Le tigre blanc du carnaval

J’avais passé cette nuit-là dans la jungle, à marcher seule à travers  une forêt luxuriante. Au-dessus de moi les arbres étaient si grands qu’ils m’empêchaient de voir le ciel, et le soleil de l’été ne m’éblouissait que par intermittence. Puis j’ai entendu une voix. J’ai regardé autour de moi mais il n’y avait personne. Très lointaine d’abord, la voix s’est progressivement rapprochée jusqu’à devenir réelle. J’avais un pied dans la jungle et un pied sous ma couette lorsque les mots sont devenus plus clairs : « Maman, maman tu m’entends ?  Aujourd’hui  c’est le carnaval ! » A travers cette porte qu’il ne franchit jamais sans y être invité je lui ai crié de venir me rejoindre. J’ai entendu ses petits pas sur le parquet puis j’ai senti son corps tout chaud se blottir près de moi. Il faisait presque jour et je distinguais ses yeux grands ouverts dans la semi obscurité de la chambre. J’ai prétexté une tempête et nous nous sommes cachés sous les draps avant qu’il ne décrète que la plaisanterie avait assez duré. Lire la suite

Sur la Million Dollar Highway, à la recherche d’une ville fantôme

La nuit précédente, nous dormions à Durango dans une petite maison en forme de dôme. Le lit de Théodore était si proche du nôtre que je sentais son souffle et la régularité de sa respiration. Dans son sommeil, il tendait parfois son bras pour vérifier que nous étions toujours là. Le mobile en métal installé dans le jardin projetait au plafond de la chambre des milliers d’éclats de lumière. Lire la suite

Dis-moi comment tu accouches et je te dirai qui tu es

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Avant d’être enceinte, l’accouchement me terrifiait. Je militais même activement pour la césarienne, pensant m’épargner des douleurs et des peines. Puis nous avons eu envie d’avoir un enfant et j’ai vécu ma grossesse sans penser à la naissance ou en tout cas, sans m’en inquiéter outre mesure. Je savais juste que, le jour-J, je voudrais une péridurale. Tout simplement pour éviter de souffrir.  La naissance de mon fils a été très médicalisée, un mélange de prise en charge à outrance et d’un sentiment d’abandon total. Mais il s’agissait de mon premier enfant et je n’étais pas « armée » pour dire non ou pour affirmer clairement mes souhaits. Lire la suite

Toutes les couleurs du paysage (Colorado, épisode 3)

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« Notre meilleure leçon, après environ cinq siècles de contact avec la vie sauvage en Amérique, est celle de la tempérance, la volonté de retenir notre main : visiter ces endroits pour le bien de nos âmes, mais ne pas laisser de traces. » Wallace Stegner, Lettres pour le monde sauvage

Chaque jour pendant ce voyage nous avons noté le contenu de nos journées. Les informations concrètes : l’endroit où nous avions dormi, ce que nous avions vu. Mais aussi les détails insignifiants auxquels nous avons donné une place. De : « Théodore a renversé son verre de grenadine sur la table en bois d’un authentique saloon » à : « Nous avons pique-niqué debout, derrière une station-service minable, au milieu des carcasses de voitures. » Chaque souvenir est précieux à sa manière. Sous nos chaussures de randonnée, le mélange de poussières et de cailloux témoigne de la diversité des terres que nous avons foulées. Nos photos nous rappellent la beauté époustouflante, irréelle, des paysages. Mais tout cela ne dit rien de ces ciels si beaux que nous n’arrivions pas à les quitter. Quelques mois, déjà, que nous sommes rentrés. Et pourtant, nous parlons encore presque chaque jour de ce voyage.

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Réinventer nos repas avec Quitoque !

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Entre Quitoque et nous, l’histoire dure depuis plusieurs mois. Le temps de voir le service évoluer, grandir, s’améliorer…et même changer de nom. Je précise que j’ai commandé pour la première fois bien avant que Quitoque ne me propose de tester un panier pour le blog. J’ai donc un recul de plusieurs mois sur la formule, avec ses bons et ses moins bons côtés. Au début, nous avons connu quelques couacs (Herbes aromatiques ou légumes manquants, viande avec une dlc très très limite) mais je tiens à saluer l’efficacité du service clients qui est toujours très réactif. Aujourd’hui, tout est parfait et on se régale ! J’arrête donc ici le suspense… Nous avons été complètement conquis. Si défauts il y a, ils sont mineurs. Lire la suite

L’album de nos vacances avec Snapfish

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Lors de notre voyage cet été dans le Colorado, nous avons pris énormément de photos. J’avais emmené un reflex mais finalement, c’est avec nos Iphone 6 que nous avons fait le gros des images. En rentrant, j’ai tout de suite eu envie de faire tirer quelques clichés. Je rêve même (mais ce sera pour le jour où nous aurons plus de place) d’en encadrer certaines. Mais j’ai surtout eu envie de faire un album. Pour nous, bien entendu, mais surtout pour notre fils. Au regard de sa jeunesse, je sais qu’au fil des mois et des années, les souvenirs vont s’estomper. Il était donc important pour nous de pouvoir lui montrer les photos de ce que nous avions vu ensemble. Lire la suite

Une nuit à l’école (Hesperus, Colorado)

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« Nous avons simplement besoin que ce pays sauvage nous soit accessible, même si nous ne faisons jamais rien d’autre que rouler jusqu’à sa bordure pour en contempler l’intérieur. Car ce peut être un moyen de nous rassurer quant à notre santé mentale, un élément d’une géographie de l’espoir. »  Wallace Stegner, Lettres pour le monde sauvage

1926, les enfants se pressent pour entrer devant la petite école en bois qui ressemble à une cabane. Ils viennent des villages environnants et ont marché longtemps dans la fraîcheur du matin pour être à l’heure. Aujourd’hui, c’est au tour d’un petit garçon d’une dizaine d’années de faire sonner la cloche. Il a attendu que son tour vienne, patiemment. Il se saisit de la corde rêche puis tire dessus de toute ses forces. Deux fois, trois fois, quatre fois. Les chevaux tout proches s’agitent.

Ici, la cour de récréation s’étend jusqu’à la colline, les herbes sont hautes. Les enfants s’éloignent tant, dans leur course folle, qu’ils sont rapidement hors de portée de voix pour leur instituteur. La cloche leur rappelle qu’ils doivent aussi aller à l’école, prendre place derrière un pupitre. C’est ici qu’ils apprendront à lire, à écrire, à compter. La nature se chargera de leur enseigner tout le reste. À l’écolier de 1930 on racontera la riche histoire du Colorado et la puissance créatrice de son fleuve, cette terre d’Indiens et de chercheurs d’or. Près des cours d’eau, dissimulées dans la forêt, il reste des traces du passage de ces pionniers. Les enfants connaissent ces maisons abandonnées et leurs légendes. Ils s’y aventurent parfois après la classe et se mettent au défi d’y entrer.

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Il y a 80 ans, cette école a cessé d’accueillir des élèves. La cabane est redevenue cabane. Mais autour d’elle, bien peu de choses ont changé. La colline est toujours là et d’autres chevaux galopent dans les prés. Nous sommes arrivés par une longue route de cailloux, souvent dépassés par les (quelques) habitants du coin au volant de leur pick-up. Nous avons été accueillis dans le soleil couchant par Jessica, son mari, et leur toute petite fille blonde prénommée Winnie. Elle déambulait pieds nus dans l’herbe, les cheveux en bataille. Les chiens sautaient autour de nous et Théodore riait. Je crois que nous avons trouvé ici ce que nous étions venus chercher : un refuge bienveillant, la protection des montagnes, la solitude. Il y a des années, un ami allemand m’avait parlé du mot « Zwei-samkeit » qui n’a pas d’équivalent en français et signifie « être seuls à deux ». Il avait tenté de m’expliquer sa signification, la nuance avec « ein-samkeit » qui veut dire solitude. Dans la petite école, nous étions « seuls à trois ».

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Nous avons préparé le dîner, du poulet froid et une salade de pâtes, et nous sommes installés autour de la grande table en bois. Au mur, un tableau noir nous rappelait que ce lieu n’était pas un hôtel comme les autres. Chargée des histoires de générations d’écoliers, de leurs joies et de leur ennui. Près de la cuisine, le poêle était toujours là. J’imaginais les élèves d’hier se précipitant autour pour se réchauffer et faire sécher leurs écharpes en laine, lorsque la neige tombait à gros flocons. Pendant cette chaude soirée d’été, nous n’avons pas eu besoin de l’allumer mais Théodore s’est assis en tailleur juste devant, jouant avec les bûches et nous posant mille questions.

Puis le soleil a disparu et paysage s’est paré d’un filtre étrange. Nous avons installé Théodore dans le canapé lit pour lui raconter des histoires. Il faisait nuit et nous avons fermé consciencieusement les stores, redoutant que le soleil ne nous réveille à l’aube. Nous avons attendu que Théodore soit profondément endormi puis sommes sortis pour profiter de la nuit et du silence. Je me suis demandée à quoi pouvaient ressembler les rêves de mon petit garçon, si loin de son environnement. Tout semblait si naturel pour lui. Curieux et serein, il a échangé son quotidien contre un autre en un clin d’œil.

Dehors, les montagnes étaient des masses immenses, menaçantes. Au loin le bruit d’un torrent qui filait à toute allure, indifférent à la nuit des hommes. Nous avons pris une bière et levé les yeux vers le ciel. Seul le Kenya m’avait offert pareille vision : des étoiles par centaines. C’était la nuit des Perséides alors nous avons attendu. Je trépignais comme une enfant, la tête en arrière à m’en faire mal au cou. Une, deux, trois, puis quatre… Le ciel était constellé de traînées brillantes. Elles nous ont surpris par leur lenteur. Ces étoiles là ne filaient pas, elles s’étiraient. Je continuais a crier : « Regarde ! Regarde ! » Une main invisible semblait se jouer de notre émerveillement, ajoutant toujours plus de lumière, toujours plus de crépitements. J’ai aperçu Jessica et son mari au loin, les yeux levés vers le ciel. On ne se lasse jamais, n’est-ce pas ?

Nous avions prévu de partir de bonne heure le lendemain matin mais n’avons finalement émergé qu’à 9h. La lumière s’infiltrait par les fenêtres, entre les rainures du bois, à travers les lattes du parquet. Il faisait grand jour.

Nous avons pris notre petit-déjeuner avant de faire nos valises. Nous aurions aimé rester encore, explorer les environs et lire couchés dans l’herbe. J’ai porté Théodore pour qu’il fasse sonner la cloche puis nous sommes partis. J’ai regardé la petite école s’éloigner et finalement disparaître. Ce jour-là plus qu’aucun autre, reprendre la route fut difficile. Nous nous sommes promis de revenir. Je ne sais pas si ce sera dans 1 an ou dans 10. Mais je sais que le torrent courra toujours. La nature ne connaît pas de pause.

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Esther

Et pour ceux qui souhaiteraient s’y rendre, c’est ici que ça se passe.