Trouble de stress post-traumatique

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Crédit photo : @lespritrock

 

C’était ce week end, à Paris. J’étais partie en train avec une amie pour me produire sur scène samedi en début de soirée et me rendre à un anniversaire ensuite. J’avais prévu un shooting photo le dimanche après-midi. J’avais mon sac à dos et une valise bien remplie, le coeur léger de retrouver mes compagnons de scène et de revoir des amies pas vues depuis des lustres.

J’ai pris le métro samedi soir tard pour me rendre du spectacle à l’anniversaire de mon amie. Un homme ivre m’a suivi dans les couloirs souterrains. Il me parlait dans son sabir de mec bourré. Entre deux gargouillis, j’ai compris les mots « beauté » « mignonne » « jolie » et qu’il aurait bien aimé que je le suive chez lui, jusqu’à ce que je lui dise que j’étais mariée et que je me joigne à un groupe de jeunes gens qui attendaient le métro et que je monte dans une rame en même temps qu’eux. Ce n’est pas une première que de se faire suivre dans le métro. Tout comme de se faire siffler ou alpaguer dans la rue. Le harcèlement de rue, c’est notre quotidien à nous, les femmes. Je ne le banalise pas pour autant ; bien au contraire, je me bats contre depuis longtemps. Ce qui me frappe, c’est que je le trouve plus violent à Paris qu’à Clermont-Ferrand. Chez moi, je trouve qu’il est moins présent, moins lourd, moins agressif et souvent plus facile à éviter, à esquiver d’un sourire et en traçant mon chemin. À Paris, il est constant à chaque coin de rue, plus violent autant dans les gestes que dans les paroles. Il m’arrive parfois de répondre à des mecs à Clermont quand ils se permettent de m’emmerder dans la rue ; à Paris, je n’essaie même pas, je ne relève pas les insultes, je marche vite, le nez baissé. Je n’ai pas forcément peur, mais je ne me sens pas en sécurité.

J’ai pris le métro dimanche après-midi, comme la veille et comme toujours, attentive et sur mes gardes. Sur mes gardes parce que, outre le harcèlement de rue, je me suis déjà fait voler un Iphone il y a quelques années et ça m’a servi de leçon. Je prête très attention à mon sac et mes poches quand je me balade dans la ville-lumière. C’est ainsi que lorsque je me suis faufilée entre les portes du métro qui se refermaient sur ma valise, me frayant un passage dans la rame bondée, j’ai senti une main se glisser dans ma poche, celle d’un mec qui était monté en même temps que moi en me poussant. Sauf que cette poche qui contenait mon portable, j’avais une main dessus, main qu’il n’avait pas vue. Je lui ai immédiatement fait remarquer qu’il était en train de me faire les poches et qu’il essayait de prendre mon téléphone. Tout fort, afin que les autres voyageurs le sachent. Bien évidemment, l’homme a pris un air mauvais et nié mes allégations, allant jusqu’à m’accuser de le traiter de voleur. Euhh… ben ouais mec, ta main dans ma poche sur mon téléphone, c’est du vol ! Et comme je haussais le ton, il a fait de même, souhaitant me démontrer sa position dominante de mâle viril et ses couilles bien pleines.
Et il m’a giflé. En plein visage. Une grande baffe du plat de la main, forte et violente. Et il a même pris la peine d’ajouter, bien ostensiblement :  « Eh, d’où tu me parles, connasse ?! »
J’ai été complètement choquée par ce geste, abasourdie. J’ai cherché des yeux quelqu’un dans la rame pour me venir en aide. J’ai vu des gens croiser mon regard et baisser le leur, certains fourrer leur nez dans leur écharpe ou dans leur livre, d’autres se tourner vers celleux qui les accompagnaient. Personne. Personne n’est intervenu alors que le mec m’avait frappé et continuer de m’invectiver et m’insulter, cherchant visiblement une nouvelle réaction de ma part afin de pouvoir m’en remettre une. Il avait une telle violence, une telle haine dans le regard, des yeux mauvais qui transpiraient le mépris pour la femme qui osait lui tenir tête. Effrayée, je me suis alors repliée sur moi-même, j’ai reculé autant que j’ai pu et le métro s’est arrêté. J’imagine que le seul but de ce mec étant le vol, il n’avait donc plus rien à faire dans ce métro et est descendu. Certes soulagée de voir mon agresseur se casser, je n’en étais pas moins choquée et tremblante, complètement effarée par la scène que je venais de vivre. Et alors que je tentais de me remettre de mes émotions, tentant de me reprendre dans l’indifférence générale, j’ai soudain senti que quelque chose de bizarre se passait…
Un homme s’était placé derrière moi et profitait de mon état de choc pour frotter son sexe contre mes fesses, il profitait que je sois bouleversée pour satisfaire sa perversion sexuelle. C’était inouï, insensé !
A ce moment-là, ma sidération était telle que je n’ai pas pu réagir. Se faire agresser deux fois en l’espace de dix minutes, c’en était trop. Je n’ai pu ni ouvrir la bouche, ni crier, ni hurler, comme je l’aurais fait en temps normal. Cela m’a ramené des années en arrière, quand je m’étais faite agresser dans un train. Je me suis empressée de sortir du métro, de sortir à l’air libre, m’obligeant à ne pas fondre en larmes, à ne pas suffoquer. Je tremblais, j’avais peur, j’avais l’impression d’être seule au monde au milieu d’une foule et que j’allais étouffer.
J’ai contacté directement mon amoureux, j’avais besoin de lui raconter, de lui parler, qu’il me rassure. Je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi. Mais je ne pouvais pas, j’avais encore deux heures de photos, trois heures de train avant d’être enfin à la maison. J’ai tenu le coup, je ne sais pas comment j’ai fait. J’ai eu l’impression d’être un automate. Certainement les nerfs qui ont pris le dessus.
Le lendemain, je suis allée chez le médecin qui m’a arrêtée, m’ordonnant de me reposer. J’ai eu rendez-vous en urgence avec mon psy. On a discuté, on a travaillé immédiatement sur le traumatisme qu’engendre ce type d’agression. Je me suis occupée des papiers pour le travail, rendue à la pharmacie pour prendre les anxiolytiques qui m’ont été prescrits. Le soir, mon homme s’est occupé de moi, m’a réconforté, m’a choyé. Mais c’est seulement le surlendemain de l’agression, quand je me suis vraiment retrouvée seule avec moi-même, que j’ai craqué, que j’ai pleuré. De peur, de colère, d’angoisse, de doute…

Ma confiance en moi aujourd’hui est ébranlée, ma peur des hommes et des autres a redoublé. J’ai passé tant de temps à soigner cette problématique liée à mon trouble de la personnalité borderline, tant de temps à prendre de l’assurance, à ne plus avoir peur ni de moi, ni des autres… tout cela anéanti en l’espace de dix minutes.
Dix minutes où les hommes m’ont prouvé qu’ils étaient dangereux.
Je sais que mon agoraphobie est de nouveau latente, tapie dans l’ombre et qu’à tout moment, je peux faire une crise d’angoisse si je sens les gens trop proches de moi. Je l’ai senti ce matin dans le tram où nous étions comme tous les matins collés les uns aux autres. J’étais en sueur, les larmes au bord des yeux à me demander si quelqu’un allait me toucher les fesses. Et puis j’ai respiré, je me suis rappelé que j’habitais en province, que je n’y avais jamais été agressée. Je prends le bus et le tram depuis des années à Clermont sans avoir jamais été embêtée. J’ai tenté de rationaliser.
Mais cette peur et cette insécurité sont désormais indélébiles. Je subis aujourd’hui le stress post-traumatique. Celui que vivent chaque jour des milliers, des millions de femmes. Et j’en ai marre, je n’en peux plus de savoir que nous sommes si nombreuses à vivre dans la peur constante, dans l’angoisse de la prochaine agression, presque résignées…
On n’en peut plus de vivre dans cette société masculiniste où les hommes s’octroient des pouvoirs supérieurs, minimisent la femme au point de s’imaginer qu’ils peuvent jouir de notre corps comme bon leur semble, qu’il leur serve de punching-ball ou d’exutoire sexuel.
On n’en peut plus de ces hommes qui ont tellement peur des femmes qu’ils s’empressent de nous humilier, rabaisser, piétiner…

On n’en peut plus des hommes, on n’en peut plus…

Soudain, le printemps

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Il a fait froid et gris pendant longtemps. À quoi bon l’hiver quand Noël est passé ? En mars, l’écharpe toujours accrochée au cou, la lassitude nous gagne. Le printemps viendra-t-il ? Beaucoup d’arbres sont encore nus et, même si le changement d’heure nous a donné l’illusion du renouveau, celui-ci se fait attendre. Puis soudain je vois mon chat quitter son coussin devant le radiateur pour s’étendre de tout son long sur le parquet. Les moustaches détendues il se roule, cligne des yeux en ronronnant. Son pelage roux se réchauffe au contact des rayons du soleil qui percent à travers la vitre. Un bourdon gros comme un petit oiseau se cogne contre la fenêtre.

Un rayon de soleil et voilà la vie en terrasse. Où donc étaient cachés ces gens au mois de février ? L’intérieur des cafés n’abritait alors que des touristes et leurs chocolats chauds. Les parisiens étaient chez eux, tapis, à attendre un signal venant du ciel. Ce soleil du matin, si trompeur, qui donne la chair de poule aux femmes téméraires qui se décident pour une robe. On hésite entre le gilet et le manteau, avec l’envie d’y croire quand même. Cet après-midi il fera chaud. Peut-être même le déjeuner sera-t-il fait d’un sandwich pris sur les bords de Seine. Il y aura certainement du vent mais peu importe, c’est le printemps. L’été et les grandes vacances deviennent un sujet de conversation. Elles sont pourtant loin, mais mettre les premières sandales de l’année c’est avoir déjà un peu les pieds dans le sable.

La météo devient une préoccupation et on scrute les prévisions avec inquiétude. L’oracle se trompe souvent et on lui en veut lorsque finalement le ciel est gris le samedi matin. Cette année il me semble que le changement est intervenu subitement. Un matin au réveil, tout avait changé. En levant les stores c’est un vrai soleil qui nous a ébloui. Pas le soleil si vif de l’hiver, non, celui, plein de promesses, qui inonde les maisons et nous fait dire que le printemps est là. Pour mon fils cela veut dire passer les après-midi dehors sans manteau, faire de la draisienne, goûter à l’ombre d’un arbre. Et essuyer quelques larmes, parfois, lorsqu’il est temps de rentrer. Je me souviens du printemps à l’école, ce dernier trimestre qui annonce l’été et les récréations qu’on fait durer. Ce sera bientôt ton tour mon tout petit. Le temps pour la nature de rendre des feuilles aux arbres et de réchauffer le lac de nos vacances et tu feras ta première rentrée.

J’écris à la table du salon tout près d’une fenêtre. En face de moi la chambre de mon fils est ouverte et baignée de lumière. Le printemps nous a pris par surprise ; et c’est un millier de petites étincelles de joie qu’il a déposé un peu partout.

 

Rendez-vous place Saint-Michel, près de la fontaine

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Se retrouver là-bas, comme avant. Comme il y plus de 10 ans alors que fraichement bacheliers nous nous apprêtions à entrer à l’université. J’avais 17 ans des joues d’enfant. Je me souviens de mon premier cours et de l’amphithéâtre surchauffé de ce mardi d’octobre. C’était en 2001. Le professeur s’appelait Simon et la fille à côté de moi Mélanie. Je me souviens de tous ces visages, quelques garçons perdus au milieu d’un auditoire de filles. Certaines avaient déjà l’assurance de celles qui sont à leur place, prenant des notes avec application et attachant négligemment leurs cheveux avec un stylo. Les autres rient, parlent, écrivent un peu ou regardent leur montre. Moi je n’en reviens pas d’être là.

Le cours s’est terminé vers 20H, il faisait déjà nuit. J’avais rendez-vous pour « boire un verre » (avant je ne buvais pas de verre) avec les membres d’un syndicat étudiant dans lequel je m’étais laissée enrôlée sans résistance ni conviction pour les beaux yeux bruns d’un garçon. Je devais les retrouver place Saint-Michel, devant la fontaine. J’ai longé le jardin du Luxembourg et descendu le boulevard. Ici il y a toujours du monde et du bruit, celui de l’eau et des voitures alentours. Des gens assis sur le rebord de la fontaine font semblant de lire pendant qu’un petit groupe joue de la musique et fait danser quelques touristes enthousiastes. Cette place est un carrefour, un point cardinal. On s’y embrasse, on s’y dispute et surtout, on y observe Paris qui vit.

J’ignorais alors que pendant des années après ce soir-là, j’allais retrouver ici des amies ou des garçons, que ce lieu deviendrait un terrain familier. Le seul lieu qui n’appartenait qu’à moi et qui en même temps appartenait à tous les autres. Nous sommes remontés place de la Sorbonne, la librairie des presses universitaires de France était encore là, postée à l’angle. Nous nous sommes attablés dans un bar quelques mètres plus loin. J’ai commandé un coca light. Je me rappelle parfaitement avoir observé ces étudiants, j’étais désormais une des leurs et ils me semblaient pourtant qu’ils étaient les personnages d’un film. Ils faisaient partie d’une mise en scène habile. Chacun avait un rôle et j’interprétais avec toute la candeur et l’enthousiasme nécessaires la jeune étudiante pour qui ce bar était l’endroit le plus fantastique du monde. C’était un merveilleux cliché, de ceux qu’en grandissant on regarde avec tendresse et bienveillance.

Ce mardi j’ai pensé que toutes mes soirées à partir de ce jour ressembleraient à ça. Etre assise dans un bar à écouter les autres refaire le monde. Peut-être même avec les années et l’assurance allais-je moi aussi avoir le courage de dire les choses qui restaient encore, ce soir-là, tapies au fond de ma gorge. Il y eut bien sur d’autres soirées et d’autres verres mais le charme avait cessé d’opérer. Cette première fois est la dernière des premières fois de mon enfance. Devenus des adultes les étapes se succèdent et les contours deviennent flous. On vit, on construit, on grandit. Des années plus tard au détour d’une discussion, on essaie de se souvenir de ce sentiment diffus de la jeunesse. Mais c’est impossible. Cette fontaine, place Saint-Michel, représente pour moi comme pour tant d’autres les années universitaires, les partiels, les grandes espérances. Ce mardi 9 octobre 2001 a marqué le début d’une époque que je n’ai pas vu se terminer. Il est loin désormais ce bar place de la Sorbonne, loin également le bruit des portes battantes de l’amphithéâtre.

Une amie m’a récemment donnée rendez-vous près de la fontaine. En l’attendant, j’ai regardé les étudiants aux joues rondes sans nostalgie ni tristesse. Juste avec l’envie de leur dire de ne rien oublier. Cette fontaine est à vous pour quelques années. Elle deviendra dans vos souvenirs bien plus qu’un simple point de rencontre ; le centre de votre monde.

La babysitter

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Cet article fait écho à une conversation avec Mamanwhatelse et Annouchka sur Twitter. 

La babysitter, c’est moi, il y a quasiment 10 ans. À mon arrivée à Paris, j’ai cherché un petit boulot pour avoir de quoi profiter un peu plus de la ville. Je me suis inscrite sur un site d’annonces de babysitting. D., la maman, est la seule qui m’ait jamais appelé. Elle m’a choisie parce que j’avais fait du violon. Comme sa fille donc, E., 6 ans. Il y avait aussi une petite soeur S., 4 ans.

La famille était bourgeoise. Un grand appartement de 100m2 sur le boulevard Henri IV. Des moulures, du parquet. Un poste à responsabilité dans la mode pour D. (je n’ai jamais su ce que faisait son mari, il était juste toujours absent, en voyage d’affaires à l’étranger).

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu tout de suite confiance. Les deux petites étaient mignonnes et bien habillées. J’imagine que, trop jeune, j’ai été aveuglée par le confort matériel et le coté « bonne famille ».

J’avais la charge du mercredi après-midi (de midi à 20h) et de plusieurs soirs par semaine (de la sortie de l’école à 16h30, jusqu’à 20h), exceptionnellement j’acceptais un remplacement à d’autres horaires ou des heures supplémentaires le soir. On se partageait la semaine avec deux autres babysitters. Par hasard, une autre s’appelait Lucile. Grâce à nous trois, chaque départ à l’école le matin et chaque retour à la maison, chaque activité ou chaque coucher (D. s’occupait, en théorie, des couchers, mais les exceptions avaient une tendance à être la règle) était pris en charge.

D’abord, je me suis rendue compte que le job était plus compliqué que je l’imaginais. Le mercredi, je devais m’occuper du sac de piscine du jeudi (sans avoir eu d’information préalable), je perdais souvent beaucoup de temps à chercher partout le sac de danse (flamenco et danse classique) le mercredi midi. Je prenais le métro avec les filles pour aller au Centre de danse du Marais sans que qui que ce soit m’ait donné des tickets de métro, je devais acheter un goûter ou les ingrédients manquants pour le dîner sur mon propre budget (je devais quémander le remboursement avec la désagréable impression d’être mesquine, de pinailler pour quelques euros). Sous la charge des babysitters, les filles ne mangeaient que bio, des dîners à base de légumes et de céréales… que souvent, il fallait préparer intégralement sur le temps qu’on n’avait pas (à courir partout entre les multiples activités des filles et les devoirs).

Le problème n’était pas vraiment l’organisation hasardeuse de tout ça. Mais la grande détresse des filles, transformées (pendant les mois où je les ai gardées) en véritable petits monstres. Difficiles et cruelles, elles reportaient sur la brigade des babysitters la frustration d’être couchées presque chaque soir par des presqu’inconnues plutôt que par leur mère.

Un jour, j’ai pris le TGV avec elles, pour les emmener sur leur lieu de vacances, où elles rejoignaient leur famille et où elles ont été prises en charge… par la « babysitter des vacances ».

Nous avons été beaucoup à craquer. Certaines à se retrouver coincées avec une petite fille de 4 ans ivre de colère, enfermée à clé dans une pièce. Des petites filles qui faisaient tout pour que ça se passe le plus mal possible. Qui cassaient ou cachaient ce qu’elles trouvaient dans nos poches. À la fin de la journée, les oreilles bourdonnantes des cris des filles, il m’arrivait de confier mes doutes à la maman. Qui me disait avec candeur que je n’étais certainement pas assez mature et que ses filles étaient heureuses tant qu’elle, la maman, était épanouie dans son travail et dans sa vie.

Avec le recul, maintenant que j’ai ma propre petite fille de 4 ans à la maison, j’ai conscience du mal-être de ces gosses. Du décalage entre leur condition d’enfant et la vie qu’on leur faisait vivre, les gâteaux du goûter sans sucre parce que la plus petite avait « une tendance à devenir ronde » (sic), l’interdiction de la télévision, les jeux de société bilingues allemands qui ne donnaient pas envie à qui que ce soit de jouer avec, la punition ultime qui consistait à priver ces gosses de défilés à la fashion week. Chaque minute de temps libre utilisé à en faire de parfaites petites femmes du monde, et sous la charge de n’importe qui plutôt que des parents.

Ces gosses, quand je les bordais trop souvent le soir, elles me détestaient. Pas parce que j’étais une mauvaise babysitter (j’étais loin d’être parfaite, il faut quand même le dire) mais parce qu’elles en avaient décidé ainsi. Comme elles l’avaient décidé pour les autres. J’étais Lucile ou « l’autre Lucile » les jours où elles étaient vraiment de mauvaise humeur. À 4 et 6 ans, elles savaient que j’étais du petit personnel. Et jamais elles ne m’ont respecté.

Cette histoire, cette expérience professionnelle que je ne porte pas dans mon coeur, m’est revenue après une réaction d’Aurélie à propos d’une annonce pour une « babysitter des vacances ». J’ai été de celles qui ont réagi le plus violemment. Parce qu’à l’époque comme aujourd’hui, je ne comprends pas qu’on fasse des enfants pour s’en occuper seulement une poignée d’heures par semaine, week-end compris. Parce qu’on décide qu’on a plus important à faire, parce qu’on préfère déléguer plutôt que de se taper les trucs pas marrants.

Je comprends que, quand on a ce genre de vie, avec des jobs à responsabilité et un grand bureau, on a besoin de vraies vacances reposantes, sans devoir rattraper tout le temps perdu le reste de l’année avec les petites personnes qui habitent chez vous. Je comprends, quand on a les moyens, que c’est tentant de déléguer les soirées ou les déplacements pour des activités à quelqu’un d’autre.

Dans mon expérience cependant, j’ai pu voir que ça ne rendait pas les enfants heureux. Qu’avoir un troisième, et un quatrième, et un cinquième référent adulte au quotidien, en faisait des petites personnes aigries avant l’âge, frustrées et tristes.

Dans ma tête, je rapporte ces dérives au discours décomplexé autour de la garde partagée. Je n’ai pas fait des enfants pour les avoir à mi-temps, ou moins. C’est mon devoir d’en faire les meilleures personnes possibles. Et je ne délègue cette responsabilité à personne d’autre. On n’a parfois pas le choix et je le conçois, mais le cas particulier dont je parle aujourd’hui est clairement une dérive. Et cette dérive, dont j’ai souffert, me met maintenant surtout en colère.

#Regardscroisés

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J’ai rencontré Fabrice dans le cadre de son projet #Regards croisés. Fabrice est un timide. Fabrice est un photographe. Et au gré des rencontres, il s’ouvre un peu plus au monde. C’est un parcours où chacun fait son chemin, où les mains tendues donnent des photos. Des photos qui en disent autant sur le sujet que sur celui qui les prend.

C’est un projet auquel je crois parce que la ville me touche, parce que je crois aux rencontres furtives où l’on donne tout à l’autre, cet inconnu. Nous avons parlé une heure et demi, je crois. Je lui avais donné rendez-vous à la Gare du Nord parce que c’est là que mon coeur bat. De la brasserie dorée en face où se croisent les voyageurs, toujours impatients, toujours fatigués, à la plateforme Eurostar qui permet une vue imprenable sur le hall de la gare. La Gare du Nord, je l’aime parce que j’y passe ma vie mais aussi parce que son humanité me touche. C’est une gare simple, un peu désuète, fière, grouillante et poétique.

Nous avons parlé. Il m’a raconté ses doutes, sa vie de famille, ses défauts. J’ai connecté les points avec les informations partielles dont je disposais sur les réseaux sociaux. On dit souvent que l’image est faussée sur les réseaux sociaux, moi je crois le contraire. Je crois que peut importe ce qu’on y raconte, l’esprit est là, comme un concentré de soi. Surtout si on s’y distille depuis des années.

Je crois que nous avons été généreux l’un envers l’autre. Et s’il a su me toucher avec ses mots et son regard, j’espère en avoir fait autant pour lui.

De cette première rencontre, j’ai le souvenir d’avoir beaucoup ri. Et pourtant sur les photos, je suis grave, déterminée et concentrée. Je pensais cacher cette facette de moi. Mais il faut croire que ce dont j’ai parlé a été plus fort que tout. En quelques minutes, il m’a percé à jour. Je suis heureuse mais pas si légère, pas autant que je le voudrais. J’apprends à vivre avec. J’ai arrêté de vouloir être jolie, aussi. D’être obsédée par l’idée de plaire. J’impose plus aux gens ce que je suis en espérant qu’ils ne m’en tiennent pas rigueur. Avec Fabrice, nos regards se sont croisés, et finalement c’est moi qui me suis un peu retrouvée.

Regards Croisés, le tumbr

Regards Croisés, le flickr

La poussette Scoot (V2) de Stokke à l’épreuve de la ville

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Lors de l’achat de la poussette de Théodore, quelques semaines avant sa naissance, nous ne nous sommes pas vraiment posé de question. Je n’avais pas fait de recherches très poussées ni regarder avec beaucoup d’attention les tests publiés sur les blogs ou dans les magazines de puériculture. Nous voulions une poussette avec une nacelle, un siège-coque pour la voiture et la possibilité de continuer à l’utiliser une fois que Théodore marcherait. Si notre poussette a relativement correctement rempli son office quant aux deux premiers points force est de constater qu’elle s’est avérée lourde, inconfortable et franchement peu pratique par la suite. On nous a prêté une poussette canne pour les petits déplacements mais encore une fois Théodore n’y était pas très à l’aise. Nous avons donc privilégié le portage en manduca, finalement plus pratique pour tout le monde !

Au mois de novembre nous avons été invités à passer une journée et une soirée à Disneyland Paris. Après l’embellie des mois de septembre et d’octobre l’hiver était bel et bien en train de s’installer et la perspective d’imaginer notre fils passant plus de 10h dans le froid et le vent a sérieusement commencé à nous préoccuper. Les parents le savent, ces journées-là sont épuisantes pour tout le monde ! Comment Théodore allait-il pouvoir se reposer, être au chaud

J’ai alors eu la chance de recevoir de la marque Stokke la nouvelle version de leur fameuse poussette Scoot ! Stokke est une entreprise norvégienne fondée en 1932 dont la philosophie est « Dans le meilleur intérêt de l’enfant ». Connue pour ses poussettes, chaises-hautes, textiles et chambres d’enfants la marque Stokke est réputée pour l’évolutivité de ses produits, leur ergonomie et leur design unique. La poussette Scoot est donc une parfaite ambassadrice des qualités de la marque.

Caractéristiques techniques

La poussette Scoot est une citadine compacte. Urbaine et polyvalente elle n’en demeure pas moins dotée des mêmes caractéristiques que des poussettes plus grandes : largeur de l’assise, confort, fonctionnalités. Relativement légère (12,6kg) elle est facile à plier et facile à transporter. S’il nous a fallu quelques essais avant d’avoir le coup de main pour la plier et la déplier mais c’est maintenant un jeu d’enfant. Elle s’adapte parfaitement au coffre de notre (pourtant petite !) voiture et se cale facilement dans un coin si nous allons au restaurant ou ailleurs (dimensions pliée : 73x32x55cm).

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A noter par ailleurs qu’étant très haute, elle a souvent servi à Théodore de chaise-haute lorsque nous dinions au restaurant, le repose-pied étant également ajustable.

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Pour le reste :

  • L’assise est réversible

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  • Utilisable de la naissance à 15kg. Le soft bag permet en effet d’installer un tout petit bébé
  • C’est, objectivement, un bel objet
  • Trois positions pour le siège : assise, intermédiaire ou allongée. On ne peut que saluer l’attention que Stokke porte aux remarques de ses clients car nombre d’entre eux avaient reproché à la version 1 de la poussette Scoot de ne pas proposer de position intermédiaire.
  • La canopy est très couvrante et dotée d’une protection solaire SPF 50+ mais aussi d’une fenêtre d’aération amovible
  • Harnais 5 points ou 3 points et trois hauteurs d’épaule réglable

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  • Le guidon est réglable sur trois hauteurs, très utile lorsque papa fait 1,80m et maman 1,60m !

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  • Le panier est accessible et d’une bonne contenance
  • Le siège auto de la marque Stokke iZiGO X1 By BeSafe est compatible sans adaptateur
  • Roues en caoutchouc remplies de mousse pour une plus grande maniabilité
  • 7 coloris disponibles et de nombreux accessoires que vous pourrez découvrir sur le site officiel de Stokke

Notre retour d’expérience après trois mois d’utilisation

Nous sommes très satisfaits de notre poussette Scoot. Elle a passé haut la main le test de la journée à Disneyland Paris. Théodore était à l’aise, confortable et bien protégé du froid et du vent. Nous avions acheté en plus une chancelière en polaire afin de lui garantir un confort maximal. En témoigne les siestes qu’il a réussi à faire dans sa poussette en dépit du froid et de l’excitation d’une telle journée !

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Même Woody a trouvé notre poussette très chouette !

La hauteur de l’assise est également vraiment un plus car non seulement l’enfant voit mieux mais il est aussi moins vulnérable aux gaz d’échappement et à la pollution. Nous avons fait de nombreuses balades en ville ou en forêt et notre poussette s’est parfaitement adaptée à tous les terrains. Lors d’une promenade parisienne nous avons été ravis de pouvoir orienter l’assise vers le pousseur en raison du soleil irradiant de l’hiver sur les bords de Seine. Le bilan est donc très positif et nous ne changerions pour rien au monde. Si jamais un autre bébé venait, un jour, agrandir notre famille il nous semble évident que nous achèterions le soft bag afin d’utiliser notre poussette scoot dès la naissance. Plus besoin de nacelle !

Quelques photos de la bête en action

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Je recommande donc chaudement la poussette Scoot de Stokke aux citadins pressés à la recherche d’une poussette maniable et confortable.

Merci encore à Stokke pour ce très beau cadeau.

 

 

 

Les premières séparations

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Adam vient d’avoir 2 ans et il n’avait jamais été vraiment éloigné du cocon familial. Non pas que je sois une fervente pratiquante du maternage proximal. Mais mes absences étaient compensés par Thomas, ses parents ou encore les miens, mon beau-frère et ma belle-soeur parfois. Bref, que des proches. J’ai gardé Adam comme j’ai gardé sa soeur, jusqu’à ses 2 ans, sans faillir, je crois.

Au début, c’est une affaire de moyens. Je gagne ma vie, mais pas assez pour que mon travail compense le prix d’une nounou et nous n’avons jamais eu la chance d’avoir une place en crèche, ni à Paris, ni en province. La première année, c’est un plaisir de tout partager, même si ma productivité s’en ressent. La deuxième année, c’est un peu plus compliqué à gérer. Et voilà, avec Adam, je n’ai pas réussi à tenir jusqu’à son entrée à l’école (j’espère qu’elle aura bien lieu en septembre).

Notre nouvelle ville propose aux familles, 5 structures d’accueil petite enfance pour décharger les mamans. On appelle ça halte-garderie ou accueil occasionnel. Selon des calculs compliqués de la caf, l’heure de garde est facturée aux parents entre 40cts et 5 euros. Je crois que nous payons autour de 1,50 euros. Mais Adam n’étant pas réellement dans les listings de la crèche permanente, il ne peut rester dans cette structure qu’en demi-journées et seulement 2 ou 3 jours par semaine. Non pas que je m’en plaigne, hein, c’est déjà mieux que rien et, de toute façon, je n’ai pas d’autre choix.

Nous finissons l’adaptation, et, lui comme moi, découvrons les autres enfants, les auxiliaires de puériculture, les activités. Les codes entre parents. Je me suis habituée à porter des sur-chaussures d’hôpitaux, à jouer au tétris dans le grand garage à poussettes. Et, depuis deux jours, à laisser mon fils en pleurs dans les bras de son auxiliaire de puériculture préférée. Ce sont des pleurs dont je sais qu’ils ne durent que quelques minutes, avant qu’il se mette vraiment à jouer. Mais ce sont des pleurs qui me fendent le coeur. Dans ces moments, je me dis que je pourrais tenir encore 9 mois de plus, décaler mes heures de travail à la maison un peu plus, pour qu’il ne pleure pas dans les bras d’une inconnue ou ne se prenne pas un coup de jouet sur la tête de la part d’un petit garçon bien agressif.

Et puis je me rappelle ce qui lui fait plaisir dans cette structure. La salle de motricité avec sa grande piscine à balles. La soupe de légumes à 10h30 (une institution dans le nord de la France, apparemment). La dame du conservatoire de musique qui vient faire de l’éveil musical le mardi. La grande maison de jardin en plastique en plein milieu de la salle de jeux.

Je me rappelle de toutes ces journées où je ne fais que courir, où je n’ai pas 5 minutes pour me concentrer, où je devrais l’emmener au parc mais où j’ai trop de travail à abattre. Je me dis qu’il aime tellement la musique et les chansons et que je ne maîtrise vraiment que 2 ou 3 comptines. Je me dis que rien ne pourra remplacer ce qu’il va apprendre en compagnie d’autres enfants, même si c’est esquiver les coups.

Je passe, en ce moment, mes premières heures dans une maison vide. Cela est si peu arrivé ces dernières années que je vais avoir besoin, moi aussi, d’un temps d’adaptation. Sauf que personne n’est là pour me prendre dans ses bras pour étouffer mes pleurs.