Pierre Lapointe, seul au piano

 

Premier concert dans ma province. Un signe des dieux presque puisque c’est en voyant l’affiche dans une rue encore sans nom que nous avons pilé avec le camion de déménagement le jour même de celui ci. Pierre Lapointe, je l’ai découvert avec mon nouvel amour. Comme Mathieu Boogaerts (j’avais déjà écouté un album de lui avant sans en saisir la profondeur et la justesse) ou l’intégrale de Maxime LeForestier. Son bal des suicidés ou 27-100 rue des partances ont rythmé les moments les plus doux et les plus délicats de ma grossesse qui sont aussi ceux du début de notre histoire. Comme une page tournée sur notre ancienne vie, où les affiches de cette tournée avaient croisé notre route à Belleville sans avoir trouvé le temps ou l’organisation pour en profiter. Ici, c’est possible. Et ce qui résonne comme une promesse électorale n’a jamais été aussi juste et aussi vrai.

Notre première sortie en amoureux donc. Babysitter et tout le toutim, une babysitter trouvée sur twitter sinon ce ne serait pas nous. Et puis, la chance, encore, qui nous caractérise. Des billets commandés sur internet au dernier moment et nous nous retrouvons quand même au deuxième rang (personne devant nous) du bon coté de l’imposant Steinway noir. Et puis c’est la rencontre avec cet artiste dont on sait que c’est une chance qu’il joue pour nous, ici. Une star dans son pays qui enchaîne les salles moyennes pas toujours pleines en France. Qui vend à peine ses albums pourtant disques d’or. Un artiste accessible, intelligent, drôle, complexe, impénétrable.

C’est par le rire qu’il impose son style et ses chansons qui trouvent leur résonance dans un univers ultra contemporain et poétique, violent et doux, arrondi et cassant. Se définissant lui même comme un schtroumpf dépressif et poète, le qualificatif est on ne peut plus juste puisque ses grimaces, ses saillies grossières (et hilarantes) ouvrent la porte à des caresses douloureuses et délectables.

C’était ici, la dernière date de sa tournée avant son retour au pays et l’enregistrement d’un nouvel album. Et comme un dernier geste de générosité (trois chansons en rappel pour lesquelles il ne s’est pas fait prié) il nous a même offert un Q&A honnête et sincère, sans tabou et sans fioritures. Parlant de son rapport à la dépression et de sa psy comme il évoque ses souvenirs d’adolescence, la marque de ses chaussures ou ses chanteurs fétiches, il se dévoile à nous avec toute la richesse qui le caractérise, comme une boule de création à l’état pur qui ne demande qu’un peu de reconnaissance. Ce qu’on lui donne, volontiers.

N’hésitez pas à découvrir ses albums et en particulier celui de cette tournée : Pierre Lapointe, seul au piano. Je vous en laisse un aperçu façon medley pour attiser votre curiosité…