Cannes 2017, jour 3 : fuir le droit chemin

They, d’Anahita Ghazvinizadeh

Le troisième jour, je sèche la polémique Netflix et le film en compétition Okja (dont le problème technique en début de projection aura fait huer les journalistes et crier au complot chez Netflix ; le festival, lui, a publié un communiqué avec de plates excuses) pour me rendre pour la première fois de l’année sur la plage Nespresso. Vous finissez par le savoir, c’est un de mes lieux favoris du festival. Loin des ambiances clubbing et bikini, la plage Nespresso, en partenariat avec la Semaine de la Critique, est un lieu calme et chic, parfait pour travailler face à la mer et déguster des iced macchiatos à la fois proche et loin de l’effervescence épuisante de la Croisette. Je m’y rends ce matin là pour la remise des Nespresso Talents. C’est la seconde édition de ce concours international de courts-métrages en format vertical, et je promets un succès grandissant à cette compétition ainsi qu’à ce format totalement actuel. La remise des prix a lieu pour le petit déjeuner, parfait pour débuter la journée en douceur. Et elle commencera bien puisque sur les quatre prix remis, trois le sont à des réalisatrices. C’est mérité et je suis aux anges.

Lire la suite

Cannes 2017, jour 2 : reprendre le rythme

Jupiter’s moon, de Kornél Mundruczó

Si le jour 1 c’est celui qu’on retient, le jour 2 pose le rythme d’un festival où il faudra quand même voir une petite cinquantaine de films pendant une dizaine de jours. Donc on s’accroche au carnet où on religieusement noté toutes les informations capitales (planning, durée des films, sélections au complet, rattrapages et numéro de téléphone du colocataire au cas où) et on avale un solide petit déjeuner (c’est à dire non pas une mais bien deux barres de céréales) avant de filer pour la première fois de l’année dans la grande salle Lumière du Palais. Aguerrie, on se dit qu’arriver à 7h50 pour une projection réservée à la presse qui commence à 8h30 c’est pas déconnant. Mais c’est sans compter sur les tout nouveaux portiques de sécurité qui multiplient le temps de contrôle par deux. La cohue est réelle, les réflexions fusent, on entend qu’à 7h30 « c’est passé tout seul » (tu m’étonnes) et on regarde consternée les agents du palais ouvrir consciencieusement chaque boitier à lunettes trouvé dans les sacs des journalistes accrédités (les consignes ont été données). Lire la suite

Cannes 2017, jour 1 : remonter en selle

Loveless, d’Andrei Zvyaguintsev

Qu’est ce qu’on attend de Cannes ? Avec les années, on devient pragmatique : des bons films et du beau temps. Comme en amour, on espère un peu de chance aussi. Des films qui savent nous cueillir, à la manière d’une jolie fille ou d’un joli garçon ; et sans qu’on s’y attende, parce que la surprise est plus douce. On fantasme des mois sur les soirées, la sélection, l’ambiance. La tension retombe quand le TGV indique 1h15 de retard à l’arrivée (c’est une tradition, je ne vois plus pourquoi on s’étonne). La journaliste bruxelloise qui nous aura servi de compagne de galère pendant les 8h de train soufflera déprimée « quand on va arriver, il va faire nuit, ma réunion sera finie et tout le monde aura déjà mangé » et on peste parce que c’est un peu nul pour une première soirée à Cannes. Mais merde, même de nuit, sans accréditation pour le lendemain, sans avoir dîné, on est quand même à Cannes. Et sortir de la gare, déjà, a des airs d’aventure. Ça y est, on y est. Le chemin est connu, les rues, les néo-starlettes qui sont de sortie, et on traîne sa valise de mille tonnes avec l’enthousiasme sans cesse renouvelé de l’amoureuse de la croisette. Oui, je suis amoureuse de ça, des films qui s’enchaînent, des petits trucs de briscards, des bonnes adresses, des pizzas 8 jours sur 12, des « t’as pas un plan pour cette soirée ? », du buzzzz clac du casier qui s’ouvre et de la fierté même d’avoir toujours le même, de casier.

Lire la suite

« On se voit à Cannes ? »

Question rituelle. Celle qui fait monter l’excitation, avec la publication des Cahiers du cinéma spécial Cannes et les mails du bureau des accréditations. J-1 avant le départ. La valise n’est pas prête mais la liste des rattrapages a été entièrement stabilotée (20 films, tout de même) et l’envie est là. On rêve des rues qu’on connait par coeur, des pan bagnats composés de 30% d’huile d’olive, d’une poignée de cerises sur la page, on rêve de la petite musique de Saint Saëns, du brouhaha dans la salle Lumière, des files d’attente, même, pour la salle Debussy.  Lire la suite

O. (Le Grand Mix, mai 2017)

 Voir O. en concert, pour la seconde fois. C’est presque un phénomène surnaturel pour celle qui a déserté les salles de concert il y a longtemps déjà (depuis un fameux test urinaire, tiens tiens…). Mais il a fallu une émission de radio, des mots qui piquent ma curiosité et une annonce. L’homme à la voix douce et posée proposait sa version d’Histoire d’O. à la Maison de la Poésie. Je venais de finir ce classique, j’ai pris ça pour un signe. J’ai découvert le lieu en même temps que le monsieur. Avec les oreilles, vu d’un oeil neuf les mots. Dans les fauteuils en velours, c’est le texte qui a primé.  Lire la suite

Gare du nord, 22h26

Hier soir, j’ai éclaté en sanglots parce que j’avais raté mon train. Je disais au téléphone « je ne peux pas rentrer » et ce n’était pas une affaire de train ou de métro, de longueur de trajet ou d’organisation mais une question de force. J’ai pleuré plus fort parce qu’il y avait de la buée sur les verres de mes lunettes et à côté de moi quelqu’un avait posé un calendrier 2012 de Clara Morgane dans une poubelle papiers de la gare du Nord. Lire la suite

Des enfants déformés

Ce n’est pas faute d’avoir été prévenus : il est hyper difficile d’accepter que l’école déforme les enfants que l’on avait tenté de modeler à notre image jusque là. Nous rêvions que nos mômes soient les plus tolérants du monde, et les voici qui reviennent chaque soir avec des idées reçues à la pelle, que nous tentons tant bien que mal de déconstruire. Oui mais que vaut la parole d’un père et d’une mère face à celle de la meute qui entoure nos enfants à chaque minute de la journée (meute dont ils font également partie à leurs heures perdues, ne nous leurrons pas) ? Expliquer à un garçon de 4 ans qui aime le rose que ses pseudo-potes qui se moquent de ses chaussettes « de fille » sont des crétins, rappeler à une fille de 6 ans que le mariage n’est pas une finalité (mais qu’on peut se marier avec un homme ou une femme quel que soit son genre)… Pas simple d’être plus convaincants que les copains et les copines, dont certains ont sans doute des parents moins ouverts à la discussion que nous.

Lire la suite