1 an de végétarisme

Un soir de février, après une journée aussi intense qu’épuisante passée avec les deux aînés au cœur d’un célèbre parc d’attractions, nous avons poussé les portes d’un fast food tout aussi célèbre. Par pure paresse. Par facilité. J’ai mangé ce gros burger à double steak emblématique de la franchise au M jaune. Je me suis rincé le gosier avec un peu de limonade citronnée. Voilà. C’était fini. Mon dernier repas de carnivore venait de se dérouler.

Quelques semaines plus tôt, la femme que j’aime avait pris comme bonne résolution le fait de passer un mois de janvier végétarien. Il faut dire que des fêtes de Noël en grande pompe avaient achevé de nous dégoûter de ces orgies viandardes auxquelles nous avions si souvent participé avec plaisir. De vidéos d’abattoirs en lectures de dossiers sur l’écologie et la santé, l’idée de nous détacher progressivement de la viande germait dans nos têtes depuis quelques temps. Il m’a fallu encore quelques semaines pour me lancer réellement, même si notre consommation avait déjà bien réduit depuis quelques mois. Et c’est sur un Big Mac (oups, je l’ai dit) que s’est conclue ma vie de mangeur de viande.

Je n’ai jamais été un pourfendeur de la malbouffe. J’ai traîné mes guêtres dans un grand nombre de fast foods, j’ai mangé des hamburgers à m’en faire péter la panse, j’ai gobé des kebabs mixtes avec harissa mais sans scrupules. Mais à force d’entendre autour de nous tant d’amis ou de connaissances prôner les mérites du végétarisme, c’était devenu une évidence. Il fallait se montrer cohérents avec nos convictions naissantes et avec les informations apportées par nos voisins les plus prosélytes. J’ai d’abord vécu cela comme un défi. C’est ensuite devenu une habitude. Un mode de vie. La simplicité même.

Il a fallu passer par les étapes classiques du végétarisme. Par exemple, l’annonce aux proches n’était pas quelque chose dont je me faisais une idée agréable. Annoncer à beau-papa que je ne toucherais plus jamais à ses côtes de boeuf (dont je me régalais encore quelques mois avant) ou à mamie que son rosbif que j’avais tant chéri resterait loin de mon assiette n’a pas été ultra simple… mais ça n’a pas été une épreuve non plus. Il y a des coming-out légèrement plus difficiles. Autre difficulté : résister aux tentations. Par principe, et parce que je suis un être faible, j’ai décidé d’arrêter net. Hors de question de devenir flexitarien (je ne me fais pas à ce néologisme) : en deux semaines, j’aurais replongé dans le bacon et les ris de veau. Et puis ça ne me semblait pas très cohérent. Lucile a choisi une autre voie, et c’est son droit : il lui arrive de céder à l’appel de la viande lorsqu’un produit de bonne qualité annoncée lui fait de l’oeil et/ou lorsqu’un coup de blues la pousse dans les bras d’un sandwich à la mortadelle.

Résister aux tentations n’a pas été chose difficile. Seules quelques odeurs de poulet frit ou de barbecue m’ont donné quelques regrets. Les premières boîtes de sardines ouvertes pour les enfants m’ont un peu mis l’eau à la bouche. Mais rien d’assez puissant pour me donner envie de renoncer à mon nouveau régime. Et puis je dois avouer que j’ai la chance absolue de vivre avec un cordon bleu absolu, qui rend la vie végétarienne absolument paradisiaque. Notre alimentation est variée, de qualité, pas plus coûteuse (voire moins) qu’auparavant. Moi qui crevais tout le temps la dalle lors de mes années d’ado et de jeune adulte, je ne connais plus les fringales. Je me sens plutôt bien dans mon corps (ni plus mince ni plus épais qu’avant, juste bien). Et le moral est au beau fixe. N’écoutez pas les idées reçues qui vous assaillent à tous les coins de rue : on peut être végétarien et épanoui de l’assiette. Il suffit juste de mieux sélectionner les restaurants où l’on se rend, ou de se contenter de temps à autres d’une simple salade ou d’une assiette de frites si le lieu prévu ne dispose pas d’une option végétarienne (ensuite, on note simplement l’adresse de l’établissement dans sa liste des endroits à fuir).

Je ne pense pas aller plus loin dans l’évolution de mon régime alimentaire. Les œufs me servent de comfort food, les tartines de beurre sont parfois mes amies… et puis manger végane me semble trop compliqué. Je n’ai pas le temps, ni l’argent, ni le cerveau disponible pour parvenir à m’épanouir dans ce mode de vie plus qu’exigeant. J’admire les véganes qui m’entourent, mais c’est trop me demander. Il y a un an, j’ai franchi une étape dont je ne me serais jamais cru capable. J’en suis assez fier. Culpabiliser ne servirait à rien. Je risquerais d’avoir envie de me consoler en me ruant sur le premier seau de poulet frit venu. Non, en fait, même pas vrai : si l’idée de manger de la viande ne me dégoûte pas, l’envie de replonger se fait de moins en moins sentir. J’ai eu très peu de pulsions pendant cette première année de végétarisme. Et je ne me rappelle même pas de la dernière. Les sardines et la charcuterie ne me font juste plus envie. Si on avait dit ça au moi d’il y a 2 ans…

C’est ce samedi que je célébrerai ma première année en tant que végétarien. Le hasard veut que nous déjeunions ce jour-là au Bloempot, fameux restaurant lillois co-dirigé par FLorent Ladeyn (ex Top Chef). Un endroit absolument parfait pour un tel anniversaire, puisqu’il me suffira de préciser en arrivant que je ne mange ni viande ni poisson pour que chaque plat soit adapté pour moi avec doigté et inventivité. La fois précédente, le prix de mon menu a même été abaissé sans que je le réclame (je n’aurais jamais osé). Plus végé-friendly tu meurs…

Thomas

Une réflexion sur “1 an de végétarisme

  1. Corinne (Couleur Café) dit :

    Bravo à toi ! En ce qui me concerne, je n’ai jamais voulu céder à autant de pression. Moi aussi, j’ai trouvé que je mangeais trop de viande, et ai décidé de mettre un peu plus de poisson dans nos menus à la maison. C’est vrai que quand on se prive (mais se priver sans pression) et qu’on y trouve notre compte (une meilleure santé, de nouvelles saveurs, etc), l’envie de replonger comme tu dis se fait de moins en moins sentir. Je suis contente d’avoir mis de l’ordre dans notre façon de manger sans pour autant nous priver de petits plaisirs régulièrement. Je ne serai je pense jamais une vraie végétarienne, mais je mange de plus en plus sain et naturel, et ma famille m’emboîte le plus naturellement du monde le pas.

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