L’essai à l’abandon

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J’ai abordé ici à plusieurs reprises ma maladie mentale, le trouble de la personnalité limite (TPL) ou trouble de la personnalité borderline (TPB). J’ai parlé de mon instabilité émotionnelle, de mon incapacité à gérer mes émotions et pas spécialement de la problématique que cela me pose dans mes relations interpersonnelles.

Je vis en permanence avec un sentiment d’insécurité profond qui se traduit par une certaine impulsivité et des attitudes de mise à l’épreuve incessantes de mon entourage. Je suis capable d’entrer dans des crises de rage et des colères intenses où mes mots dépassent ma pensée… Si vous saviez comme c’est moche ces moments d’impulsivité, où je m’emporte pour un détail, un sentiment irrationnel ! Les hypothèses psychanalytiques semblent désigner le TPB comme un état à la frontière entre l’organisation névrotique et l’organisation psychotique reposant notamment sur la peur de l’abandon. Pour moi, ce syndrome est la problématique principale de mon sentiment d’insécurité.

Quand on utilise le terme phobie, les gens s’imaginent toujours la peur du vide, les araignées, le noir ou encore la claustrophobie ou l’agoraphobie. Ma peur à moi, c’est celle de l’abandon, du rejet par les autres. J’ai peur de ne pas être aimée et j’ai peur qu’on me le montre. Cette peur, je ne sais d’où elle provient : manque de prise en compte de mes angoisses enfantines ou problème physiologique, il est toujours aussi compliqué d’expliquer les raisons d’une maladie mentale, trop de facteurs entrent en ligne de compte. Cela dit, je sais que j’ai tenté de plaire toute ma vie à ma mère sans jamais y parvenir, entraînant déception sur déception par un comportement ne correspondant jamais parfaitement à ses attentes. Ce qui nous aiguille tout de même sur les origines de mon traumatisme. Quant à mon père, après avoir été violent toute mon enfance, il a choisi de quitter le foyer dans des circonstances assez problématiques quand j’avais 14 ans. J’imagine qu’au moment crucial de l’adolescence, ça n’a pas dû arranger ma construction psychologique. De tous ces traumatismes enfantins découle une peur irrationnelle de l’abandon, d’être  rejetée par ceux que j’aime et un besoin excessif de plaire à tout prix. Car dans ma psyché, mon but est de plaire et de correspondre à l’image que j’imagine que les autres se font de moi. Et j’échoue toujours, parce qu’il est impossible d’être quelqu’un que l’on n’est pas, et parce qu’il peut y avoir un décalage entre ce que j’imagine et l’image qu’ils se font réellement. Je tente toujours d’interpréter un rôle, celui que, je pense, souhaite voir mon interlocuteur : si on attend de moi une personne déterminée, forte, sûre d’elle, je fais tout pour l’être… sauf que c’est tout le contraire de ce que je suis intrinsèquement. J’ai passé beaucoup d’années à montrer une image qui ne me correspondait pas, pour plaire, pour séduire, pour être celle que les gens voulaient voir. Afin de combler mon besoin d’être appréciée, je donnais une image d’une personne bien dans sa peau, hyper à l’aise (trop parfois), je faisais n’importe quoi pour obtenir l’affection des autres afin d’être rassurée. Parce que j’étais persuadée que personne ne voulait voir une personne faible, trop sensible, fragile, caractérielle ?

Pour plaire, j’ai passé des années à me cacher derrière un masque qui au final me faisait paraître excessive et donc avait l’effet contraire du but recherché, m’enfermant de fait dans une situation inextricable.

Aujourd’hui, je tente de ne plus trop me cacher derrière des apparences pour plaire aux autres. J’essaie d’être moi-même, de ne plus être cette personne que l’on pouvait trouver étrange, insupportable, instable, euphorique ou que sais-je encore. Ce n’est pas toujours évident, parce que j’ai une vision de moi-même si ébréchée. J’ai si peu confiance en moi, en ce que je suis, en mes capacités. Je doute de moi, de mes compétences, dans tous les domaines, même ceux que je semble maîtriser. Dans le travail par exemple, c’est assez terrible, cela permet aux autres de me marcher sur les pieds et de me rabaisser. Etre soi-même quand on est psychologiquement fragile, cela veut dire qu’à tout moment, on peut être heurté et qu’il faudra tenter de ne pas s’en fragiliser encore plus, ne pas (sur)réagir, ne pas se laisser emporter par ses émotions. Mais ce n’est pas pour autant que cela fonctionne. L’abandon des autres existe toujours.

Dans mes amitiés et mes amours, j’ai souvent peur d’être abandonnée. Dans ma jeunesse, je prenais toujours les devants. Après une période exaltée où je mettais la personne sur un piédestal, lorsque je sentais que notre relation perdait de son caractère fusionnel, j’étais capable de me mettre à lui trouver tous les défauts de la terre pour m’en détacher avant que je ne souffre de son abandon.

Et cette peur, je la vis aussi dans mon couple. Jeune, j’entretenais des relations longues tout en badinant à côté, toujours au cas où l’officiel m’aurait quittée. Je vis désormais depuis 12 ans avec la même personne, je n’ai plus besoin d’avoir un « plan de secours » mais mon hypersensibilité à l’abandon reste toujours présente et induit parfois des crises d’angoisse basées sur des événements anodins dont la persistance dans mon affectif est exacerbé par mes sentiments d’insécurité. C’est dans ces moments que mon impulsivité ressort le plus, où mon sentiment d’être rejetée est le plus prégnant. J’ai alors cette particularité de croire et de dire à la personne que j’aime que je ne la mérite pas, qu’elle ne peut pas m’aimer, qu’elle va me quitter. Comportement totalement illogique, mais ça se saurait si les phobies étaient rationnelles.

Dans ma vie, ma peur de ne pas être aimée des autres a toujours dominé mes relations interpersonnelles. Si aujourd’hui j’arrive à accepter de ne pas faire l’unanimité, si je suis moins touchée par le fait que certains ne m’apprécient pas, tant que ceux-ci ne font pas partie de mes relations intimes (qu’elles soient amoureuses ou amicales), j’arrive à l’accepter et même à ne pas en faire cas. En revanche, depuis mon enfance, je suis toujours incapable de relativiser le rejet d’un proche. Ce que je ressens à ce moment-là me détruit et me plonge dans une profonde tristesse, entraînant parfois la dépression. Je suis torturée par les raisons de ce rejet, je suis incapable de penser à autre chose et je me replie sur moi-même. Je passe de l’état de fusion inconditionnelle à la colère de me sentir ainsi abandonnée, déçue par la personne mais aussi par moi-même qui n’ai pas réussi à la garder auprès de moi.  Cela induit d’autres comportements liés à ma pathologie comme les troubles alimentaires, les humeurs dysphoriques (sentiment de trahison, culpabilisation de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir été blessante ou encore victimisation) jusqu’aux idées suicidaires. Je suis bien incapable de décrire complètement le bordel monstrueux qu’il y a dans ma tête à ces moments-là, c’est une bouillie infâme de sentiments et d’émotions démesurés et entremêlés. Et ça me tue littéralement d’être dans cet état. Je suis épuisée physiquement de ne pas arriver à mettre mon cerveau en pause. Les insomnies deviennent répétitives et ma fatigue induit des troubles de l’attention. C’est toute ma vie qui en pâtit, mes relations sociales, amicales et familiales. Et j’avoue, je n’ai pas encore trouvé la solution pour gérer ces crises de dépendances affectives…

J’ai un carnet dans lequel j’écris désormais quand j’entre en crise, un moyen de faire ressortir le flot de mes émotions au lieu de les contenir et que cela agisse en cocotte-minute. Si cela m’apaise un peu le temps de la crise, cela ne me permet pas de régler le sentiment de rejet et de savoir comment vivre avec. Je ne sais pas comment ne pas être autant atteinte par l’abandon des gens qui comptent pour moi, je ne sais pas comment ne plus en faire une obsession… je cherche, je travaille dessus.

Un jour, j’y arriverai…

8 réflexions sur “L’essai à l’abandon

  1. Nomi dit :

    Je vous recommande vivement de vous intéresser à la méditation et aux approches de « pleine conscience »… C’est une gymnastique difficile au début, parfois lente à produire ses effets, mais on a les choses en main pour émerger de nos émotions et devenir plus fort face à elles. Il s’agit de trouver l’endroit en soi où se placer, le point fixe où nous ne sommes pas la « bouillie émotionnelle », mais d’où on peut l’observer avec neutralité, accepter qu’elle soit là… Ce qui la relativise et la calme peu à peu.
    C’est pas miraculeux, ça réclame de la persévérance, une pratique quotidienne, mais c’est gratuit, laïc et à la portée de tous, même des enfants.
    La paix est possible, et je vous la souhaite vraiment. Votre intelligence et votre honnêteté forcent le respect.

  2. Marionne dit :

    Bonjour Gallïane, je viens de lire ton article qui m’a personnellement touché. Je me suis reconnue dans le portrait que tu dresses de toi.
    Pour te faire partager mon expérience et te donner peut-être une piste; j’ai fait plusieurs thérapies dites « classiques »: le psy qui fait… »Mmmmh moui mmm votre mère »… qui te facture 55 EUR la séance et ce chaque semaine pendant presque 5 ans… Et quand tu fais le bilan au bout du compte tu es sur la case départ (dans un état émotionnel encore plus lamentable qu’au début de la thérapie). De quoi décourager !
    Et puis j’ai découvert l’EMDR, je ne vais pas te faire un pitch sur cette thérapie ce serait trop long mais je t’encourage vraiment à te pencher sur le sujet.
    Je souffre d’une blessure d’abandon assez violente (qui date de ma naissance) et j’ai fait 5 séance d’EMDR. J’ai bientôt terminé, les bienfaits sont assez incroyables. Voilà ce que je dis souvent depuis que j’ai commencé l’EMDR: « j’ai l’impression d’avoir remis un peu d’air et un peu de place dans mon cerveau. » Ca résume tout. Je me suis débarrassée de vieilles émotions et dans le présent ca fait un bien fou de ne plus traîner ces boulets.
    Je voulais te faire partager cette petite piste qui moi m’a tellement aidée à reprendre confiance, à croire en moi, à dire « J’existe! », je suis digne d’être aimée etc etc.
    Marion

  3. Yasmina dit :

    Je le demandais comment as-tu reussir à faire comptendre ça à ton partenaire ? Comment le vit-il ? Moi je n’arrive absolument pas à garder quelqu’un à cause de ça…

    • Gallïane dit :

      Je lui ai parlé de ma pathologie, je lui ai fait lire des articles, des livres.
      Il est même venu avec moi en thérapie. mais c’est une lutte de chaque jour dans le couple pour ne pas aller trop loin.
      Il est très ouvert sur le sujet, il a compris mon problème. Je dois faire attention de ne pas mettre en danger mon couple en poussant mon amoureux à bout, ce qui arrive parfois.
      Mais je travaille énormément et cela fonctionne.

  4. Elune dit :

    Grâce à toi, je sais que je souffre aussi ce TPL/TPB.
    Et je t’en remercie.
    Merci pour cette force dont tu fais preuve, elle m’aide énormément.
    Je t’embrasse fort.

  5. Tch dit :

    Bonjour Galliane, merci d’avoir partagé ce témoignage. Je ne pense pas être TPB mais j’ai souffert pendant un long moment de ce sentiment d’abandon et j’ai réussi un peu à lâcher prise en enchaînant des thérapies.
    J’ai fait vivre des moments impossibles à mes anciens et à mon actuel partenaire ainsi qu’à mes parents en éprouvant leurs sentiments : je voulais voir s’ils pouvaient m’aimer malgré le fait que je puisse être insupportable. Et comme toi, j’ai souvent « pris les devants » en demandant comment ils pouvaient m’aimer. Aujourd’hui, je suis beaucoup beaucoup beaucoup plus zen par rapport à ça et je me laisse moins marcher sur les pieds aussi (j’ai longtemps porté l’image de la petite fille gentille et pleine de tact et certains en profitaient ou me prenaient pour une fille qui aimait inconditionnellement tout le monde en tout temps).
    Aujourd’hui, je comprends la chance d’être avec mon copain qui passe outre mes crises qui ressurgissent encore mais bien moins fort. Il sait voir au-delà peut-être et je l’espère de ces crises de colère et d’anxiété. Il ne réagit pas ou en tout cas, il ne rentre pas dans mon jeu et me renvoie à ce que je fais.. Ca m’a beaucoup aidée.
    J’ai testé la sophrologie : dans les moments difficiles, cela aide. Avoir une bonne hygiène de vie et une bonne auto-discipline (sommeil, repas) m’a énormément apportée (j’avais une tendance à sauter des repas et à me coucher très tard depuis l’adolescence). M’engager dans des projets, des relations et tenir bon également (m’engager en amour comme toi sans aller voir ailleurs par exemple). Ca fait du bien à l’estime de soi. Enfin, le plus important pour moi, ça a été de respecter mon énergie, mais sans doute que c’est plus difficile lorsqu’on a des enfants. Maintenant, j’écoute et peut prévoir mes moments de fatigue et j’ajuste mon quotidien en fonction. Et aussi, j’ai arrêté de m’emballer pour les gens, je suis du coup moins déçue. Quand je me dis « cette personne a l’air vraiment géniale ! » alors je me laisse des semaines ou des mois pour apprendre à la connaître, je me dis « attention ».
    Et comme toi, mais depuis ado, j’ai eu des journaux intimes : des espèces de vidoirs émotionnels où je me lâchais sans me censurer quand y avait un trop plein. Maintenant que je suis un peu sortie de l’eau, j’ai un journal qui me sert de boîte à outils bien-être :D J’y écris ce qui me fait du bien, ce que j’aime dans la vie, etc. Ca me permet de pas perdre de vue qui je suis ou ce que j’aime quand je le relis :)
    Je te souhaite le meilleur dans ta vie. A bientôt et bonne journée

    • Gallïane dit :

      Merci pour ton témoignage. On se reconnait dans certains comportements, c’est terrible. Comme toi, mon conjoint est quelqu’un qui sait comment me gérer (même si parfois, il en a ras-le-bol) et c’est une chance en effet de pouvoir compter sur eux. il faut juste qu’on ne dépasse pas les limites de leurs capacités…
      Je note le fait de moins m’emballer pour des personnes. Même si j’ai l’impression de le faire moins qu’avant, quand je m’investis dans une relation, j’avoue que c’est très fort et donc le revers l’est tout autant.
      Merci encore et bon courage à toit aussi !

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