L’hypocrisie du poil

Sans titre

Ma fille a 11 ans et demi. Elle est donc officiellement en préadolescence et au cas où je veuille l’oublier, la nature se charge de me le rappeler.

Depuis bien six mois maintenant, ma fille a développé tous les caractères génétiques de la future adolescente qu’elle sera sous peu : sa poitrine a commencé à se développer et ses poils à pousser.

On a toujours beaucoup discuté, avant même que les changements qui s’opèrent actuellement dans son corps ne commencent. Elle le prend tranquillement, normalement, sans être ni pressée, ni stressée, ni chamboulée. Elle sait que c’est normal, que c’est aussi ça grandir !
De ce côté là, je suis plutôt fière de moi, de cette facette de maman que je suis, qui aborde la puberté avec sérénité. Et voir ma fille l’appréhender de la même manière me prouve que je suis sur la bonne voie.
Aucune de nous deux n’en est gênée évidemment. La salle de bain est un endroit où nous nous retrouvons pour discuter de nos corps, on se regarde, je lui explique ce qui va encore se passer avec son corps, les règles qui arriveront tôt ou tard.

Ma fille sait que je m’épile, mais elle sait aussi que ce n’est pas une obligation, parce que je ne m’épile pas tout le temps. Il y a de grandes périodes où je reste poilue. Je vous entends d’ici vous écrier « bouaahh ! bouhh ! beuurrk ! C’est dégueu ! ». Pardon mais où est-il écrit que le poil est sale ? Inesthétique, je veux bien encore accepter cet argument, mais sale, non. Parfois, j’ai juste pas envie, ni par flemme ou par manque de temps. Juste parce que je ne vois pas pourquoi je dois m’épiler, il n’y aucune raison valable pour que je le fasse. Et oui, il m’arrive même de monter sur scène avec mes poils : je porte toujours des collants résille chair, autant vous dire qu’on ne risque pas de voir quoi que ce soit et quand bien même, j’emmerde ceux que ça choquerait !

Revenons-en à ma fille. Certaines copines de ma grande ont déjà commencé à s’épiler. Je lui ai donc demandé si elle aussi voulait le faire.
Elle m’a répondu « non, pas pour l’instant » (je subodore qu’elle n’a pas envie parce qu’elle sait que c’est un peu douloureux et qu’elle est très douillette !). Je lui ai demandé si ça la gênait, elle m’a dit que des fois, ça se voyait sous les aisselles et que certains garçons s’étaient moqués d’elle. Pour se défendre des quolibets masculins, je lui ai proposé de répondre à ces petits couillons : « T’es jaloux parce que tu n’en as pas autant ?! »
Et c’est ce qu’elle a fait pas plus tard que la semaine dernière en balançant cette phrase choc à l’un de ses camarades de classe qui se moquait de ses poils. Il fallait la voir, les yeux brillants, me raconter fièrement qu’elle l’avait envoyé balader. Plus qu’un garçon, c’est la société qu’elle a envoyé se faire foutre ! J’avoue que je suis heureuse de voir qu’elle ne cède pas au diktat sociétal qui dit que le poil c’est moche et qu’il faut ABSOLUMENT l’enlever.

Cela dit, la saison des robes courtes et des débardeurs arrive à grands pas et je n’ai aucun doute sur le poids du regard des autres. Je sais que sous peu, elle me demandera de s’épiler, d’ôter ces poils disgracieux aux yeux de la société. Ces poils qui poseront problème pour se faire accepter des autres, qui mettront une barrière entre elle et les garçons qui lui plairont. Oui, on est encore loin de la liberté de choix dont je rêve pour mes enfants, de la liberté de disposer de son corps comme on l’entend. Mais je suis quand même heureuse et fière que ma fille résiste, même pour peu de temps, à cette pression sociale !

Maman est… aide-soignante

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Mireille est aide-soignante à l’hôpital psychiatrique Paul Guiraud, actuellement en grève. Je la suis sur twitter et, parce que j’ai été touchée par son engagement en tant que gréviste ainsi que par sa façon assez unique et décomplexée de concilier son rôle de maman (d’une petite Lisen de 3 ans) et ses horaires hallucinants à l’hôpital, j’ai décidé de la rencontrer. J’ai trouvé une femme vivante, heureuse, épanouie et porteuse d’un beau projet. Une de ces mères inspirantes dont j’avais eu envie de dresser le portrait avec cette chronique. J’ai de l’admiration pour sa passion, un immense respect pour le courage dont elle fait preuve au quotidien dans son travail. Et alors que j’étais très impressionnée de la rencontrer, j’ai découvert une autre facette d’elle, touchante. Mireille est passionnée, porteuse d’une force qui semble à toute épreuve mais elle n’aime pas du tout faire le ménage et a renversé l’intégralité du jus d’orange de sa fille dans mon sac à main. Une femme comme je les aime.

Bonjour Mireille, tu as aujourd’hui une petite fille de 3 ans, tu peux nous raconter la genèse de tout ça ? 

J’ai rencontré mon compagnon alors que j’effectuais un stage à la fin de mes études d’aide-soignante. C’était mon tuteur de stage. On a attendu le plus tard possible avant de commencer à se voir en dehors. J’ai tenté un quitte ou double en utilisant un prétexte pour récupérer son numéro de téléphone et j’en ai profité pour lui proposer de boire un verre.

Vous vous rencontrez donc il y a 7 ans, il y a 3 ans la petite Lisen vient agrandir la famille… Comment vous vous êtes organisés ?

À l’époque, on travaillait dans le même hôpital mais pas au même étage, ni dans la même équipe. Depuis que nous sommes ensemble, on s’organise pour caler au maximum nos jours de repos, nos week-ends libres afin que je puisse profiter au maximum de lui et de ses filles. Et depuis l’arrivée de Lisen, je suis passée uniquement en horaires d’après midi, 13h15-21h15, pour coller à son rythme à elle. On a trouvé notre rythme comme ça jusqu’à l’entrée à l’école. Cette année, avec son entrée en maternelle, j’ai beaucoup réfléchi à trouver une organisation qui nous permette de continuer à profiter un peu des uns et des autres sans ne faire que de se croiser. La meilleure solution que j’ai trouvé c’est de me mettre en horaires de nuit, donc 21h-7h du matin, et mon compagnon va passer sur un poste en extra-hospitalier de 9h à 17h.

Tu fais donc des doubles journées à travailler la nuit et à t’occuper de ta fille le jour. Comment tu fais ?

Je dors pendant qu’elle est à l’école quand il y a école. Ça ne se passe trop mal mais ça ne fait aussi qu’un mois et demi que nous avons ce rythme. Et puis ça ne pourra que s’arranger quand mon compagnon aura ses nouveaux horaires, parce que là je jongle beaucoup. J’ai la chance d’avoir mes belles-filles, de 15 et 20 ans, pour faire du baby-sitting. On a besoin d’elles pour pallier, parce que pour l’instant mon compagnon ne peut partir du travail que quand moi j’y arrive. Et quand il n’y a aucune possibilité, j’emmène Lisen jusqu’à l’hôpital et on fait l’échange devant la porte.

Comment on gère le grand écart entre un service en psychiatrie et son rôle de maman ?

J’y arrive grâce à elle. Quand j’étais en service de jour et qu’il y avait un problème, je savais que j’allais retrouver ma fille et que ça allait aller. À partir du moment où je la vois, c’est tellement de bonheur que j’oublie. Je peux être agacée ou fatiguée dans le cadre de mon travail, avec elle ce n’est pas la même chose.

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Et tu penses lui expliquer un jour ce que tu fais ?

Je lui ai déjà expliqué même si je ne sais pas trop ce qu’elle en comprend. Je sais qu’elle a du mal à comprendre que les malades dont je m’occupe n’ont pas vraiment de « bobo ». Elle demande où ils ont mal. Mais on parle aussi de nos journées avec mon compagnon à la maison. Les deux plus grandes s’intéressent beaucoup à ça et c’est même mieux pour elles d’en savoir plus que de juste résumer à « ils bossent avec des fous ». Elles ont des vrais questionnements sur la folie et ça leur donne une autre vision des choses.

Comment s’est passée la grossesse ? Ça ne doit pas être facile à gérer dans ce type de contexte professionnel…

Il y a un risque physique bien sûr, même si je ne travaille pas dans le service le plus violent de l’hôpital. Mais par exemple les schizophrènes ne te voient pas forcément… J’avais un patient à cette époque qui pouvait passer à côté de moi et me bousculait. J’avais aussi des réflexes en début de grossesse qui auraient pu être dangereux. Je me suis vue attraper un patient qui essayait de fuguer, un collègue a accouru pour m’aider puis m’a demandé si ça allait. Et sur le coup, j’ai mis deux bonnes minutes à comprendre pourquoi il me demandait ça. Mais j’ai aussi l’exemple d’une fois, enceinte de quasiment 5 mois, où un patient jetait des verres à la tête d’un autre patient et où j’étais seule. Heureusement que cette fois-là, j’ai pu le gérer par la parole. J’avais aussi de grosses chutes de tension à cause de la fatigue. J’ai tenu dans le service jusqu’à quasiment 6 mois de grossesse. Mais j’ai été arrêtée de force parce que, toute seule, je n’y serais pas arrivée. Je culpabilisais trop. Maintenant, je conseille aux autres de s’arrêter bien avant. Il y a des patients qui ont des délires sur les femmes enceintes, les risques de coups, la surcharge de travail… Ce n’est pas possible.

Les collègues, les patients, sont au courant que vous êtes un couple avec un enfant ?

On ne s’expose pas mais on ne le cache pas non plus. Ça peut paraître bizarre mais moi je n’aime pas trop mélanger. À part de rares messages pour lui demander ses dates de vacances, pour poser les miennes, je ne me vois pas aller le voir pour lui demander d’aller chercher le pain ou ce qu’on mange le soir.

Est-ce que tu penses que les horaires d’un travail en hôpital public sont compatibles avec la vie de famille ?

Non. Quand j’ai arrêté mes études pour ne devenir qu’aide-soignante, je ne me suis pas projetée dans l’avenir et les histoires de bébé, d’écoles, etc… Et en fait, en intra-hospitalier avec ces horaires, ce n’est pas gérable. Mais c’est infernal pour nous parce qu’on est tous les deux dans le milieu. Et on a fait des concessions qui, finalement, ne nous conviennent pas tellement professionnellement. Lui, en 9h-17h, ce n’est clairement pas le job de ses rêves et moi, la nuit, je me fais chier. Mais je veux utiliser ce sacrifice professionnel pour reprendre mes études par correspondance. Je me sens au final moins fatiguée, plus présente sur mes jours de repos, plus présente pour Lisen.

Et comment vous faites pour les vacances ?

C’est vraiment le point sur lequel on ne transige pas. Le seul truc qu’on exige en tant que famille, c’est notre mois de vacances en été, ensemble.

Est-ce que c’est ta fille le moteur de cette envie de reprendre tes études ?

Non, je ne peux pas dire ça. Parce que me connaissant, même sans elle, j’aurais eu envie de reprendre mes études. Mais ça va certainement m’aider à me décider plus vite et à plus me bouger. J’ai pour projet de faire psychologue hospitalière. Mais comme ce n’est plus tellement le moment, on va voir. En tout cas, je me suis pré-inscrite en fac de psycho pour 6 ans d’études en tout. Mais je n’ai pas la même motivation qu’à 18 ans. Là j’ai 33 ans et je pense que j’ai assez de bouteille pour le faire.

Et tu veux rester en psychiatrie ? C’est donc une sorte de vocation ?

Oui. Je veux faire ça depuis toujours. Après, on n’est jamais dans le soin et la psy par hasard. C’est à chacun de découvrir qui il veut soigner symboliquement, lui-même ou un proche. Je ne sais pas où j’en serai dans 6 ans, mais dans l’idéal, travailler avec des psychotiques c’est ce qui me motive. C’est ce qui fait que j’ai le sourire en allant travailler. Et ça c’est important. Je me sens utile, je sais que je peux apporter des choses, j’aime vraiment ce que je fais. Et je suis peut-être un peu addict au contact qu’on a avec les patients. C’est ce qui me manque de nuit puisqu’on voit très peu les patients. Ça me manque vraiment.

Pour finir, as-tu un conseil pour les mamans de passage ici ?

Si on veut devenir maman, il faut le faire. Parce que ça va le faire. On peut toujours s’arranger, faire des concessions, des compromis et s’organiser. C’est un vrai bonheur d’avoir sa famille et d’avoir quand même réussi à tout concilier.

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Un grand merci à Mireille qui a trouvé un peu de temps pour me rencontrer et qui a eu la gentillesse de me parler de sa vie. Vous pouvez retrouver ses aventures, de jour comme de nuit, sur twitter.

Et retrouvez les épisodes précédents ici : Maman est… rédactrice freelanceMaman est… comédienne, Maman est… journaliste à la télévisionMaman est… artiste burlesque et Maman est… caviste.

Gourmandise

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Ma vie en ce moment c’est littéralement ce cupcake à la framboise et à paillettes avec ses défauts et ses qualités. Il y a en effet des paillettes dans ma vie. Une sorte d’excitation permanente liée à de belles personnes, de chouettes projets (comme ma nouvelle chronique « C’est compliqué » pour Slate.fr), les enfants qui grandissent et qui m’émerveillent de plus en plus. Il y a le grand écart entre Lille et Paris et les trajets en train dont je ne me lasse pas (on en reparle dans quelques mois). Il y a mon décor quotidien où je commence à prendre des marques.

Et puis ce cupcake, il a beau être très joli, il est quand même salement compliqué à avaler. Trop de crème, même si elle est délicieuse, et surtout trop colorée ce qui assure de se retrouver avec la face (du menton au bout de nez) d’un joli fuschia. Impossible à manger proprement, c’est une pure gourmandise avec laquelle on se cache pour mieux apprécier de s’en mettre plein les doigts (et le visage, donc).

Et c’est aussi ça, ma vie, en ce moment. Une incapacité à tout gérer, les émotions, les gens, les corvées, le travail. Alors j’oublie volontairement les choses jusqu’au dernier moment, avant de m’engouffrer dans la bataille avec boulimie. Sans retenue, sans réserve et avec un petit peu de honte quand même.

J’en ai envie de ce monde, de ces gens, de ces opportunités et de ces moments précieux avec mes enfants. Je ne sais pas choisir. Je me goinfre de cupcakes à paillettes, de sourires, de rires, de baisers. Je ne suis pas raisonnable. Je veux tout.

Peut-être, pour continuer à épuiser la métaphore, que je vais finir le visage barbouillé et rougi, les fesses énormes à force de me laisser aller à la gourmandise. Peut-être que je vais regretter de ne pas avoir été plus raisonnable. Mais je n’y pense pas, je ne veux pas y penser. Qui pourrait résister à un tel cupcake avec des paillettes ?

Je ne me sens pas coupable de laisser mes enfants

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Depuis toujours, j’abandonne mes enfants. J’ai coupé le cordon tôt, volontairement et avec violence. Mia et Adam n’avaient que 4 mois quand je les ai laissé une grosse semaine à leurs grands parents pour me rendre au festival de Cannes. Et puis, je m’éclipse parfois, une journée ou plusieurs, pour aller dans « la grande ville ».

Longtemps, Mia n’a pas montré que ça la touchait, que l’absence de sa maman disponible habituellement 24h/24 était un problème. Et là, à 3 ans et demi, elle commence à me le faire sentir. Mia emmène sa maman à la gare pour prendre le train. J’ai l’habitude de la voir sur le quai, de lui faire des signes de la main et des bisous bruyants derrière la vitre.

Je suis une maman qui s’en va. Pour respirer, pour exister. Quand ils sont là, je les aime trop, je ne sais plus vivre pour moi-même. Alors je m’éloigne. Je pense qu’ils comprendront ça dans quelques années et que tout leur paraîtra plus clair. Qu’ils verront alors combien je les aime. Je les aime au point de devoir parfois les quitter, parce que sinon j’oublie de respirer.

Maintenant, j’entends des « tu vas partir aujourd’hui ? » ou des « va t-en ! » quand il y a un souci. Ça brise mon coeur de maman. Leur papa qui est absent pour le travail 7h par jour n’a pas le droit à ça. C’est moi, celle qui ai fait le choix de travailler à la maison pour rester près d’eux, qui est celle qui les abandonne.

Si j’ai longtemps vu les inconvénients de ce choix, si j’ai souffert du manque et que je ne reviens jamais sans un ou deux petits cadeaux parce que je ne peux pas m’en empêcher, je vois aussi aujourd’hui les avantages.

Je n’ai pas peur de les laisser vivre comme ils le font pour moi. Je n’ai pas peur de les laisser partir vivre leurs vies, pendant quelques heures, quelques jours ou quelques semaines chez les grands parents ou des amis. Comme moi, ils y ont droit. Adam qui ne disait jamais « maman » parce que maman était toujours dans les parages a commencé à m’appeler quand je lui manque. Il n’arrête plus maintenant. Il a appris que, comme son papa, sa maman était une personne et pas une extension de lui même. Il sait maintenant que je reviens toujours. Parce que je l’aime.

Je ne me sens pas coupable de laisser mes enfants. De partir en voyage si l’occasion se présente, de sortir tard le soir ou de vivre pendant quelques heures une vie insouciante. Je ne me sens pas coupable parce que c’est un choix que j’ai fait il y a longtemps de ça. Et que chaque jour qui passe confirme ce choix. Les enfants ont besoin de leur maman. Ils ont aussi besoin de leur maman vivante, heureuse, qui a des histoires merveilleuses à raconter et des petits cadeaux cachés dans son sac.

Ces gens à qui je ne dis jamais que je les aime

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Parce que c’est bizarre, parce que ça ne se fait pas, parce qu’on est pas assez proches. Il y en a pourtant des gens à qui je dois beaucoup. Un sourire quand tout va mal, un espoir, un symbole.

Plusieurs fois dans ma vie, je me suis retrouvée seule. Des périodes où j’avais un amoureux (parce que j’ai toujours un amoureux) mais personne d’autre. Pas particulièrement proche de ma famille et plus d’amis sur qui compter. Il faut dire que je n’aime pas téléphoner, que je déteste avoir l’impression de déranger les gens et que j’ai la sale manie de m’attirer des ennuis et de me fâcher avec tout le monde au bout d’un moment. Avec cynisme, j’évalue la capacité des gens à me supporter à quelques années seulement. Après, ils en auront marre de moi ou je ferai une connerie qui me rendra insupportable à leurs yeux (comme quitter mon mari pour en épouser un autre que je connais à peine et tomber enceinte dans la foulée, ou récupérer sans le vouloir le numéro de téléphone d’un mec dont une fille de la bande est secrètement amoureuse en 4ème B). Les hommes me sont indispensables mais bizarrement ils m’éloignent des autres. J’en ai pris mon parti.

Ces dernières années pourtant, j’ai croisé des gens bien. Des gens qui, parfois sans le savoir, ont changé quelque chose dans ma vie.

Il y a eu ce journaliste que j’admirais tellement qui, ne sais pas pourquoi, m’a affranchi de mon ex-mari pour me faire faire mes premiers pas à la radio. C’était il y a des années maintenant (peut-être 6 ou 7 ans) et aujourd’hui c’est un peu grâce à lui que j’ai le courage d’écrire. C’était un peu fou mais ça ne coutait rien (au pire un mauvais passage à la radio) mais pour moi ça a tout changé. Pour la première fois, j’ai respiré, j’ai eu l’impression de prendre des risques. Juste pour ça, je voulais tellement lui plaire, lui prouver qu’il avait eu raison de me donner ma chance. Dans ma tête, il est devenu mon parrain. Et je crois bien que je ne lui ai jamais dit merci.

Il y a cette femme que je n’ai croisé qu’une poignée de fois dans la vraie vie mais qui fait depuis toujours partie de mon paysage sur internet. Je ne connais presque rien de sa vie à elle mais sa présence presque toujours silencieuse et ses attentions me touchent toujours. Ces dernières semaines, la réaction qu’elle a eu à un de mes articles m’ont prouvé une nouvelle fois qu’elle m’avait compris et que nous partagions beaucoup. Je voudrais avoir l’occasion de la prendre dans mes bras pour la remercier de sa fidélité et de sa bienveillante compréhension.

Il y a aussi cette femme si belle et enfin libre. Je l’ai rencontrée quand j’étais au plus mal sans me douter qu’elle l’était aussi (mais bien plus). C’est sa générosité qui a crée cette rencontre. Et aujourd’hui, je la découvre heureuse. Et son bonheur me touche tellement. Personne d’autre au monde ne mérite autant qu’elle d’être aussi heureuse. Son bonheur à elle, il est contagieux, généreux. Quand je vous disais que cette femme était formidable, elle est même plus, elle est précieuse.

Il y a ces gens bienveillants, des témoins des derniers épisodes de ma vie, des prénoms que j’associe à des sourires. Je voudrais seulement tous les nommer ou prendre le temps d’écrire sur eux mais je vais en oublier ou passer à coté de l’essentiel. Et la vie nous sépare. Il y a la distance physique et le temps joue contre nous. Et puis la bienséance et le bon sens me font garder une saine et raisonnable distance. Nous n’avons pas toujours le même âge ou la même expérience de la vie, nous ne venons pas toujours du même milieu mais j’estime que j’ai de la chance que nous routes se soient croisées.

À tous ces gens, je voudrais leur dire que je les aime. Même si ça ne se fait pas, même si c’est bizarre. Même si on s’est vu deux fois (ou même pas). Ils ne le savent pas mais il y a de l’amour dans le regard que je leur porte. Pourtant, pour la plupart, ils ne le sauront jamais.

Too cool for school

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Je crois bien avoir déjà parlé d’un tiraillement qui m’obsède et me dévore. Celui d’être ce qu’on appelle une blogueuse maman et de vouloir être aussi autre chose. Quand on entre dans une blogosphère et plus globalement sur les réseaux sociaux, on remet les pieds dans la pire des cours de récré. Il y a des bandes, des guerres, des alliances, certains sont des blagues pour les autres et d’autres des idoles.

Pendant des années, j’ai pu naviguer tranquillement parmi les plus populaires (pas sûre d’en être devenue une moi-même) de conversations internet en articles en passant par les soirées et les twitpics pour le prouver. Je suis devenue ce que je n’étais justement pas au lycée, celle qui est un peu cool et qui méprise un peu la plèbe, amatrice de lolcats, de tumbler cyniques, de vannes assassines.

Et puis je suis devenue maman. J’ai tout fait pour rester mince, continuer à aller en soirée, parler de tout sauf de mes enfants (il n’y a rien de plus vulgaire qu’une jeune mère qui parle de ses enfants dans la vie) parce que ceux qui sont cools n’ont pas d’enfants (et ceux qui sont encore plus cools n’en veulent pas du tout). Entre deux biberons, deux galères d’allaitement, deux régimes, j’ai continué à me tenir au courant, à rester présente dans la cour de récré. Quitte à ce que le grand écart relève de l’expérience de force. Comme quand je me rends compte que je porte le même jean taché avec des baskets pendant plus d’un mois mais que je dois préparer ma valise pour monter les marches à Cannes.

Cannes où je vais boire (alors que je ne tiens plus l’alcool depuis ma première grossesse), où mes enfants vont me manquer, où je vais comme d’habitude m’engueuler avec mon mari au téléphone, où je vais grossir alors que je ne mange rien et que ce sera l’inverse pour tout le monde autour. Cannes où je vais m’apercevoir qu’une de mes robes a une tache de crêpe wahou écrasée et que ça va me faire pleurer (pour la robe et pour mes gosses).

Pourtant, au quotidien, le grand écart je le fais. J’essaie d’être cool, j’essaie d’être une maman et j’essaie d’être une maman cool. J’aime toujours mes amis sans enfants, je n’ai jamais autant respecté les mamans (celles qui sont des blagues pour les autres) qui n’écrivent pas toujours un français irréprochable et qui emmènent leurs zhoms chez le gygy mais qui ont connu les montées de lait et les nuits sans dormir. Ce ne sont plus des blagues pour moi, et oui, je les respecte. On pourra même dire que j’ai un blog maman et que je suis donc un peu comme elles. C’est une communauté à laquelle j’assume appartenir.

Je suis devenue une blague, moi-même, pour ceux qui sont trop cools. Ça a été dur à avaler mais maintenant je supporte les attaques, les blagues mesquines, les commentaires agressifs que je dois supprimer. J’imagine les discussions facebook, je fantasme les conversations privées agrémentées de ricanements acerbes. C’est comme ça.

Des fois, je me connecte et je vois que ça y est, quelqu’un que je connais est la nouvelle tête de turc. Pas quelqu’un de franchement risible, en plus, juste quelqu’un qui a le malheur d’écrire et de décrire sa vie de maman sur la toile. Et je ne sais pas ce qu’on lui reproche. D’être impudique, sans doute. D’être une maman, je pense. Juste une maman. Une femme qui a le fait le choix de porter des enfants alors que c’est à la portée de la première gourdasse venue, il ne faut pas s’étonner à ce qu’on la traite comme telle. Ou peut-être devrait-elle être justement une maman en silence ? Heureusement, elle ne saura sûrement jamais qu’un jour quelqu’un de cool est passé par son blog et, pendant quelques minutes, en a fait une blague. Moi, c’est dans ces eaux-là que je nage tous les jours.

Comme beaucoup de mes amies mamans, j’avais peur de devenir niaise, en fait. De commencer à parler de gygy comme si c’était un phénomène de contamination. Je le suis devenue certainement un peu, avec mon blog de maman et mon compte instagram (de maman aussi). Sûrement moins que d’autres, beaucoup plus cependant que ceux qui n’ont pas d’enfants.

C’est cool d’avoir l’air de se foutre de tout, et surtout des autres. Ça m’arrive parfois mais sur ce point, je ne suis pas. C’est la limite de mon cool à moi. Je suis devenue maman et je suis une blogueuse. Pour moi, la cour de récré est devenue impitoyable. Et dans ma tête c’est une petite fierté de prendre des balles pour certaines de mes consœurs. Car, aussi niaises soient-elles (parfois), au moins sont elles honnêtes et vraies (ce que, même moi, je n’arrive pas à faire).

Celle qui ne s’assumait pas féministe

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C’est un vrai débat que j’ai souvent eu avec moi-même. Est-ce que je suis féministe ? Est-ce que je veux être féministe ? En tout cas, avec mon parcours, je ne suis pas LA féministe. 28 ans, mariée deux fois, deux enfants, pas diplômée, active un mois sur deux (ou un truc comme ça). Mes choix sont rarement définis par des réflexions profondes (je réfléchis après) mais j’ai mis un point d’honneur à tester le maximum de choses juste pour essayer et me faire un avis par moi-même. Je n’aime pas qu’on me dicte la conduite à tenir, et globalement je n’aime pas les contraintes ; bref, je suis une emmerdeuse.

Plus que tout et en particulier ces dernières années, j’ai essayé d’accéder au statut de femme libre. Libre de mes choix, de mes envies, de ma sexualité, de mes passions, et libre d’être enchaînée par ma situation de mère si c’est ce dont j’ai envie sur le coup. En ce sens, je me sens féministe. J’ai mis un point d’honneur à me documenter sur le sujet et à me tenir au courant des différents mouvements et groupes de pensées pour ma culture personnelle mais aussi parce que j’estime, qu’en tant que mère, j’ai le devoir de transmettre quelque chose (autant que ce soit quelque chose qui fasse avancer notre société). Je me suis sentie vraiment féministe pour la première fois quand on m’a mis ma fille dans les bras et que j’ai senti qu’un tout petit bout de futur dépendait de moi.

Je m’intéresse assez au sujet pour avoir peur de ce milieu. Des femmes, globalement, qui n’ont pas besoin des hommes pour s’écraser entre elles. J’ai peur de dire une bêtise, de m’attribuer une étiquette (que je pense ne pas avoir volée, cependant) qu’on m’arracherait des mains parce que je suis une imposture. J’en vois tellement « des vraies » qui s’étripent pour des questions de sémantique que je ne pense pas une seconde avoir assez de force de caractère, de pondération et de finesse en moi pour ne pas me faire entraîner dans une joute verbale au premier débat d’idées.

Il y a les vraies donc, et il y a les autres. Celles qui se disent « féministes, mais… » et dans lesquelles je ne me retrouve plus du tout. Parce que j’estime que ce n’est pas parce qu’on a l’impression d’être privilégiée qu’on ne doit pas défendre celles qui ne le sont pas. Parce qu’on a toutes des œillères et qu’il y a toujours des améliorations à faire. Parce que la révolution silencieuse et qui ne fait chier personne, je n’y crois pas. Et je ne parle pas de cette catégorie de femmes qui ne croient pas à l’égalité des sexe et ne sont jamais aussi rassurées qu’avec un vrai bonhomme à la maison (« moi, j’ai un vrai mec, pas une conchita » : réflexion entendue devant l’école maternelle de ma fille, qui a le mérite d’être à la fois sexiste et raciste) et qui écrasent au passage, de mépris et de violence, toute volonté de faire entendre une voix divergente.

J’ai toujours eu l’impression que « féministe » était un attribut qui se mérite. Un attribut durement porté et protégé par des femmes guerrières. Je ne me sens pas l’âme d’une guerrière. J’ai mené mes propres combats et ils m’ont épuisé. Mais je suis restée trop longtemps en retrait de peur qu’on m’accuse de mal faire. Le manque de courage est une excuse que je ne tolère plus, ni pour moi ni pour les autres.

Doucement, je m’exprime sur des sujets qui me tiennent à cœur, me questionnent, me révoltent. De plus en plus, je lis pour me faire une opinion basée sur l’expérience et le ressenti des autres autant que le mien. Et puis, il y a quelques heures, j’ai osé. Je suis désormais (tout petit) membre de l’association Les dé-chainées, l’association féministe dans laquelle je me retrouvais le plus. C’est un grand pas pour moi, à défaut de l’être pour le féminisme. Enfin, j’assume et ça fait du bien. J’ignore encore ce que je vais pouvoir apporter à cette noble cause, mais j’y travaille.