Le soleil qui n’est pas là où on l’attend.

Je ne vous apprends rien si je dis juste qu’il fait froid en ce moment, que le boulot commence à me peser, que je vois mon mari de plus en plus fatigué et que mon teint de vieux lavabo me fait craindre les miroirs autant qu’un célèbre personnage de Bram Stoker. Et puis il y a aussi la lame de fond, une sorte de filtre sur ma vie depuis ces derniers mois qui assombrit mes jours et me fait (parfois) pleurer quand je vois ou pense à une femme enceinte. J’ai envie de tourner la page, envie de prendre du soleil, de changer de tête, de partir loin (ou ailleurs).

Comme un rêve un peu fou, je me retrouve parfois perdue dans des fantasmes de voyages à l’autre bout du monde, de longues séances de contemplation des cerisiers en fleur dans la campagne japonaise, de visite de Rome, de Florence, de Madrid, de découvertes gourmandes, de langues exotiques.

L’année ne semble pourtant pas partir dans ce sens… Des priorités plus terre à terre prennent le dessus sur mes rêves égoïstes, une nouvelle cuisine à aménager, la voiture à réparer… Je me demande parfois quand je suis devenue adulte. Quand toutes ces choses que l’on ne touchait pas du doigt il y a quelques temps sont devenues mon quotidien. J’y pensais à propos de l’action de changer une roue. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait et auquel on pense quand on a 13 ans, 17 ans, 21 ans… pourtant cela fait partie des nouvelles occupations de ma vie, du cadre des possibles, des éventualités à prévoir, délirantes, concrètes, saugrenues comme remplir une feuille d’impôt, savoir gérer un service clientèle au téléphone, comprendre les dossiers de la CAF ou de l’assurance maladie, planter des tomates, changer des couches.

Il y a chez moi depuis le déménagement, une XBOX 360 à laquelle nous n’avons jamais touché, enrubannée de scotch de déménageur. Je la laisse en évidence dans le salon comme un symbole de cette évolution subie et consciente. Jamais je n’ai 40 minutes pour l’installer et jouer à quoi que ce soit qui ne pourrait et ne devrait être utilisées à autre chose, jamais je n’aurais 50 euros à sacrifier dans un jeu vidéo même si ça me fait plaisir. Les rêves d’ailleurs, de frivolité et d’oisiveté s’envolent et laissent place à d’autres joies, un instant de communion magique avec ma petite famille sur une autoroute de Picardie en pleine nuit, le sentiment inégalable de ne pas me tromper de voie, je suis là où je devrais être, ou en tout cas je suis qui je devrais être.

 

Et pour ceux qui ont le temps et le plaisir de voir d’autres paysages, je ne peux que vous conseiller le site Mon Nuage, guide tout terrain très bien ficelé que je garde dans un coin de ma tête au cas où…