L’arrivée d’un train en gare de Cannes

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Le soleil et le cinéma sont déjà là. Dans ce train attrapé à la volée, dans nos lectures, dans les mots échangés à voix basse. Cinq heures et des poussières plus tard nous serons à Cannes. Je connais ce trajet et j’attends ce moment, si beau, où la mer apparaîtra. D’abord son scintillement lointain que l’on distingue par intermittence, puis les couleurs du paysage qui tout à coup se feront plus chaudes. Il y aura du marron, de l’orange et le bleu du ciel. Avignon, premier arrêt, et déjà la chaleur du sud qui s’engouffre dans le wagon. Quelques passagers descendent, on s’embrasse sur le quai, le voyage s’achève. Pour nous il continue et durera le temps du festival.

Le programme de la semaine se dessine, on coche, on discute, on parlemente. On voudrait étirer le temps et tout voir mais il faut se résoudre à quelques sacrifices. Le compteur de vitesse du train plafonne à 299km/h, notre compteur de films atteindra-t-il 15 ou 20 ? Il y a ces films qu’on attend avec impatience et ceux dont on ne sait presque rien mais qui intriguent. Ces séances qui s’enchaînent sans laisser un souffle de respiration. A peine le temps de se laisser éblouir par le soleil après deux heures d’obscurité qu’il est déjà l’heure d’y retourner. Les univers et les personnages se succèdent et, après quelques jours, se fondent pour ne former qu’une seule et même vaste toile.

Dehors les montagnes nous encerclent mais personne dans le train ne les regardent. Ces falaises si caractéristiques de la région, dénuées de végétation comme de hauts murs de pierre, sont comme des guides. Le train trace sa route à travers la nature, ne nous donnant à voir du paysage que des fragments qui disparaissent aussitôt. Alors on s’en saisit au passage et on les garde précieusement, comme des instantanés, pour ne rien oublier. Ce voyage en train est précieux parce qu’il est comme un sas, il nous prépare et nous abstrait à notre vie parisienne. Il y a deux ans je laissais mon tout petit garçon de cinq mois à peine pour 4 jours à Cannes. Une escapade vitale dont le souvenir pluvieux et pourtant si lumineux est un des plus beaux de ma vie. L’année de la découverte, les premières marches, le cinéma qui devient le quotidien et l’horizon.

Nous avons dépassé Toulon et notre destination se rapproche. Dans quelques heures nous assisterons à la cérémonie d’ouverture du 68ème Festival de Cannes et à la projection du film d’Emmanuelle Bercot La tête haute. La magie opèrera, comme elle opère toujours. Et nous nous laisserons conquérir, reconnaissants et curieux, par tout ce que ce festival 2015 aura à nous offrir.

Cannes 2014, clap de fin

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C’est toujours un déchirement de rédiger le dernier article cannois de l’année parce qu’aussi éprouvant que cela puisse être, on voudrait que cela ne finisse jamais. Il y a déjà les films et les sentiments qu’ils créent. Déconnecté du réel, on vit plus fort, plus beau, plus fou, plus dramatique. Avec la fatigue, il n’y a pas de demi-teinte.

Il y a les rencontres aussi. Avec les paillettes et le strass parfois ou les passionnés qui parlent le même langage, souvent.

Il y a l’alcool aussi. Et un état physique constamment sur la brèche lié au manque de sommeil, de nourriture, de liquide non-alcoolisé (on peut dire sans mentir que le mauvais état des corps est amplifié par le plan vigipirate, pas une bouteille d’eau ne rentre dans le palais). Le corps puise dans ses réserves, touche à une sorte d’absolu. Au retour, on tombe malade, on déprime. La vie reprend son cours triste et froid.

Cannes, c’est un fantasme, un miroir déformant qui rend fou. Il y a ceux qui le rejettent, et d’autres qui vont y revenir année après année. À retrouver les mêmes réalisateurs, on a une impression de rendez-vous à ne pas manquer. On a aussi peur de passer à coté d’un outsider qui changera à jamais l’histoire du cinéma.

Pour faire vivre encore un peu cette folie, on invente des scandales. Cette année, c’est la palme d’or qu’on commente et qu’on conteste. Pas assez glamour, pas assez accessible.

Mais le festival de Cannes n’a rien d’accessible, c’est même le contraire. C’est un évènement de privilégiés qui couronne un cinéma riche et pointu. C’est ce qui fait sa force et sa valeur.

Et même si la crise pèse lourdement sur cet irréductible, il se bat fièrement pour continuer à exister comme en des temps plus glorieux et plus insouciants. C’est de moins en moins une bulle. De plus en plus un marqueur de son temps.

À Cannes, on ne rêve plus. On vit, avec la force du désespoir, comme si il n’y avait plus rien autour.

Cannes, sixième jour

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vue de ma chambre

On est lundi et ça sent la fin de la semaine. C’est dans l’air, c’est comme ça. De toute façon, ici, le temps n’a aucune prise. On ne reconnait plus les journées et celles-ci sont rythmées par les projections et les rendez-vous. Les repères habituels et physiologiques (repas, sommeil) sont bouleversés. Au jour 6, la fatigue s’installe. Il ne me reste plus que deux jours de festival. Comme l’année précédente, celui-ci va continuer sans moi. C’est un deuil à faire, mais à ce stade, c’est le déni qui prime. Il ne peut rien y avoir d’autre ailleurs, la vie est ici. Et partir, c’est mourir un peu.

Cette journée commence avec Foxcatcher, le nouveau film de Bennett Miller (Le stratège, Truman Capote). Si l’on attend beaucoup de ce cinéaste virtuose, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Steve Carell y est grimé de façon incompréhensible, son personnage en devient ridicule et surtout inexpressif. Dans la première partie du film, je me suis demandé si Channing Tatum n’incarnait pas une réactualisation de Forrest Gump. Le film est taiseux, lent et triste. Et si l’histoire en est elle-même est malsaine à souhait, elle rappelle sur plusieurs aspects Ma vie avec Liberace, présenté l’année dernière. La sélection en compétition officielle est justifiée mais elle manque d’éclat, ni Bennett Miller ni son casting ne brillent et c’est une honte quand on connait le potentiel de cette équipe.

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À 11h, je file voir Dohee-ya, A girl at my door, (Un Certain Regard), un film coréen avec la star internationale Doona Bae. Le film est audacieux dans le sens où il traite plusieurs problématiques sociales, l’alcoolisme ou encore l’homosexualité féminine, assez peu traitées en Corée. Dans une certaine mesure, on peut même en dire qu’il s’agit d’un film de femmes. C’est l’extérieur à ce village perdu sur la côte coréenne et les hommes, le danger. J’applaudis l’audace et l’interprétation de deux comédiennes mais je reste sur le carreau. Quelque chose, je ne sais pas quoi, m’a empêché de me laisser submerger totalement.

Il pleut sur la Croisette. Les vendeurs de parapluie font des affaires pendant que je me faufile en direction de l’hôtel Marriott. C’est là que, en compagnie d’une poignée de chanceux, je vais rencontre le réalisateur David Cronenberg.

LA RENCONTRE DU JOUR

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Au dernier étage, au beau milieu d’un club branché déserté le jour, toute l’équipe de Maps to the stars est installée sans chichis. John Cusack grignote, Evan Bird est au beau milieu d’une conversation qui semble passionnante, la splendide Julianne Moore passe en coup de vent mais non sans exprimer son enthousiasme à revoir David Cronenberg. Celui-ci est accessible. Il s’installe au milieux de nous sur une banquette beige et commence à répondre avec patience et érudition à nos questions. C’est un homme posé, bien loin de Cannes et du Hollywood qu’il dépeint dans son dernier film. Il est charmant et généreux. Les 30 minutes d’entretien passent comme un songe.

J’ai raté pour aujourd’hui un des films que je voulais absolument voir pendant ce festival. Mais je suis en chemin pour le nouveau film de Naomi Kawase, Still the water, en compétition officielle. J’avais le souvenir d’une sieste mémorable pour son précédent film sélectionné mais je donne sa chance à celui que la réalisatrice elle-même nomme son chef d’oeuvre.

Et je ne suis pas déçue. Still the water est une moment de poésie pure. On y retrouve les thèmes chers à Naomi Kawase, la nature, le corps, les sentiments amoureux. Mais il s’en dégage une forme de grâce qui ne peut laisser indifférent. Personnellement, j’ai trouvé que c’était par la musique (la fameuse danse du mois d’août) et les sons que celui-ci trouve son envol. C’est un film d’esprit, pas inaccessible et charmeur. Une belle surprise pour finir la journée.

Cannes, quatrième jour

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La vue de la chambre

C’est le week-end. Le moment où la croisette grouille de badauds et de curieux qui s’arrêtent devant le moindre hôtel pour apercevoir une star qui entre ou sort de voiture. Les oreilles bourdonnent des conversations sans fin, des exclamations des photographes de rue qui cherchent à gagner leur croute aux artistes en représentation rêvant d’être repérés par un agent ou un producteur.

Ce sont les jours les plus compliqués à gérer pour le festivalier. Chaque déplacement relève de l’épreuve de force. Il faut être patient et surtout prévoyant (c’est à dire multiplier par 4 le temps prévu pour un trajet).

Je commence cette journée complètement surexcitée. Je vais enfin voir le nouveau film de Bertrand Bonello, Saint Laurent (présenté en compétition officielle). Projet non adoubé par Pierre Bergé (contrairement à l’opus de Jalil Lespert), Saint Laurent promettait beaucoup.

Et je n’ai pas été déçue puisqu’en plus d’un casting quatre étoiles (et même un petit clin d’œil du réalisateur himself), Saint Laurent est un monument d’émotion, de sensualité et d’ode à l’art et à la création. Le film lui-même est une œuvre atypique, colorée, parfois répétitive, déconstruite et pourtant cohérente. On ne sent pas passer les 2h30 du métrage et on en sort comblé. Bertrand Bonello est un grand, il le prouve une nouvelle fois avec Saint Laurent.

À Cannes, il faut accepter de rater des films. De ne pas réussir à entrer dans la salle, de ne pas arriver à temps, d’avoir choisi le mauvais alors qu’en face les autres crient au chef d’œuvre. Il faut accepter de se tromper, ça fait partie du chemin et de l’expérience du festival. On ne peut pas être partout et les interviews et autre activités de festivalier sont difficilement cumulables avec les planning de projections (qui se chevauchent déjà tous un peu).

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Je choisis donc de voir Run (Un certain regard), un film ivoirien qui, j’avoue, m’a laissée sur le carreau. On y suit le parcours de vie du fameux Run, appelé ainsi parce qu’il a la particularité de fuir tout le temps. Il voulait devenir faiseur de pluie, il finira par tuer le premier ministre du pays. Le scénario est touffu, confus, impossible de savoir s’il faut aimer, mépriser ou plaindre le fameux Run. C’est un mauvais choix parmi tant d’autres, en ce qui me concerne.

Et pour la petite anecdote cannoise : le film, projeté samedi, a été fini le samedi d’avant. L’équipe du film qui est venue pour le présenter au public, l’a découvert en même temps que nous.

S’en suit Eleanor Rigby (Un certain regard) drame avec Jessica Chastain qui traite des difficultés d’un couple à gérer la perte de leur enfant. Le sujet n’est pas original, le traitement non plus et le film souffre de vraies longueurs. Ça lorgne du coté de Rabbit Hole et de Blue Valentine… sans leur arriver à la cheville malheureusement. J’ai appris plus tard que le film présenté à Cannes était une version expurgée de presque 70 minutes (il aurait du être présenté en deux parties) et que ses particularités scénaristiques n’ont pas survécu au montage sauvage des frères Weinstein.

LA RENCONTRE DU JOUR

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À 16H15 (avec 15 minutes de retard du à l’affluence sur la croisette), je rejoins un salon du prestigieux hôtel Carlton pour une conférence de presse de la présidente du jury Jane Campion autour de la sortie du livre Jane Campion par Jane Campion. Fidèle à elle-même, généreuse et disponible, cette femme de grand talent et de convictions nous a offert 30 minutes d’entretien en compagnie du critique Michel Ciment.

La soirée se termine avec Le MERAVIGLIE (compétition officielle) d’Alice Rohrwacher. Et c’est un véritable coup de cœur. La réalisatrice réussit le portrait d’une famille nombreuse aux diverses origines. C’est une réflexion sur la fin de l’enfance, le cordon qu’on coupe, les premiers émois, les petits drames du quotidien, la violence et la cruauté du monde. Gelsomina veut rêver mais elle sait que ce sont les derniers instants de naïveté et de beauté. Le film est simple, sans prétention, sans artifices et donc plein d’honnêteté et de poésie douce.

Je finis la journée enchantée, la tête encore pleine de mes deux plus gros coups de cœur de la compétition à ce jour.

Le mystère et le miracle, retour sur 6 jours au festival de Cannes

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« Ce que nous demandons au cinéma, c’est ce que la vie et l’amour nous refusent, c’est le mystère, c’est le miracle. » Robert Desnos

Il est déjà l’heure de rentrer, si vite, si tôt. Nous quittons Cannes sous la pluie et le vent mais la tête remplie de jolis souvenirs, de salles obscures, de marches par centaines. Pendant six jours le soleil a illuminé la croisette et les heures ont passé, rythmées par les séances, les films, l’attente. Je mesure cette année le privilège qui fut le nôtre de vivre Cannes dans de si belles conditions. Ne penser qu’au film suivant, profiter de cette parenthèse enchantée pour se retrouver, parler de cinéma, se faire beaux. J’ai vécu tout cela sans le moindre cynisme et avec la conscience délicieuse de vivre des instants en dehors du temps

Première montée des marches mercredi soir pour la cérémonie d’ouverture et la projection du film d’Olivier Dahan Grace de Monaco. Lambert Wilson très à son aise a fait des étincelles et éclaboussé de sa classe une assistance plutôt glaciale. Je pourrais écrire longuement sur ce frisson ressenti à l’écoute des premières notes de musique puis lorsque le jury fait son entrée, lorsque sont diffusés des extraits de tous les films de la sélection. Il y a ceux que l’on attend avec tellement d’impatience, ceux que l’on ne verra pas, ceux qui nous bouleverserons et que l’on n’attendait pas. Une sélection pleine de belles promesses dont on espère qu’elle saura nous surprendre.

Jane Campion, présidente de ce jury, a fait son entrée au son du piano de Michael Nyman. Une présidente dont j’aime passionnément le cinéma et dont les choix, les prises de position, les parti pris laissent espérer un palmarès audacieux et sans compromis. Puis ce fut l’heure de Grace de Monaco. Un si mauvais film qu’il ne mérite pas qu’on s’y attarde tant il est laid et indigeste. J’ai senti autour de moi une bonne dose d’incompréhension face au choix de ce film pour ouvrir la quinzaine.

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Depuis la naissance de Théodore nous allons moins au cinéma. Alors c’est peu dire que nous attendions avec impatience ce festival, comme un rattrapage en accéléré de mois d’abstinence. La programmation entre les mains, nous avons fait notre choix et vu onze films. Je ne me sens pas légitime pour parler de cinéma, tout juste pour parler de peinture. Mais l’un et l’autre me passionnent alors je prends le risque ici pour évoque un film dont le sujet est la vie d’un peintre.

Mr Turner de Mike Leigh dure des heures, ronronne puis passe à côté de son sujet. C’est un film sur la déchéance des corps, celui du peintre anglais J.M.W Turner vieillissant. Un homme qui n’est que grognements et éructations. Certains plans sont pourtant des instants de grâce tant ils sont éblouissants et le réalisateur a l’intelligence de s’avouer vaincu. Aucune scène ne pourra rendre la beauté d’une toile de Turner, magnifiant un paysage, des nuages, la fumée d’une locomotive. L’art dépasse son sujet. Quel dommage alors que les dernières toiles de l’artiste, vaporeuses, éthérées (suscitant l’incompréhension) tendant, déjà, vers l’abstraction soient si rapidement évoquées. Visuellement le parallèle est pourtant saisissant entre une peinture qui se libère, se dérobe, se révèle et un homme que l’âge avili. Difficile de dire l’inspiration, d’évoquer la trajectoire d’un artiste. Pourtant ces scènes de préparation des couleurs, de découverte par Turner de la photographie esquissent une réflexion véritable sur la peinture, son essence et son devenir.

Ce qui restera de ce festival ? La lumière et la simplicité brûlante de Timbuktu, la fragilité déconcertante de Gaspard Ulliel dans un film que je ne suis pas sûre d’avoir aimé, la musique de the Homesman et ses accents mélancoliques, l’héroïne de la Chambre bleue avec qui je partage un prénom, le regard de Guy Pearce et la force de The Rover, Julianne Moore sur des toilettes et la quête enneigée de Ryan Reynolds.

Le miracle dont parle Robert Desnos ce fut aussi la projection du film argentin Relatos Salvajes de Damián Szifrón. Deux heures des rires et des cris de deux mille spectateurs comblés et enthousiastes. De longues minutes d’applaudissements explosifs et ce sentiment jouissif de vivre un moment unique célébrant un cinéma généreux et divertissant. Voir un film ensemble, l’aimer ensemble, entendre le rire de son voisin et rire avec lui. Le cinéma vécu comme expérience collective et jubilatoire. Je m’en souviendrai longtemps.

Pendant ces six jours il y eut aussi de formidables moments passés avec nos amis et un feu d’artifice inattendu porteur d’une magnifique surprise. Je rentre à Paris heureuse et déjà nostalgique. Je vais retrouver les grands yeux de mon fils adoré et le serrer très fort contre mon cœur. Il ignore encore que les émotions peuvent naître d’un film sur un écran, que l’on peut rire, pleurer, être révolté, émerveillé devant la mise en image par un inconnu d’une autre histoire que la nôtre. Il ne sait pas qu’il voyagera sur la lune, verra la construction des pyramides, assistera à la naissance d’une histoire d’amour ou à la mort d’un homme. Lui, dont l’imaginaire est déjà si riche et si fécond sera, j’en suis certaine, un spectateur enthousiaste. A nous qui aimons tant le cinéma de le guider et l’accompagner vers ce mystère, vers ce miracle.

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Cannes J-1

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C’est la sixième année consécutive. Des années déjà que je dis que j’ai de la chance, peut-être trop, que l’année prochaine je ne pourrais plus. Que ce n’est qu’un feu de paille. Et pourtant, chaque fois j’y reviens. Avec autant de plaisir, d’angoisse, d’excitation et d’appréhension.

6 ans de Cannes c’est des amitiés solides qui se sont crées, des habitudes, des souvenirs aussi. Il y a 3 ans, je laissais derrière moi ma fille toute neuve. L’année dernière c’est mon fils que j’abandonnais pour la première fois pour une grosse semaine. Ils ne m’en tiennent pas rigueur. Je me retrouve à Cannes. Mes défauts et mes qualités sont exacerbés. Je suis plus active que jamais. Plus passionnée aussi.

C’est épuisant. Je ne vais pas le cacher. Ce rythme fou, ces montagnes russes, ce bruit et la vie qui bouillonne et qui crépite autour d’une même lumière qui ne veut rien dire. Quand j’y suis, j’essaye de couper les ponts. Ceux de l’extérieur avec qui je communique ne me supportent pas de toute façon. Les joies et les drames de festival ne regardent et ne parlent qu’à ceux qui les vivent de l’intérieur. C’est comme ça.

Pendant une semaine, cette année encore, je vais vivre très fort. Jusqu’à en avoir mal. Et je vais écrire aussi. Ici et ailleurs.

La nouveauté cette année, c’est que je ne suis pas la seule fille électrique à vivre pleinement le festival de Cannes. Esther sera là aussi. Le blog prend donc exceptionnellement les couleurs du festival.

Cannes à J-1 c’est les derniers préparatifs. Je fais des listes et des listes et des listes. Je chouine un peu de laisser ma famille. Et puis je passe de l’angoisse à la surexcitation. Je prends conscience de la chance que j’ai. La chance que j’ai de pouvoir en être. Une semaine à voir des films exceptionnels, à sortir mes robes, à sortir tout court. Une semaine à être là où tout se passe.

Pour l’instant, ce n’est que du concret : des billets de train, des horaires, une location à gérer, des colocataires à retrouver, une accréditation à retirer. En attendant, encore chez moi, je m’occupe des futiles essentiels : épilation, pédicure, couleur. J’imprime mon planning, je choisis un moleskine, je bourre mon sac à main des indispensables pour une petite journée de voyage en train.

Pour le reste, on verra plus tard. Et ce sera beau, je n’en doute pas. Et fou, et inspirant. Comme ça l’est toujours.

Patchwork n°2 « En attendant le festival de Cannes »

Le Festival de Cannes commence le 14 mai et avec lui des films, des films, des films. Le cinéma me manque tant que je trépigne à la perspective de ces jours où il sera mon unique préoccupation. Cannes c’est aussi des litres de pluie et quelques cocktails, des discussions enflammées, des amis précieux et de belles, si belles, surprises en perspective. Cette poignée de jours marquera aussi nos premières vacances à deux, loin de notre fils.  Les valises sont en préparation, les robes et les chemises attendent sur des cintres.

J’ai rêvé cette nuit que nous manquions notre train. Je me suis réveillée puis rendormie et j’ai fait, à quelques détails près, le même rêve à trois reprises. Je me suis levée épuisée d’avoir tant couru ! Il y a 1 mois, 2 mois, en pensant à ce départ j’étais dans un état d’excitation absolue. Et étrangement, plus la date approche plus j’ai le sentiment que Cannes s’éloigne. Des jours à bercer un bébé fiévreux ont le don de vous rappeler à la réalité.  Mais depuis ce matin je sens que la tension monte. Un peu de fébrilité, pas mal d’impatience et la certitude que ces jours seront uniques.

Ce festival je vais aussi le partager avec Lucile et j’en suis enchantée. « Les filles électriques à Cannes » c’est un titre plein de promesses ! Et je sais que cela scellera d’une jolie manière ce qui se noue entre nous, avec beaucoup de pudeur, depuis quelques mois.

Quelques photos de l’an dernier, comme un avant-goût délicieux à ce qui nous attend !

 

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Mes marches de l’an dernier

 

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Ma plus belle image. Il pleuvait tellement que j’ai pourtant cru me noyer.

 

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Première montée des marches. Quelques secondes à retenir son souffle

 

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Il a fait beau pendant 20 minutes. Juste à ce moment là.

 

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Le plus beau portrait de Steven Spielberg que vous ne verrez jamais.