Cannes 2017, jour 8 : tutoyer les sommets

Une femme douce, de Sergei Loznitsa

7h09, le réveil sonne. Quand le cerveau sort du brouillard, on entend distinctement les basses sourdes et les cris de joie des fêtards matinaux. Quand on sort de l’appartement 30 minutes plus tard, en baskets et sweat à capuche (tenue de celle qui a démissionné du tapis rouge et à qui la fatigue rend profondément intolérante à la climatisation) c’est ceux-là même qu’on croise dans la rue, totalement éméchés, robes longues et brillantes, veste de smoking sur les épaules ou chemise ouverte à tituber sur le trottoir. Un regard. Et la différence de nos tenues, de nos expérience de Cannes nous fait sourire. Je suis de ceux qui s’acharnent à voir des films.

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Cannes 2017, jour 7 : descendre la pente

Vers la lumière, de Naomi Kawase

Jour 7, chaque jour suivant à Cannes est donc le dernier pour cette édition. Il n’y aura pas ici de mardi suivant, de mercredi suivant, de jeudi suivant… Le festival se clôt dimanche soir et les deux derniers jours auront un rythme beaucoup moins soutenu. Déjà, on embrasse les collègues qui repartent vers Paris, on arrive plus tard dans les salles moins prises d’assaut (une très bonne nouvelle quand la première projection est à 8h30 et qu’il fallait se présenter aux portiques de sécurité autour de 7h30 en début de festival). C’est le début de la fin : les cernes sont bien installées, l’ambiance colonie de vacances est à son paroxysme. Si j’avais le mal du pays il y a quelques jours, je me laisse tranquillement envahir par une douce nostalgie.

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Cannes 2017, jour 6 : devenir hamster

Mise à mort du cerf sacré, de Yorgos Lanthimos

À ce stade du festival, il convient de dégager des grandes thématiques de cette édition. Quelles sont les constantes, les préoccupations, les tendances ? Parce que si le festival est international et présente toutes les formes d’oeuvres, de celles d’artistes émergents aux plus confirmés, il se détache toujours des coïncidences troublantes qui en disent long sur l’état du monde. Cette année, par exemple, la question de l’étranger, du migrant, se retrouve dans différents films, de Western à Out en passant par Jupiter’s moon. On retrouve également la notion de « film dans le film » dans Les fantômes d’Ismaël, Barbara et Le Redoutable (3 films français d’ailleurs). Il reste une quantité de films à voir avant de compléter ce tableau des correspondances. Un exercice toujours important et facilité par la variété de pays et de cinémas représentés.

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Cannes 2017, jour 5 : perdre ses repères

How to talk to girls at parties, de John Cameron Mitchell

Mal du pays. Peut-être parce qu’on est en milieu de festival, je traîne cette impression d’être là depuis des semaines et de ne jamais pouvoir rentrer. Ma famille me manque, mon sommeil me manque, ma vie me parait loin. C’est la petite phase dépressive du milieu, une sorte de moment où, là tête sortie de l’eau, on prend conscience de la bulle dans laquelle nous sommes tous ici. Ne me demandez pas ce qu’il s’est passé dans le monde ces 5 derniers jours, je suis incapable de répondre. Et, comme beaucoup, j’ai aussi beaucoup de mal à savoir quel jour de la semaine on est. Ici, les dimanches ressemblent aux mardis et aux jeudis. On ne sait plus quels films on a vu la veille ou l’avant veille, et encore moins dans quel ordre. Le quotidien est une bouillie de cinéma, entre déceptions et états de grâce.

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Cannes 2017, jour 4 : vivre avec passion

120 battements par minute, de Robin Campillo

Quatre heures de sommeil. La douche chronométrée dure 7 minutes de plus que les jours précédents. Incompréhensible. Dehors, les journalistes badgés, en pleine zombie walk, croisent les cannoises descendues en jogging peau de pêche pour acheter des croissants. Je veux le voir, ce film, vous n’imaginez pas à quel point. Aux portique de sécurité, je me dis que c’est dingue le nombre de gens qui gardent au fond de leur sac une paire de ciseaux pliants, un coupe-ongles, un minuscule couteau suisse. Dans mon sac chaque jour, il y a le minimum vital moins une chose (jamais la même sinon c’est pas drôle).

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Cannes 2017, jour 3 : fuir le droit chemin

They, d’Anahita Ghazvinizadeh

Le troisième jour, je sèche la polémique Netflix et le film en compétition Okja (dont le problème technique en début de projection aura fait huer les journalistes et crier au complot chez Netflix ; le festival, lui, a publié un communiqué avec de plates excuses) pour me rendre pour la première fois de l’année sur la plage Nespresso. Vous finissez par le savoir, c’est un de mes lieux favoris du festival. Loin des ambiances clubbing et bikini, la plage Nespresso, en partenariat avec la Semaine de la Critique, est un lieu calme et chic, parfait pour travailler face à la mer et déguster des iced macchiatos à la fois proche et loin de l’effervescence épuisante de la Croisette. Je m’y rends ce matin là pour la remise des Nespresso Talents. C’est la seconde édition de ce concours international de courts-métrages en format vertical, et je promets un succès grandissant à cette compétition ainsi qu’à ce format totalement actuel. La remise des prix a lieu pour le petit déjeuner, parfait pour débuter la journée en douceur. Et elle commencera bien puisque sur les quatre prix remis, trois le sont à des réalisatrices. C’est mérité et je suis aux anges.

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Cannes 2017, jour 2 : reprendre le rythme

Jupiter’s moon, de Kornél Mundruczó

Si le jour 1 c’est celui qu’on retient, le jour 2 pose le rythme d’un festival où il faudra quand même voir une petite cinquantaine de films pendant une dizaine de jours. Donc on s’accroche au carnet où on religieusement noté toutes les informations capitales (planning, durée des films, sélections au complet, rattrapages et numéro de téléphone du colocataire au cas où) et on avale un solide petit déjeuner (c’est à dire non pas une mais bien deux barres de céréales) avant de filer pour la première fois de l’année dans la grande salle Lumière du Palais. Aguerrie, on se dit qu’arriver à 7h50 pour une projection réservée à la presse qui commence à 8h30 c’est pas déconnant. Mais c’est sans compter sur les tout nouveaux portiques de sécurité qui multiplient le temps de contrôle par deux. La cohue est réelle, les réflexions fusent, on entend qu’à 7h30 « c’est passé tout seul » (tu m’étonnes) et on regarde consternée les agents du palais ouvrir consciencieusement chaque boitier à lunettes trouvé dans les sacs des journalistes accrédités (les consignes ont été données). Lire la suite