Cannes 2017, jour 10 : courir l’aïoli

You were never really here, de Lynne Ramsay

On arrive à ce niveau de fatigue où, avant de quitter l’appartement, je cherche pendant de très longues minutes mon portable. Impossible de remettre la main dessus alors qu’il est pourtant vital. Je me souviens l’avoir débranché et puis plus rien. Rien de rien. Je vide mon sac du jour, regarde dans ceux des jours précédents, ouvre le réfrigérateur, checke les poches de mes vestes et déplace le bordel sur la table. Quand je le dis à vois haute (« merde, j’ai perdu mon portable »), j’ai le réflexe d’avoir les mains qui descendent sur les fesses. Le portable était là, dans ma poche arrière. Cette scène consternante se reproduira plusieurs fois dans la journée, à chaque fois avec un coup au cœur, convaincue d’avoir perdu mon objet transitionnel, doudou indispensable, ici plus qu’ailleurs, pour s’occuper, travailler et garder un contact avec le monde.

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Cannes 2017, jour 9 : recharger les batteries

La Religieuse au caramel, de Jérôme Oliviera (hors compétition)

J’ai enfin pris le temps de marcher sur la croisette. De sentir le soleil sur mon visage, de flâner au lieu de courir, de regarder les gens. En les voyant tous si apprêtés, à l’aise dans cet univers qui m’impressionne encore, à poser pour les photographes de rue ou des selfies devant toutes les marches rouges possibles (celles de la salle Debussy où sont présentés les films d’Un Certain Regard ou celles de la gare de Cannes), on se demande presque ce qu’ils font le reste de l’année. Cette quinzaine, c’est le moment pour certains de voler au quotidien quelques instants dans la lumière et c’est beau, un peu.

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Cannes 2017, jour 8 : tutoyer les sommets

Une femme douce, de Sergei Loznitsa

7h09, le réveil sonne. Quand le cerveau sort du brouillard, on entend distinctement les basses sourdes et les cris de joie des fêtards matinaux. Quand on sort de l’appartement 30 minutes plus tard, en baskets et sweat à capuche (tenue de celle qui a démissionné du tapis rouge et à qui la fatigue rend profondément intolérante à la climatisation) c’est ceux-là même qu’on croise dans la rue, totalement éméchés, robes longues et brillantes, veste de smoking sur les épaules ou chemise ouverte à tituber sur le trottoir. Un regard. Et la différence de nos tenues, de nos expérience de Cannes nous fait sourire. Je suis de ceux qui s’acharnent à voir des films.

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Cannes 2017, jour 7 : descendre la pente

Vers la lumière, de Naomi Kawase

Jour 7, chaque jour suivant à Cannes est donc le dernier pour cette édition. Il n’y aura pas ici de mardi suivant, de mercredi suivant, de jeudi suivant… Le festival se clôt dimanche soir et les deux derniers jours auront un rythme beaucoup moins soutenu. Déjà, on embrasse les collègues qui repartent vers Paris, on arrive plus tard dans les salles moins prises d’assaut (une très bonne nouvelle quand la première projection est à 8h30 et qu’il fallait se présenter aux portiques de sécurité autour de 7h30 en début de festival). C’est le début de la fin : les cernes sont bien installées, l’ambiance colonie de vacances est à son paroxysme. Si j’avais le mal du pays il y a quelques jours, je me laisse tranquillement envahir par une douce nostalgie.

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Cannes 2017, jour 6 : devenir hamster

Mise à mort du cerf sacré, de Yorgos Lanthimos

À ce stade du festival, il convient de dégager des grandes thématiques de cette édition. Quelles sont les constantes, les préoccupations, les tendances ? Parce que si le festival est international et présente toutes les formes d’oeuvres, de celles d’artistes émergents aux plus confirmés, il se détache toujours des coïncidences troublantes qui en disent long sur l’état du monde. Cette année, par exemple, la question de l’étranger, du migrant, se retrouve dans différents films, de Western à Out en passant par Jupiter’s moon. On retrouve également la notion de « film dans le film » dans Les fantômes d’Ismaël, Barbara et Le Redoutable (3 films français d’ailleurs). Il reste une quantité de films à voir avant de compléter ce tableau des correspondances. Un exercice toujours important et facilité par la variété de pays et de cinémas représentés.

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Cannes 2017, jour 5 : perdre ses repères

How to talk to girls at parties, de John Cameron Mitchell

Mal du pays. Peut-être parce qu’on est en milieu de festival, je traîne cette impression d’être là depuis des semaines et de ne jamais pouvoir rentrer. Ma famille me manque, mon sommeil me manque, ma vie me parait loin. C’est la petite phase dépressive du milieu, une sorte de moment où, là tête sortie de l’eau, on prend conscience de la bulle dans laquelle nous sommes tous ici. Ne me demandez pas ce qu’il s’est passé dans le monde ces 5 derniers jours, je suis incapable de répondre. Et, comme beaucoup, j’ai aussi beaucoup de mal à savoir quel jour de la semaine on est. Ici, les dimanches ressemblent aux mardis et aux jeudis. On ne sait plus quels films on a vu la veille ou l’avant veille, et encore moins dans quel ordre. Le quotidien est une bouillie de cinéma, entre déceptions et états de grâce.

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Cannes 2017, jour 4 : vivre avec passion

120 battements par minute, de Robin Campillo

Quatre heures de sommeil. La douche chronométrée dure 7 minutes de plus que les jours précédents. Incompréhensible. Dehors, les journalistes badgés, en pleine zombie walk, croisent les cannoises descendues en jogging peau de pêche pour acheter des croissants. Je veux le voir, ce film, vous n’imaginez pas à quel point. Aux portique de sécurité, je me dis que c’est dingue le nombre de gens qui gardent au fond de leur sac une paire de ciseaux pliants, un coupe-ongles, un minuscule couteau suisse. Dans mon sac chaque jour, il y a le minimum vital moins une chose (jamais la même sinon c’est pas drôle).

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