Un week end à La Ribeyre

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Ce week-end, ma petite famille a eu la chance d’être invitée au camping La Ribeyre à Murol. Sachant que je n’ai pas de vacances cette année, j’étais ravie de pouvoir passer quelques jours au vert, à trois quarts d’heure de Clermont-Ferrand, au cœur de mon Auvergne chérie. Lire la suite

Nos grandes vacances

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« La vie n’est pas ce que tu crois. C’est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu’on grignote, assis au soleil. »

Jean Anouilh, Antigone

L’été approche. Il est presque là. Les jours rallongent. On a des envies de glaces, de salades en terrasse, de pique-nique et de barbecue, de jupe et de sandales. Lorsque nous mettons Théodore au lit il fait encore grand jour. Il y a, bien rangés dans son placard, des shorts, des débardeurs, des chemisettes « pour cet été ». Quand je regarde notre famille, notre fils, cette vie que nous construisons je ne peux m’empêcher de penser à notre avenir, à ces petits riens de notre quotidien qui vont devenir des habitudes. Théodore grandit si vite. Le voir découvrir le monde qui l’entoure est un spectacle qui ne cessera jamais de m’émerveiller. C’est souvent l’occasion pour moi de me rappeler mon enfance et d’en parler avec le père de mon fils. Nous partageons nos souvenirs avec beaucoup de tendresse et, en ce mois de juin, c’est l’arrivée de l’été qui occupe toutes nos pensées.

Cette « mythologie des grandes vacances » a au moins autant d’importance dans sa mémoire que dans la mienne, même si nos expériences sont très différentes. J’aime cette expression : les grandes vacances. Je me souviens des derniers jours de classe à l’école primaire. La kermesse, le spectacle, la remise des bulletins, tout a déjà un parfum d’été. Les journées sont comme baignées dans une lumière ouatée, les heures si longues en deviennent délicieuses tant elles nous rapprochent de la liberté. Des grandes vacances. Les tout derniers jours d’école on ne travaille plus vraiment. On fait des jeux, la maîtresse elle-même porte une robe, tout est plus doux. On quitte ses camarades le cœur léger en priant très fort pour être dans la même classe à la rentrée. Les uns ont une maison au bord de la mer, les autres partent retrouver leur père à 500km, certains vont au bout du monde. Et pour d’autres, l’horizon des grandes vacances sera celui du quotidien. Ils ne partiront pas.

 Dans ma mémoire, les étés de mon enfance ont tous été ensoleillés et brûlants. Est-ce parce que les enfants maudissent moins la météo grise et pluvieuse, qu’elle les indiffère tant elle est finalement sans importance ? Il y a probablement eu des jours de pluie et des orages, mais je les ai oubliés. La mémoire de l’enfance est sélective.

J’étais fascinée par ces familles qui parcouraient des centaines de kilomètres en voiture pour rejoindre leur lieu de vacances au bord de la mer. J’imaginais les journées à la plage, les siestes tièdes, le sable qui colle et que les petits pieds d’enfants distillent un peu partout dans la maison, comme de minuscules pépites. J’aimais l’idée d’un lieu qui rassemble, d’une maison que l’on doit « ouvrir » chaque année. Les placards que l’on remplit, les jouets de l’année passée qui ressurgissent, les habitudes que l’on retrouve. Les étés des autres je les imaginais comme dans un livre de Marcel Pagnol. Des journées faites de promenades et de salades composées, de lecture à l’ombre d’un arbre et d’explorations dans les herbes hautes.

J’ai eu la chance de faire de magnifiques voyages, de partir très loin. Je découvrais d’autres pays, d’autres peuples. Je prenais l’avion pendant plusieurs heures et cela, je crois, me rendait fière. L’été j’allais en colonie, je rejoignais des amies au bord de la mer, je faisais du cheval. Je jouais dans mon jardin et mangeais des glaces chocolat-pistache. Mais je n’ai jamais connu, ou alors si peu, les « grandes vacances » en famille. Mes étés n’en étaient pas moins beaux, pas moins riches. Je crois que j’aimais justement qu’ils ne ressemblent pas à ceux de mes camarades. Mais, et c’est paradoxal, je rêvais aussi de connaître la belle normalité des étés des autres.

Nous nous apprêtons à vivre nos premières vraies grandes vacances en famille. Nous allons prendre la voiture et parcourir les quelques 700km qui nous séparent de la maison où nous passerons trois semaines. Une maison chargée d’une autre histoire que la nôtre mais où nous construisons des souvenirs, au fil des séjours. Elle est le point d’ancrage qui rassemble des êtres qui se sont choisis pour former une famille.

J’imagine la préparation des valises, la route au petit matin, les arrêts fréquents puis l’arrivée au bord de la mer fatigués mais heureux. J’attends impatiemment ces jolis jours. Le quotidien de l’été est si différent. Les journées s’articulent autour des repas, des temps de repos des plus petits, des sorties à la mer ou au lac. Après le déjeuner, chacun a un rôle bien déterminé et le ballet se déroule dans la moiteur du début d’après-midi. Les enfants rechignent à aller à la sieste mais la perspective de la plage raisonne les plus entêtés. Les adultes prolongent le café. Les uns rangent, les autres s’installent sur un transat sous un arbre et feuillètent un livre. Puis un sentiment propre à l’été les gagne, plus subtil que la fatigue : la langueur. Tout le monde finit par aller rejoindre la fraîcheur des chambres. Le soleil brûlant à cette heure-ci ne laisse de répit à personne, alors on ferme les volets. Et on somnole. Comme les heures chaudes semblent longues pendant les grandes vacances.

Puis ce sera l’heure d’aller se baigner. On court après les chapeaux, le râteau, la pelle. On emporte le goûter, de l’eau, un ballon. Il y a aura des châteaux de sable, des éclaboussures, de la crème solaire. Un joli petit garçon qui court dans le sable et rit de sentir les grains se faufiler entre ses orteils et lui chatouiller le cou. Il trouve l’eau froide et s’agrippe un peu au cou de celui qui le porte. Puis on s’amuse, on rit, on joue. Le chocolat des gâteaux a fondu dans le sac et les petites mains qui les attrapent en sont couvertes. Mais c’est l’été alors rien n’est grave.

Je me réjouis de penser que mon fils aura ici ses habitudes, peut-être même un jour des copains avec qui il fera du vélo ou prendra des cours de voile. Je l’imagine déjà le teint joliment hâlé, ses petites épaules comme celles de son père : constellées de taches de rousseur. Notre bonheur ce seront ces taches de rousseur, ces siestes ensoleillées, ces 700km de voiture.

J’espère aussi qu’il y aura des voyages au long cours, des avions pour le lointain. Je veux lui tenir la main lors de son premier décollage, le voir être émerveillé par un paysage à l’autre bout du monde, l’entendre rire avec un enfant dont il ne parlera pas la langue.

Ce seront les grandes vacances de Théodore, les nôtres aussi. Je voudrais qu’elles ancrent la mémoire de son enfance dans des souvenirs joyeux. J’aimerais qu’il se rappelle cette maison aux volets rouges et la tiédeur du lac. Et que toujours il se souvienne comme les vacances de sa jeunesse étaient belles.

Un jour j’irai à Samburu avec toi

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Il m’a suffi ce matin de plonger le nez dans ce sachet de thé, de fermer les yeux et de me rappeler. J’ai reconnu l’odeur et j’ai vu les arbres, le fleuve, les lions, les gens, la terre ocre, des zèbres aux oreilles rondes et des antilopes qui se prennent pour des girafes.
Un jour, j’irai à Samburu avec toi.

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J’ai deux ans et demi, un peu soif, et je suis assise à l’arrière d’une jeep avec ma mère et ma sœur. Dehors le ciel est bas, un zèbre nous regarde. Dans mes souvenirs, c’est là que ma vie a commencé. Comme ces rêves dans lesquels on ignore comment on s’est retrouvé là, prenant une histoire en cours. Cette scène marque le début de mon histoire. Ma sœur me donne un biberon d’eau. Nous sommes au Kenya. J’ai oublié tout le reste mais il me reste ça.

Samburu est une réserve située au nord du Kenya. Le chemin est long, la destination se mérite. Les heures s’étirent et pourtant ce soleil bas semble ne jamais décliner. Je vois ici des animaux que je ne croiserai nulle part ailleurs : un zèbre de Grevy, le plus grand des équidés sauvages, oreilles rondes et rayures fines. Il y a aussi des girafes réticulées avec leurs grandes taches marron clair. Ceux qui s’y connaissent en girafes vous diront que ce sont les plus belles. Je vois un léopard dans un arbre et me rappelle cette phrase du film American Beauty : « Il y a tellement de beauté dans ce monde que c’en est insoutenable. » Deviner derrière un buisson ou une herbe haute un félin alangui. Sentir son souffle se suspendre un instant de le trouver si beau. D’une perfection que seule la nature peut engendrer.

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J’ai eu la chance de séjourner dans un très beau camp au bord de l’Ewaso Ng’iro, une rivière tumultueuse qui prend sa source sur le mont Kenya. Les éléphants s’y abreuvent et les crocodiles font parfois quelques apparitions menaçantes. Le silence bruyant de la nature pendant la nuit, ces bruits qui déchirent l’obscurité. C’est un endroit unique.

Je pourrais, pour évoquer le Kenya, parler de mille et un autres lieux. Le lever du jour en montgolfière au dessus du Masai Mara un matin de septembre. Ici le jour se réveille, le ciel baille et s’étire. La lumière inonde patiemment la terre. Les animaux de la nuit, de la fraîcheur, disparaissent (où vont-ils ?). C’est un monde nouveau qui éclot en même temps que le jour.

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Il suffit parfois d’un rien dans une journée pour que le Kenya m’engloutisse. L’air frais du matin alors que je sors de chez moi. Cette odeur de l’air frais, si je ferme les yeux, me rappelle l’aurore kenyanne avant de partir en safari. Le ciel rougeoyant au dessus de la campagne, quelques mots de swahili entendus au hasard d’une rencontre. J’ai commencé à prendre des cours il y a quelques années et arrêté à regret. L’aventure vénitienne se profilait et j’ai dû choisir. On ne devrait jamais avoir à choisir.

Ce pays, je ne l’idéalise pas. Et je n’occulte ni ses habitants, ni les événements qui ont fait la une de l’actualité ces derniers mois. J’ai été une touriste. Une voyageuse curieuse oui, mais de passage. Quelques jours, semaines, où j’ai emmagasiné des souvenirs pour une vie entière. Simplement, pour connaître un pays et son peuple il faut partager son quotidien. Alors je connais du Kenya ce qu’il a bien voulu partager avec moi. Mais ce n’est qu’un début, nous allons nous revoir.

J’y pense presque chaque jour. C’est inexplicable. Je suis tombée amoureuse du Kenya et j’y reviens toujours. À la question « où allons-nous ? », je devrais répondre « Le Japon, le Pérou, l’Écosse, la Finlande ». Et pourtant je dis systématiquement « Le Kenya ». C’est une telle évidence, je ne la justifie pas. Comme le dit l’écrivain Michel le Bris il ne s’agit finalement que de « l’éblouissement d’une beauté absolue ».

On ne connait vraiment un pays qu’en y vivant. Cela me semble inimaginable. Et pourtant… Un jour j’irai à Samburu avec toi. Notre fils, notre petit aventurier, ouvrira de grands yeux émerveillés. Je serai pilote de montgolfière et tu écriras des romans.

Je me suis lavée les cheveux face au Kilimandjaro. J’ai posé ma main sur la terre à côté de l’empreinte d’un lion. J’ai été très heureuse et le souvenir de cette joie continue de me combler.

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Dans mon coeur, des images de Tokyo

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Presque déjà un an, que nous sommes allés à Tokyo. Tokyo, cette ville que j’adore avec ses contradictions et sa magie. Une mégalopole urbaine qui cache des trésors de petits villages traditionnels encastrés dans les immeubles et étouffés par les fils électriques qui pendent au dessus des rues. Tout m’attire dans cette ville. Le calme, le bruit, la beauté, les lignes. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Tokyo est une ville qui laisse respirer. On a aperçoit toujours un bout de ciel et des jardins magnifiques, on aperçoit toujours un bout de soi.

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C’est sous cet arbre justement (situé au beau milieu du parc Yoyogi) que j’ai proportionnellement passé le plus de temps à Tokyo. Le parc Yoyogi est le plus grand Tokyo, à son entrée on y découvre le très traditionnel temple Meiji Jingu. Et, au beau milieu de la ville, le vrai repos de l’esprit et des sens. Oui, j’en ai passé du temps, allongée dans l’herbe, à lire ou juste à contempler le ciel, à écouter les bruits (ou les non-bruits) de la ville. J’y ai fait ce qu’on ne fait justement pas du tout quand on visite une ville étrangère et si loin, j’ai juste sorti mon livre et j’ai lu.

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À Tokyo, si l’on peut prendre de la hauteur pour admirer sa beauté, on peut aussi prendre de la distance. Je l’ai fait en voguant sur la baie de Tokyo, un jour de grand soleil. C’est une vision particulière de la ville, que celle de l’admirer à travers la vitre d’un transport en commun. Et c’est un peu bizarre de dire que j’aime le Japon de la fenêtre d’un shinkansen (TGV japonais) ou de l’équivalent de leur RER mais c’est vrai. On voit des gens à leur fenêtre, on voit le linge qui sèche, les vélos à l’entrée des immeubles, même le chat qui se lèche sur un balcon a des allures de clin d’œil. À toute allure, on a l’impression de voir ce qu’on ne voit jamais et même d’en faire partie… et toujours, le trajet en train de l’aéroport à la ville me colle la larme à l’œil (« Tadaima ! » je pense très fort cette phrase rituelle qu’on dit, après une journée de travail, quand on rentre à la maison)

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Une autre chose que j’aime au Japon, c’est le sens du détail. Cette boîte aux lettres est située à l’entrée du zoo d’Ueno (au beau milieu du parc Ueno). Elle représente un panda parce que c’est l’emblème et la fierté de ce zoo (ils ont eu un couple de pandas, décédés en 2008, et remplacés en 2011). C’est le plus vieux zoo du Japon (il a été fondé en 1882) et c’est aussi un des plus familiaux et conviviaux que je connaisse (et croyez-moi, je ne manque jamais une occasion de visiter un zoo). J’y ai mangé un riz au curry à tomber par terre, y ai bu des litres de thé glacé en me promenant parmi les écoliers en uniforme. J’ai du mal à expliquer pourquoi, mais ce zoo est magique.

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Ça peut paraître étrange, mais pour moi, le Japon c’est le pays du donut. J’y ai découvert la franchise Krispy Kreme à Shibuya et, depuis, j’y reviens comme une junky en manque. En fait, comme chez Mos Burger (LA franchise de fast food au Japon), Krispy Kreme est une adresse de gourmandise absolue mais aussi de calme et de volupté. Comme je suis foncièrement convaincue qu’on ne connait pas un pays tant qu’on a pas goûté ses chaînes de fast food, je suis aussi convaincue qu’il est impossible de ne pas tomber amoureux du Japon après avoir mis le pied dans ses deux adresses. On y laisse son sac à main sur la banquette pour aller aux toilettes (dans LE quartier le plus populaire et le plus fréquenté de la ville) pendant que les serveuses vous amènent le plus délicieux des thés glacés (à agrémenter de sirop de gomme) à table. Ce sont des endroits pour laisser filer le temps (et à un prix plus que raisonnable en plus).

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Tokyo, c’est ma ville-mère. Là, où je me retrouve. Là, où si loin de mes attaches et des mes origines, j’arrive à prendre le recul nécessaire pour voir le chemin qu’il faut prendre. Je n’ai même pas besoin de visiter des dizaines de temple, d’acheter des guides touristiques, je laisse mes souvenirs et les images qui me hantent guider mes pieds. Cette ville où je n’ai jamais vécu (et où je n’habiterais sans doute jamais) a du sens pour moi, elle est pleine d’anecdotes, de films, de livres, de noms. En elle, je m’enferme en moi. Enfin, je sais ce que je veux. Ce que je veux manger, où je veux aller, la poésie furtive d’un pont du parc Ueno, l’émerveillement du quartier des chats (et où je n’arrive pas à m’empêcher de vouloir les caresser tous… heureusement qu’ils ont l’habitude), la beauté des cimetières. Tokyo, aussi bête que cela puisse paraître, c’est un peu de moi.

Il y aura toujours Venise

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« Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés où la vue d’un pays agit sur nous, comme un grand musicien sur un instrument banal qu’il révèle, à proprement parler, à lui-même » Jean Grenier, Les Iles.

Je parlerai un jour du Kenya mais avant cela j’aimerais écrire sur Venise. Je ne raconterai pas ici les bonnes adresses et les lieux de balade, quel vaporetto prendre pour aller à San Michele ou le meilleur endroit pour boire un Spritz. Venise est l’un de ces lieux qui m’ont faite, parfois défaite, en tout cas construite.
Et c’est avant tout une histoire de femmes. Ma mère adore Venise, et le mot d’adoration n’est pas trop fort. Elle a aimé Venise avant d’y venir, comme on aime d’amour celui qu’on espère mais ne connait pas encore.

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Première fois, j’ai 12 ans. Je me souviens de la lumière et d’un soleil brûlant. Nous sommes en juillet et la ville déborde de touristes. Nous louons un appartement dont la terrasse donne sur le grand canal et découvrons la ville : des kilomètres de marche, des églises, des détours et quelques égarements. C’est aussi le temps de la première visite à la collection Peggy Guggenheim. Je ne le sais pas encore mais bien des années plus tard je travaillerai ici.
La Fenice, l’opéra de Venise, a brûlé quelques mois plus tôt. Les vénitiens déposent fleurs et offrandes comme ils le feraient au chevet d’un moribond. Le regard vide, certains essuient une larme. Je trouve cela triste mais aussi follement romantique. Nous avions acheté des billets et la représentation est donnée en dehors de la ville, sous un immense chapiteau.

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De ce premier séjour je garde la saveur des spaghetti à l’encre de seiche, des chats si nombreux et de ces ciels d’orage inimaginables. Je me rappelle aussi Titien et Magritte, merveilleux et inattendus. Ce voyage fut aussi celui de la découverte de Torcello, petite ile lointaine avec sa cathédrale en travaux et sa soixantaine d’habitants. Je la découvre sous un soleil de plomb mais nous déjeunons à l’ombre des arbres. Après le repas, à l’heure la plus chaude, je joue avec un chat tigré. J’ai 12 ans mais je suis encore une petite fille qui fait la roue sur les places et dévore des glaces au citron.

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Il y eut ensuite d’autres séjours et d’autres rencontres. Venise devient familière, j’apprends à la connaître mais il me faudra du temps pour la comprendre. La Fenice reconstruite nous écouterons Verdi, de nombreux travaux à Torcello rendront à mon île précieuse un pont, un chemin de pierres et les échafaudages disparaîtront du clocher. Ma mère et moi y retournerons souvent toutes les deux, ou avec d’autres.
En 2010, après une année difficile, septembre s’annonce et Venise avec lui. Nous nous rendrons à Torcello pour accomplir ce qui attend depuis 13 ans déjà. Ma mère me demande si je veux dire un mot, je réponds que non. Elle ne dit rien non plus. Le vent disperse les cendres et la surface de l’eau se teinte de gris. Nous restons là quelques minutes, le regard porté vers l’embouchure du canal. Ce verre de prosecco que nous dégusterons quelques heures plus tard nous le lèverons à la santé de ma grand-mère, désormais vénitienne.

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Et puis…Et puis je suis partie à Venise pour y vivre et y travailler. Étrangement j’ai détesté les premières semaines. L’absence d’horizon et de perspective me donnait l’impression que la ville se refermait sur elle-même et surtout, qu’elle était en train de m’avaler.
Les premiers éblouissements (légitimes, évidents, inévitables) passés je découvrais une ville rude, difficile, véritablement oppressante à force de ne pas l’être
Ce sentiment d’être toujours au milieu d’un décor de théâtre peut être complètement déstabilisant. Bien évidemment, des gens vivent derrière ces façades et ces murs, mais il pourrait tout aussi bien n’y avoir personne… Qui sont donc ceux qui vivent ici et gardent si jalousement leur secret ?
Les soirées à boire des spritz se terminaient souvent tard et j’ai découvert les joies des retours nocturnes. L’église des Frari était terrifiante la nuit : énorme, vorace, effrayante.. L’atmosphère y est unique mais tout ce qui est si beau le jour devient menaçant, comme un gigantesque théâtre d’ombres. Les semaines ont passé. J’ai appris à aimer Venise autrement.

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J’ai vécu à Santa Croce puis sur la Giudecca. J’allais travailler chaque matin en vaporetto et dégustais des bellini en terrasse. J’ai vu Venise se noyer dans le brouillard ou disparaître sous la neige. J’ai été au cinéma voir Le discours d’un roi en italien, dans une salle que j’ai mis des heures à trouver. Et surtout, j’ai travaillé dans ce musée qui est pour moi l’un des plus beaux du monde.
Des amis sont venus me voir et je leur ai ouvert les portes de mon monde et de cette ville qu’ils ne connaissaient pas. J’éprouve toujours un plaisir immense à partager ce que je sais de Venise avec ceux qui s’y rendent pour la première fois. J’aime leur parler des Zattere au coucher du soleil ou des cyprès de San Michele. J’aime leur dire de pousser la promenade jusqu’à l’Arsenale et de prendre le temps de se perdre.

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Je suis tombée amoureuse d’un homme que j’ai fait tomber amoureux de Venise. Nous y avons (déjà !) tant de souvenirs. Tous les deux d’abord puis avec la promesse d’une vie à trois, j’ai vu tout ce que je connaissais si bien sous une lumière nouvelle. Et c’est avec un sourire ému que je pense au jour où Théodore fera la roue campo San Stefano et demandera une glace au citron.

J’aime tout de Venise, j’ai la mémoire de ses pierres et de son ciel. J’entends encore le bruit de l’eau et le murmure de la ville. Et je compte les jours qui nous séparent encore.

Cartes postales de Dublin

imma2Irish Museum of Modern Art, Imma

Pour clore cette série d’articles sur Dublin, je vous propose une petite sélection photo de ce qui restera les images marquantes de mon voyage. Ce sont mes photos cartes-postales, j’espère qu’elle vous plairont autant qu’à moi.

ecureuilCet écureuil a été croisé dans le très beau parc St Stephen’s green

bookshopPanneau de la librairie voisine de l’office du tourisme

fac?adeAu hasard de mes promenades dans la ville, cette façade d’immeuble… (impossible à replacer sur une carte par la suite malheureusement)

bullyacresBully’s acre, le plus vieux cimetière de la ville

fac?ade2Les briques qu’on retrouve dans toute la ville

ulysseFaçade taggée aux couleurs d’Ulysse de James Joyce quelque part à l’entrée du quartier de Temple Bar

tagDétail d’un tag au beau milieu du lieu créatif et festif The Bernard Shaw (Richmond Street)

wafflesVitrine d’une boutique de gaufres au milieu de la George’s Arcade

o'neill'sPorte du pub O’Neill’s où l’on peut manger à toute heure des pièces de viandes grillées gargantuesques

fishandchipsLéo Burdock, meilleur fish and chips de la ville

immaFaçade intérieure du Irish Museum of Modern Art

powerscourtVue intérieure du très beau bâtiment commercial Powerscourt

littlemuseumUn coup de cœur pour le musée et le guide du The Little Museum of Dublin

sttheresaÉglise Sainte Teresa (Clarendon Street)

brooks1Bien accueillie au Brooks Hôtel

(Pour en apprendre plus sur l’Irlande ou préparer votre voyage, n’hésitez pas à visiter le site www.irlande-tourisme.fr)

Celle qui n’avait jamais parié sur une course de chevaux

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J’assume sans peine cette lacune : avant cette semaine, je n’avais jamais parié sur une course de chevaux. Je ne comprends rien au PMU, je n’aime pas vraiment l’animal, c’est un univers qui m’est complètement hermétique. Et pourtant, je me suis laissée gagner (parce que pour ce qui a été de gagner mes paris, ça a été beaucoup moins évident) par l’ambiance électrique du champ de course de Leopardstown.

Pour fêter le nouvel an et dans le cadre du gathering, une succession de courses exceptionnelles (quand on s’y connait un peu) a donc réuni les afficionados dans les gradins et les notables dans les suites, privilégiés tout en brushing et chapeaux dont j’ai pu faire partie.

En dehors même du lieu et de la raison de notre présence ici, il y a quelque chose de grisant à se faire applaudir par une salle de nantis. L’équipe média dont je fais partie a, en effet, été chaudement remerciée plusieurs fois même si certains d’entre nous étaient jetlaggés à l’extrême et que personne n’était habillé pour l’occasion (il faut dire qu’on sortait tous de l’avion).

Grisée par le moment et par la sensation que tout ce que je ferais de mal ou d’un peu ridicule me serait instantanément pardonné, j’ai joué avec candeur des billets de 5 euros sur les chevaux les plus prometteurs à mon sens (CHAQUE cheval sur lequel j’ai joué a fini deuxième). Et puis nous avons commencé à parier directement à table, entre nous (pour obtenir de meilleurs côtes).

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Il faut savoir que la course de chevaux (et le pari en général) est une institution en Irlande. C’est une sortie familiale comme un lieu de sociabilisation reconnu entre bookmakers à casquettes et dames du monde tout en chignon. On y trouve une quantité de foodtrucks servant bières pression, saucisses,  frites et spécialités locales mais aussi des restaurants chics (là où j’ai mangé, même si l’odeur d’oignons grillés des camions à l’extérieur m’a chatouillé les narines plus d’une fois) et des pubs traditionnels.

Le spectacle est à la fois sur le champ de course (même si chaque course ne dure que quelques minutes à peine) et à l’extérieur, là où on peut apercevoir la pièce de pesée des jockeys, où les chevaux sont présentés à la foule avant la course et où les gagnants, leurs entraîneurs et leurs sponsors viennent parader.

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Il y a vraiment quelque chose de grisant à entendre la clameur d’une foule gonfler quand arrive la dernière ligne droite. C’est aussi amusant de se frotter à quelques minutes d’intervalle aux plus hautes strates de la bonne société irlandaise (qui joue directement à table des liasses de billets de 50 euros) et aux passionnés moins aisés. Il y a ce culte aussi, et dont j’ignorais tout, des jockeys et des chevaux. J’ai adoré surprendre les conversations surréalistes des dames en manteaux de fourrure aux toilettes autant que j’ai souri jusqu’aux oreilles quand j’ai vu deux petits garçons en tenue intégrale de jockey attendre devant les vestiaires avec des carnets à autographes. C’est un autre monde pour moi, des scènes de vie qui relevaient plus pour moi de la fiction.

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En tant que débutant, on juge les chevaux sur leurs noms (mention spéciale à Masterofdeception, qui a donc perdu), sur les têtes plus ou moins sympathiques des jockeys ; en bons chauvins on choisit aussi des chevaux français (dont Urticaire, ça ne s’invente pas). On écoute aussi un analyste au micro qui vient conseiller les paris pour chaque course (mais uniquement donc, dans la salle de gala).

Et pendant ce temps là, on blague avec les serveurs (c’est une constante dans le pays, la décontraction est toujours de mise), on grignote des mince pies et des tartes au citron arrosées de ce thé noir auquel je ne me ferai jamais.

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Après une dernière course qu’on a mis un point d’honneur à applaudir au même niveau que le champ de course, est tombée la nuit, le froid et la pluie (il devait être autour de 17h, c’est un phénomène typiquement irlandais un peu surprenant au début mais on s’y fait). Un dernier tour du propriétaire pour faire quelques photos (je ne sais vraiment pas si on me verra dans un tel lieu de sitôt) et on rejoint la scène à l’extérieur pour un concert exceptionnel de Finbar Furey, chanteur culte de la musique irlandaise. Malgré son âge avancé, le monsieur (connu initialement pour sa participation au groupe familial, The Fureys) propose une folk musique irlandaise remise au goût du jour qui réchauffe le cœur. J’ai eu la chance de le voir chanter en plein vent et le visage fouetté par la pluie, emportant pourtant une foule d’une belle centaine de personnes dans sa musique. Si vous n’avez jamais une centaine d’irlandais reprendre en chœur des chansons folk (de ce genre) sous la pluie… vous n’avez rien vu.

finbarfurey

Comme tout ce que j’ai pu faire dans ce pays pendant ces 5 jours, mon expérience à Leopardstown a été joyeuse, légère, enthousiasmante, humaine et curieuse. J’ai rencontré des gens uniques, dans des lieux uniques et, à tout jamais, ces premières fois resteront liées à mon souvenir du pays. S’il y a bien un endroit au monde où on peut oser sans complexe les premières fois, c’est bien l’Irlande. Et c’est une sensation grisante qui gagne peu à peu quand on vient d’ailleurs, c’est toujours beau de se voir changer par les voyages.

gradins

(Pour en apprendre plus sur l’Irlande ou préparer votre voyage, n’hésitez pas à visiter le site www.irlande-tourisme.fr)