, désirs et petites contrariétés de Pluttark chez Fluide G. : 13 euros

Restons calmes !

 

J’imagine que vous connaissez tous le dessin facilement reconnaissable de Soledad Bravi puisqu’elle fait partie des illustratrices et dessinatrices qui « comptent » avec ses collaborations pour le magazine Elle, Monoprix, les livres des paresseuses et j’en passe. Personnellement j’aime beaucoup son dessin naïf qui fait mouche, ses sujets féminins bien croqués et la mélancolie (peut-être est-ce juste du réalisme ?) qui transpire souvent de son univers coloré.

Restons calmes ! est l’occasion de pénétrer un peu plus son univers personnel et son histoire en tant que mère d’ados. Je ne suis pas encore concernée (et heureusement) mais je garde encore un souvenir frais de l’expérience de mes parents avec mon frère et ma sœur. C’est pourquoi j’ai été touchée par la tristesse qu’elle exprime en réaction au rejet de ses filles, aux petites phrases qui claquent, au quotidien entre épuisement et consternation.

Avec beaucoup de drôleries et de sensibilité, l’auteure ne cache pas une blessure qu’on devine encore à vif. Elle se découvre peu à peu à nous et les cases d’introduction qui rappellent ce qu’on peut lire cette saison dans les journaux féminins (je suis grosse donc je me mets au sport) cache en fait des raisons beaucoup plus complexes et humaines. Comme s’il fallait une justification futile avant d’aborder les sujets qui fâchent, comme s’il fallait s’excuser de sa gravité de peur de perdre son public.

J’ai passé un très bon moment avec cette bande dessinée de Soledad Bravi. Je pensais me vider le cerveau et c’est au contraire, et tant mieux, des quantités de questions qui se sont imposées à moi. Maman d’ados ou pas, je vous conseille la lecture de ce Restons calmes ! qui trouve sa place sans problème dans ma bibliothèque entre les petits bijoux de Margaux Motin… Les mamans changent de visage par la BD et ça fait du bien.

 

Restons Calmes ! de Soledad Bravi, chez Casterman : 15 euros

Une semaine sur deux – Pacco

Pendant ma grossesse, j’ai cherché à tout prix le moyen d’intéresser Thomas au sujet à travers les livres… comme si son temps de lecture avait un rapport avec son implication. Manque de chance, les guides Marabout et autres encyclopédies de la parentalité c’est pas trop son truc. Pourtant quand je lui ai offert les deux premiers tomes de Maé, son visage s’est illuminé. Je crois que même si il ne s’est pas toujours retrouvé dans ce papa gameur, la relation touchante entre celui ci et sa fille, presque fusionnelle, lui a donné un exemple et un but concret.

Avec les années, Mia grandit avec Maé, nous avec Pacco (ils ont quand même beaucoup d’avance). On s’étonne à répéter partout que notre fille est la petite fille la plus drôle du monde et ses « blagues » nous font mourir de rire en vrai. Rien n’est alors plus réaliste et plus concret que ce père qui lègue à sa fille un medley de ses meilleurs moment, même si le personnage avec les années a échappé de plus en plus à la réalité pour l’amour de l’art.

Pacco est désormais séparé de sa compagne (plus connue sous le nom de « Sté ») et Maé ne passe plus qu’une semaine sur deux avec son père. Une page se tourne, autant pour les lecteurs qui suivent leur histoire depuis des années maintenant, que pour cette famille. De nouvelles marques sont à prendre et pour autant qu’on puisse en voir, Pacco est toujours le meilleur père du monde (ex aequo avec Thomas quand même) avec ses qualités et ses défauts qui le rendent unique.

Bien sûr que la vie n’est pas aussi simple qu’une BD. Mais celles ci, des premières années de la petite fille jusqu’au récit de papa célibataire à mi-temps embellissent un quotidien partagé par beaucoup. Une belle façon de mettre de la légèreté dans les épinards.

Une semaine sur deux aux éditions Fluide G., déjà disponible au prix de 14 euros.

Rencontre avec Margaux Motin et Pacco

A l’occasion de la sortie de leur BD commune, Very Bad Twinz, les jumeaux maléfiques de la toile, m’ont accordé quelques minutes de leur temps. Difficile de savoir comment interviewer ces deux trublions, j’ai donc opté pour un portrait chinois, une façon ludique et rapide d’en apprendre le maximum sur ces deux phénomènes.

 

Si vous étiez un animal ?

Pacco : Un ours.

Margaux : Une chatte.

Pacco : Nan, dis pas de conneries, tu serais une marmotte, radasse.

Margaux : Une chatte-marmotte alors. Une charmotte.

Si vous êtiez un homme ou une femme politique ?

Pacco : Aucun

Margaux : Personne. J’existerai pas.

Si vous étiez une couleur  ?

Pacco : Noir.

Margaux : AAAAAHHHH. JE SUIS PAS BIEN, JE SAIS PAS QUOI CHOISIR. L’arc en ciel !

Pacco : J’attendais de savoir à quel moment t’allais craquer…

Margaux : Chantilly ! Straciatella !

Si vous étiez un plat ?

Pacco : Le Bo-bun.

Margaux : (long silence). le plat de ma mère, là, c’est quoi ? Irish stew !

Pacco : Ah ouais d’accord ! Bah moi je choisis le columbo d’accras de manioc (il le prononce avec l’accent) alors.

Margaux : C’est un genre d’osso bucco, c’est délicieux. Tiens, mets osso bucco à la place.

Si vous étiez un jouet ?

Pacco : (imite une vibration et tape compulsivement sur la table) un jouet pour adulte.

Margaux : Un jouet pour grandes filles, c’est ça ? Je serais la poupée de Buzz L’éclair. Ou la copine de Stitch mais je sais plus son nom. Quel jouet de ma fille, j’ai envie de lui piquer ? Oh, la poupée Jessy.

Pacco : C’est même pas à ta fille, c’est à toi ça.

Si vous étiez une fringue ?

Margaux : Oh, une paire de godasses. Un slip d’homme !!

Pacco : La chaussure gauche d’une paire de Timberland.

Si vous étiez l’autre ?

Pacco : je serai une grosse salope.

Margaux : je le suis déjà ! Moi, si j’étais toi, je ferais pipi partout tout le temps tellement je serai contente d’avoir ton pénis.

Pacco : Tu toucherais ma bite ?

Margaux : Ouais grave.

Pacco : Moi je me foutrais à poil et je me collerais sur une vitre pour te foutre la honte. Sérieux, là. YOUHOUUU !

Margaux : Mais en fait, je serais pareil que comme tu es parce que je te trouve parfait.

Pacco : PAREIL ! PAREIL !

Si vous étiez une BD ?

Margaux et Pacco : (montrent Very Bad Twinz) celle là !

Je suis sortie ravie de cette rencontre, à la fois simple, délirante et humaine et c’est avec une générosité non feinte que ces deux là nous font partager leur talent. Je vous conseille donc, si vous n’êtes pas encore accro de filer jeter un œil sur les publications web de Margaux et celles de Pacco (ici et ici). Very Bad Twinz est déjà disponible dans les librairies et l’album de Pacco Une semaine sur deux, sur la suite de ses aventures avec Maé est à paraître pour le début de l’année prochaine.

Very Bad Twinz

LA CHRONIQUE D’ELO : Il y a quelques jours, L. m’attendait lascivement sur son canapé. Après le travail, je devais passer chez elle faire des bisous au bébé et récupérer une bande dessinée gentiment envoyée par Fluide G, Very Bad Twinz. Premier album à 4 mains et 20 orteils des célèbres blogueurs Margaux Motin et Pacco.

Gomar, démon bonnasse capable de changer une souris en sac à main, et Pacco, ancienne star du Rock mort en pissant, sont 2 démons aussi différents que BFF. Leur chef (ressemblant étrangement à Florence Foresti) les envoie sur Terre. Et là, le bordel commence… Résumé très succint je vous l’accorde, mais je ne souhaite pas spoiler les amateurs du genre.

Reconnus et adulés par des fans hystériques chassant le premier commentaire à chaque nouvel article, Margaux Motin et Pacco ont souvent fait profiter la blogosphère de leur collaboration. Au fur et à mesure de leurs publications, les lecteurs fidèles ont vu naître ces Very Bad Twinz sur la toile. Un peu familière de leur univers respectifs, je me suis lancée dans la lecture de ce 1er tome avec envie, curieuse de savoir où ces deux-là allaient m’emmener. Dès les premières pages, je me retrouve en terrain connu. Le trait de chacun m’est familier, leur humour est resté intact, peut-être même trop. Les pages défilent et l’histoire prend forme. L’ennui, un peu aussi. L’humour scato de Margaux Motin finit vite par me lasser. L’humeur râleuse de Pacco, également. J’ai plutôt le sentiment d’être spectatrice de leur délire à eux, de leur private joke. Finalement, l’intrigue de ce 1er tome se résout assez vite, pour essayer de laisser place au suspense et à la frustration. Le lecteur fan restera sur sa faim je pense, le lecteur lambda aura tout de même, comme moi, envie de se laisser convaincre par le 2ème tome. La suite, donc, au prochain numéro.

L’AVIS DE LUCILE : Fidèles à leurs univers complémentaires et aux ingrédients qui ont fait leur succès (imagerie sexy trash pour Margaux Mortin, street culture pour Pacco), les deux dessinateurs et scénaristes livrent un Very Bad Twinz très attendu par les amateurs. Ce premier tome (d’une future trilogie) est une tornade et il apparaît évident, à la lecture, que les deux trublions partagent avec plaisir une culture du « trop » : trop énergique, trop scato, trop référentiel, trop hystéro. Le résultat est alors à cette image… jouissif, accrocheur et… un peu fatigant.

Chroniques d’une mère indigne

Basée sur les célèbres Chroniques d’une mère indigne, le blog de Caroline Allard, la BD de Sophie de Villenoisy et de Anne-Olivia Messana est un condensé de maternité échevelée, de gentilles mesquineries et de fraîcheur enfantine (oui, c’est comme ça qu’on appelle aussi les petites réflexions qui foutent la honte devant des inconnus ou dans les lieux publics). Dans le fond, on sent de vraies anecdotes qui sentent le vécu, les heures de procrastination à cause de l’épuisement et les autres à courir dans tous les sens. Avec ses deux filles, elle cherche autant à réussir l’éducation de ses enfants qu’à ne pas oublier sa féminité et son humanité sans être une wonderwoman et surtout sans une éclatante réussite. Car ce personnage de maman est avant tout une looseuse et c’est la raison principale de son coefficient sympathie.

La couverture, par ailleurs beaucoup plus fluo dans la vraie vie (ma fille a scotché dessus de longues minutes me permettant de finir de laisser sécher une manucure – on notera le double emploi), m’a d’ailleurs étrangement rappelé l’affiche de Mais comment font les femmes, sorti récemment au cinéma. Si vous vous rappelez de mon avis sur ce film, sachez que Chroniques d’une mère indigne développe tout à fait des idées inverses et ne peut donc pas être plus en phase avec la maternité d’aujourd’hui. Celle que je vis, d’abord mais aussi celle que j’imagine que vous vivez (ou vivrez si vous ne vous y êtes pas encore mises). Une maternité faîte de tâtonnements, de concessions, de doutes et de moments pas super glorieux en échange de quelques moments de grands bonheurs ou de supers fou-rires.

Un bémol ? Peut-être pour la volonté de découpage en gags de ces anecdotes du quotidien qui, malgré leurs saveurs, ont parfois des chutes assez faibles (voire inexistantes). C’est en tout cas l’avis de monsieur Le papa de Mia, qui n’est ni une mère ni indigne (et qui est toujours offusqué quand les pères n’ont pas la part belle dans les publications sur la parentalité). Mais n’oublions pas que Chroniques d’une mère indigne, aussi réaliste soit-il, est avant tout un divertissement et c’est donc à ce titre que vous ne devez pas hésiter à l’offrir à vos copines actuellement en galère maternelle ou à vous le faire offrir, pourquoi pas, il n’y a jamais de mal à se faire du bien.

Chroniques d’une mère indigne aux Editions Jungle, 12 euros.